LUCILIUS
(Tu trouveras là une chair ferme et des tétons droits sur une poitrine de marbre.)
En arrêt :
La gorge ronde et petite, en arrêt.
(Th. Gautier.)
Fermes :
Des seins /er??^es qui poignardent le ciel.
(Barbey d'Aurevilly.)
Nacrés. — Pâles :
Plaquant à ton contour un ovale échancré, Ton corsage où ma main appendit ses offrandes Laisse voir — ô faveur ! — ton sein pâle et nacré Oii des ombres se jouent, jalouses et friandes.
(Raoul Pascalis. Le Missel.)
Gros. — Gras. — Grassouillets. — ■ Replets. — Massifs. — Rebondis. — Opulents. — Formidables. — Volumineux.
— Enormes. — Débordants. — Considérables. — Immenses.
— Monstrueux. — Gigantesques. — Colossaux. — Sans bornes. — Etincelants :
qui caresse
Les seins etincelants d'une jeune maîtresse
(A. DE Musset.)
Puissants :
Ceux d'ma nourrice étaient puissants
Et j 'pouvais fich' mes deux poings d'dans.
(DiSLE.)
Pointus : Dn même parolier :
Ceux d' ma tante élaient si ^jo/^^hs Qu'on n'pouvait pas s'asseoir dessus.
Turgescents :
ta gorge, où s'en viennent nicher
Mes désirs roucouleurs, au versant de ton être Est comme un val iirofond qui s'enfonce et pénètre, Mystérieux, plein d'ombre et de lis fleurissants, Entre les monts neigeux de tes seins turgescents.
(Raoul Pascalis.)
Pleins : Pûcliepin appelle la mer :
Mère aux seins toujours pleins., toujours nus et sans voiles, Oii plantes, animaux, hommes, tous nous suçons L'intarissable lait qui réjouit nos moelles.
Lourds : Catulle Mendès, dans le Corset de Cendrillon^ cite ce vers d'un poète illustre :
Des seins fermes et lourds, au moins c'est positif.
Fascinateurs. — Aux contours impeccables. — Voluptueux. — Séduisants. — Charmants. — Ravissants. — Suaves. — Capiteux. — Catapultueux (Meilhac). — Palpitants. — Agités. — Sororiants (qui grossissent chez la jeune fille). — Sein fin et délicat., jargon des précieuses; pour gorge unie et bien faite. — E hontes :
Celles qui vont la nuit, le long des trottoirs, lentes, Le peignoir entr'ouvert sur leurs seins éhontés, Ont, pourtous les passants, des promesses troublantes, ' Et se font des gros sous de leurs lubricités.
(G. Pape.)
Gonflés :
Lorsque je rencontrai Jeannette, Sa taille finement coquette, Ses seins gonflés, ses yeux brillants, Soudain embrasèrent mes sens.
(Gabriel Martin. Ca7itiques impies.)
Orgueilleux :
Loin du bal qu'une foule indifférente encombre, J'oserai saccager le corsage soyeux Qui gante votre torse, et vos seins orgueilleux Bondiront révoltés sous mes baisers sans nombre.
(Albert Tinchant. Luxure.)
SUR LES SEINS
Vermeil
Vermeillet
Alb as trille
De ses cheveux elle sautelle
Sur son sein vermeil qui pommelle.
(LOMMEAUD.
D'Agathe blanchement douillet, Folastrement tu te promènes Entre les beautez surhumaines De ce sein blanc et vermeillet.
Tu vas ses esbas choisir Dessus sa gorge alhastrine Ou sur sa large poitrine.
(Brisson-Pasquier.)
Amoureux : Du même
Tu fais mille et mille jeux Dessus son sein amoureux.
Appas sirénéens. — Candides :
Sous le péplum brodé ces guerrières d'amour
Ont enfermé leurs seins candides
pourtant elles furent esclaves !
Des sabots de noyer leur servirent d'entraves. Et dans le dur sayon de toile leurs appas Sirénéens étaient comme s'ils n'étaient pas.
(Emile Goudeau. Les fleurs du bitume.)
Gorge tentatrice :
Mais je contemplerais, à genoux et mains jointes,
Ces corselets d'amour exactement remplis
Oîi, derrière la gaze aux lumineux replis,
La gorge tentatrice embusque ses deux pointes !
