POUR VOUS, MESDAMES
Vers deux seins Idéaux et blancs, avec mamelon rose, Je tourne mes regards pleins d'envie, et je n'ose Y reposer mes yeux : c'est un crime, cela ; Mais, écoutez-moi bien, pudeur effarouchée ; Vous devez le pardon à ma tète penchée : Je suis père, j'ai ce droit-là...
Quel lait pur va couler sous cette peau si fine, Que de son filet bleu le sang brode et dessine ! Pour qui la sentii'a, quelle douce chaleur ! Arrière, curieux ! dont le désir s'empare ; C'est un moment sacxé : la mère se prépare ; L'enfant, éveillé presque, ouvre sa lèvre en fleur.
Elle le prend, l'enlève, et le petit qui tète Fait un divin tableau, cher aux yeux du poète ; Sans avoir, comme nous, le souci de demain. Il a sa coupe pleine, et, pour sa nappe mise. Il a les plis légers d'une chaste chemise, Heureux, et son pied dans sa main.
0 femmes ! nourrissez vos garçons et vos filles. C'est le premier devoir ; la santé des familles, Cet apanage exige un dévoûment jaloux ; La plus riche des dots, c'est la mamelle ronde. La force d'un pays s'établit et se fonde. Vous n'y faillirez pas, avec vous et par vous !
Faites des cerveaux sains, afin que la Patrie Ait la joie et l'espoir, quand elle vous marie; A cette demandeuse, un par un, accordez Les grains par vous mûris, qui seront sa parure, Mais ne confiez pas cette semence pure A des soins tant par mois soldés !
L'égoïsme et le luxe ont fait les âmes sèches ;
La loi surveille mal ; il nous manque des crèches ;
Et, pour ces vertus-là, nous sommes apprentis.
Je m'emporte, et, sentant la rougeur qui me monte,
Je pleure de salir ma strophe à cette honte.
Hélas ! l'on fait métier de tuer nos petits !
Aussi, je t'en supplie, ô puissante Nature, Donne sans mesurer, donne à ta créature,
(1) Loi du 23 décembre 1874, sur la protection des nourrissons.
A nos femmes surtout, le maternel amour ; Que leurs fécondités soient, par toi, plus certaines, Et que, sur la poitrine, elles aient deux fontaines De bon lait coulant nuit et jour !
Lebrun, dans un passage de Mon dernier mot sur les femmes^ vise particulièrement les bas-bleus, qui croient pouvoir accorder le culte des muses et les devoirs de la maternité.
L'enfance qui vous tend les bras Vous demande un lait pur, et non l'eau d'Hippocrène. Ah ! tarisse à jamais la poétique veine. Plutôt qu'un sein pressé de ses doigts délicats !
Entre autres pièces incolores en faveur de l'allaitement, signalons la Linotte, fable de Fabbé Aubert ; une interminable épitre de M™® Laurencin ; une autre pièce, non moins longue, d'un auteur qui a bien fait de garder l'anonyme, tout en concourant pour le prix de l'Académie, en 1766, Epitre à une dame qui allaite son enfant, où il est démontré que :
Ce devoir maternel, utile à la santé,
Conserve en même temps la vie et la beauté (1).
La Linotte de Fabbé, en bonne mère, s'inquiète du sort de ses petits, qui lui ont été enlevés :
A certaine linotte un jour on enleva Le précieux trésor qui tenait enfermée Sa tendresse avec sa couvée.
Elle va conter son malheur Dans tout le voisinage. On la plaint ; mais qu'y faire ? — Il faut vous consoler, lui dit on : vos petits Sont peut-être en bon lieu, ])ien choyés, bien nourris ;
Croyez que de leurs jours le fil si délié N'a pas senti la main de la Parque cruelle.
— Eh ! quand cela serait, dit-elle.
Quand la main du trépas les aurait respectés, Leur perte pour mon cœur en est-elle moins dure ?
D'un autre ils prennent leur pâture.
Par un antre ils sont caressés,
(1) Note de M. Ealexferd, citoyen de Genève : « Toutes les mères en Géorgie nourrissent leurs enfants; aussi conservent- elles si bien leurs attraits, qu'à l'âge de quarante ans elles inspireraient encore la plus vive passion à un Européen. »
Un autre a le plaisir de les voir à toute heure ;
J'en suis seule privée : il faudra que j'en meure.
— Mais si l'on a pour eux des soins vifs, empressés. . . ?
— On n'en aura jamais assez.
Cet autre, est-ce une mère attentive, zélée, Sachant ce qu'il leur faut, et ce qui leur nuirait ? Cette main, qui sous eux arrange le duvet.
Par l'amour est-elle guidée ?
Dans sa lettre, que nous abrégeons, M™^ Laurencin expose à une amie les devoirs de la maternité.
Tu connais les dcA^oirs qu'un saint nœud nous impose. Ton vœu le plus ardent sera de le remplir. Il en est un, surtout, bien cher à la nature. Dont l'oubli peut coûter un remords éternel ; Qu'il soit sacré pour toi ! Dans le sein maternel, Ah ! laisse tes enfans puiser leur nourriture : Ces fruits d'un chaste hymen, par nos maux achetés. Quoi ! nous les confions à des mains mercenaires. Tandis que des forêts les hôtes sanguinaires Allaitent les petits que leurs flancs ont portés ! 0 toi ! qui, sans frémir d'une erreur si funeste. N'as pas craint d'outrager la nature et l'amour ; Toi, qui livras ton fils en lui donnant le jour. Barbare, réponds-moi, c'est ton cœur que j'atteste : Lorsque, dans un iDcrceau qu'investit le danger. On élève le fruit, l'objet de tes tendresses. Songes-tu qu'en son sang coule un sang étranger, Et qu'une autre que, toi jouit de ses caresses ?
Sais-tu si ton enfant, loin des yeux maternels