Seins d'ébène du poète des Orientales :
Les Vierges au sein (Vébène^ Belles comme les beaux soirs, Riaient de se voir à peine Dans le cuivre des miroirs.
Pensées et réflexions sur les seins. — Aphorismes scientifiques ou prétendus tels :
En authoune on vendangera, Les vierges ne donneront Le té tin aux enfants.
{Pronostication nouvelle de Mousang.)
Il faut redoubler le soin qu'on a des filles dès que leurs mamelles commencent à grossir. (Aristote.)
La fême cômâce davoir mamelles et luy croissent à xiiii ans et viennent les fleurs et leurs purgatiôs naturelles et doibvët estre, selô Aristote, de couleur de sâg d'une ieune beste nouvellement tuée.
(L. Champie. La nef des dames vertueuses, 1503.)
Cancer du sein ulcéré, périt dans l'année.
Aphorisme d'Hippocrate, mis en distique par le D'' L. de Fontenette :
Ventouses sur mamelles mises Arrêtent sang mouillant chemises.
On évitera, dit Oribase, d'appliquer des ventouses au voisinage des seins, car ces organes tombent quelquefois dans les ventouses et rendent fort difficile, en se gonflant, l'enlèvement de ces instruments.
C'est l'oflice des médecins de voir les tétons des nourrices, dit Sganarelle.
Figures de rhétorique appliquées à l'économie politique et à religion :
Socrate appellait l'agriculturela mère et la nourrice de tous les arts.
SUR LES SEINS 243
M. de Sully s'en exprimait à-peu-près comme Socrate, quand il disait que le labourage et le pâturage étaient les deux mamelles dont un Etat est alimenté.
(Encyclopedicina, 1791.)
L'impôt foncier agit sur l'agriculture comme le jeune sur le sein d'une nourrice.
(Proudhon.)
L'administration est au peuple ce quelamame^e est à l'enfant.
(E. DE GiRARDIN.)
Ce que je reproche surtout aux orateurs, c'est de désapprendre le français à la nation. Le sein d'une commission nallaiteï^di jamais personne.
(Franklin.)
De V. Hugo (Voix intérieures)
Paris
Mamelle sans cesse inondée Où pour se nourrir de l'idée Viennent les générations.
11 a plu à Jésus-Christ que l'unité catholique fût la mamelle qui donnait le lait à tous les particuliers de l'Eglise.
(BossuET. Ré fut. catéch.)
Massillon appelle le paradis « le sein de Dieu » L'âme juste s'envole dans le sein de Dieu.
Aperçu philosophique de Hugues Le Roux :
Il y a un vers d'Alfred de Vigny où l'amante apparaît liée au souvenir de la mère et qui bourdonne dans nos mémoires d'hommes :
Il rêvera partout à la chaleur du sein.
244 CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES Eï LITTÉRAIRES
Est-ce le souvenir de l'enfance heureuse, de la place où jadis nous avons si doucement dormi? Toute la vie, aux heures de joie et de bouillonnante jeunesse, aux heures où la consolation est nécessaire, l'homme se réfugie vers cette gorge de la femme qui a été le premier appui de son rêve, et qui sera le dernier, après la bataille des jours, s'il a mérité l'assistance de l'amour unique.
Sur le rôle physiologique des seins. — Aulu-Gelle, dans les Nuits attiques, parle des femmes qui se font avorter de peur que. leur ventre ne soit déformé par la grossesse :
Penses-tu, dit cet auteur, que la nature ait donné les mamelles aux femmes comme de gracieuses protubérances destinées à orner la poitrine et non à nourrir les enfants? Dans cette idée, la plupart de nos merveilleuses {pTodigio'sœ mulieres) s'efforcent de dessécher et de tarir cette fontaine sacrée où le genre humain puise la vie et risquent de corrompre ou de détourner leur lait, comme s'il gâtait ces attributs de la beauté. C'est la même folie qui les porte à se faire avorter, à l'aide de diverses drogues malfaisantes, afin que la surface polie de leur ventre ne se ride pas et ne s'affaisse point sous le poids de leur faix et par le travail des couches.
Même idée chez Laurent Joubert :
Pensez-vous que nature ayt donné aux femmes les poupeaux des mamelles, comme quelques poreaux de bonne grâce, pour ornement 'de leur poictrine, et non pas nourrir leurs enfants?
Remarque d'anatomiste :
Seigneur, vous avez fait les épaules d'albâtre Et le sein palpitant et le ])eau col penché ; Mais sous les blancs contours que l'amant idolâtre, Un squelette est caché !
(D'" Makchal de Calvi.)
Le récit d'une partie que Jean-Jacques fit avec M'^"' Grafîriend et Galley, véritable madrigal en prose, contient une charmante idée inspirée par les seins de cette dernière :
Nous allâmes dans le verger achever notre dessert avec des cerises. Je montai sur l'arbre, et je leur en jetais des bouquets dont elles me rendaient les noyaux à travers les branches. Une fois M"® Galley,. avançant son tablier et reculant la tête, se présentait si bien, et je visai si juste, que je lui fis tomber un bouquet dans le sein : et de rire ! Je me disais en moi-même : Que mes lèvres ne sont-elles des cerises ! comme je les leur jetterais ainsi de bon cœur !
La conversation s'engagea sur les femmes. Pellerin n'admettait pas qu'il y eût de belles femmes (il préférait les tigres) ; d'ailleurs, la femelle de l'homme était une créature inférieure dans la hiérarchie esthétique :
— Ce qui vous séduit est particulièrement ce qui les dégrade comme idée ; je veux dire les seins, les cheveux...
(Flaubert. VÉducation sentimentale.)
Les femmes ont toujours regardé une belle gorge comme un de leurs attraits les plus enviables, témoin le soin qu'elles mettent à la montrer, quand elles en ont, et à la simuler, quand elles n'en ont pas.
(Larousse.)
Les femmes attachent tant de prix à certains appas de leur sexe, et elles seraient si honteuses d'en être déshéritées ou peu pourvues, que moins elles en possèdent, plus elles cherchent à en montrer.
(Achille Poincelot.)
Les femmes qui n'ont point de gorge, trouvent toujours, comme le renard de la fable, que celles envers qui la nature s'est montrée plus généreuse, en ont de trop. Mais celles-ci se consolent aisément de ces envieuses critiques, en songeant que les hommes, juges suprêmes en cette matière, admirent et prisent beaucoup le superflu qu'on leur reproche. (Adolphe Ricard.)
L'amour ressemble à un jeu de paume, quand une fille se laisse baiser la main, cela vaut quinze; si elle souffre que l'on prenne un
baiser sur ses lèvres, cela vaut trente ; si elle permet que ce soit sur la gorge, cela vaut quarante-cinq ; il ne faut plus qu'un coup, et le jeuestgagné. (Merciep., de Compiègne.)
Du même auteur :
Un renard pris au piège, au moment où il se propose de croquer une poule, un créancier qui se repaît avec volupté de l'espérance de faire saisir les meubles d'un malheureux débiteur et trouve la maison vide, éprouvent moins d'humeur et de surprise qu'un galant qui, après mille efforts pour découvrir et dévorer de son œil furtif une belle gorge, n'en trouve que la place.
Inadvertance de Musset :
Avez-vous vu dans Barcelone Une Andalouse au sein bruni ?
La poitrine. — Cette région demande à êlre fortement accidentée.
Dans un ménage, il faut que l'épouse soit ferme et que le mari ait de la fermeté. Malheureusement, le coton constitue trop souvent une seconde nature, et les corsets sont des digues que l'on oppose généralement à des marées basses.
Lorsqu'on songe aux mille désirs, qui ont frissonné autour de certaines gorges parisiennes, dont pas une ride n'a fêlé le marbre blanc, on se demande de quelle argile la nature a dû les pétrir, pour qu'elles ne soient pas rongées et émiettées. (D"" Grellety.)
Sur les limites du décolletage :
.... Attraits voilés en deviennent plus chers.
Qui ne les voudrait pas un peu moins découverts !
La Pudeur le demande et la santé l'exige.
(GuiCHARD.)
Celui qui craint pour ses trésors les dérobe à la vue; et la femme, prodigue du spectacle de ses appas, laisse à penser qu'elle ne saurait pas les défendre.
(D'' Marie de Saint-Ursin. IJAmi des femmes, 1804.)
SUR LES SEINS 247
Fantaisies. — Sw une outre ^ de J. Richepin :
Outre, pourquoi n'es-tu pas semblable aux seins de ma maîtresse? Plus j'y tette, plus ils durcissent. Toi, c'est le contraire.
Ecoles littéraires. Il ne s'agit que de s'entendre.
La natuhe. — Sein, fécondant et chaste, d'une mère allaitant son nourrisson.
Le naturalisme. — Gorge, désaffectée, du décollettage obligatoire, et pas toujours gratuit, des soirées parisiennes. (Le Sphinx.)
Au souteneur l'ambition vient avec le succès. Il ne se contente plus de transformer les baise-gorges en coupe-gorges ; il s'amuse à assasiner les gens qui passent. (Georges Montorgueil.)
Encore un duel!
Quand nous serons à cent, nous ferons une croix.
Deux gentilshommes viennent de croiser le fer pour une de nos divinités les plus diaphanes.
Je ne comprends pas qu'on se coupe ainsi la gorge pour des femmes qui n'en ont pas ! (Alphonse Lafitte.)
Réflexion de votre serviteur :
L'affriolante Pomme Qui, jadis, perdit I'Homme Et le perd aujourd'hui, C'est le Sein de la Femme — image de ce fruit.
Du même carnet :
On demande souvent si la femme est un être supérieur ou infé^ rieur ? Nous pensons qu'elle n'est ni l'un ni l'autre et qu'en raison de ses éminences naturelles, c'est un être éminemment postérieur et parfois antérieur.
Ce chiffre 8, à le bien examiner, n'est-il pas celui de tous qui donne
la sensation la plus exacte de l'art païen? Ne semble-t-il pas qu'il soit l'harmonieux résumé de ces grâces hémisphériques, dont Diane de Poitiers, dans un moulage idéal, nous a laissé le modèle impérissable?... Ne symbolise-t-il pas ce qu'il y a de plus exquis, de plus audacieusement chaste dans les chefs-d'œuvre de l'art grec ?
(Parisis.)
Dans la Souris de Pailleron, un mot à l'usage des couturiers, qui l'adopteront pour désigner les corsages ouatés, destinés aux personnes peu... avantagées par la nature : la robe Mamilla !
Notre globe tourne au caprice de la femme qui le fait rouler en lui opposant ses rotondités. . (Armand Sylvestre.)
Un avantage des seins maigres, signalé par Louis Bouilhet : On est plus près du cœur quand la poitrine est plate.
Du Courrier Français :
Précepte le plus sacré de l'évangile conjugal : « Bienheureux ceux qui ont les mains pleines. »
Note d'album :
— Qu'y a-t-il de plus dangereux en amour?
— L'emballage chez l'homme, et le déballage chez la femme.
{Gil-Blas.)
Quelle chose étrange que la mamelle ! elle est à la fois une montagne... et une gorge!
Le sein est la clef des cœurs et celle des cofîres-forts.
SUR LES SEINS 249
Pensées tintamaresques :
Le lait oximets de sein est le meilleur médecin de l'enfant.
Ce mot grec : mataïoteton (1) prouve péremptoirement que les femmes de ce pays portaient la taille au-dessous de leurs hémisphères.
(Nasturley.)
Définition fantaisiste :
Sein. — Situé sur les côtes de la France et sur celles de la femme.
(G. Rémi.)
Le sacrifice que faisaient les Amazones d'une partie de leurs appas a marqué l'origine des coupe-gorges. (Chapelou.)
Le correspondant d'un journal, signalant la présence à Luchon de plusieurs actrices aux formes opulentes, ajoute que jamais cette station n'en avait autant vu.
Il aurait pu dire que la ville en regorge !
Si je devais mourir crucifié, — ce qui heureusement n'est pas probable, — je demanderais à l'être sur la croix de M"® Dodu; plus heureux que Jésus, au Golgotha, je serais entre deux saints.
Si j'étais créancier de M"" Groizette, je prendrais plaisir à lui mettre le poing sur la gorge.
Les dames qui se mettent du coton dans le corsage mentent par la gorge.
(1) Ma taille aux tétons.
Les femmes qui remplacent les nichons absents par du coton dans leurs corsages, ont ainsi une fiction de poitrine.
Sarah Bernhardt est très intelligente, mais elle manque de saillies.
Une mamelle cancéreuse va de pis en pis.
Une négresse ne peut jamais dire : j'ai un blanc-seing.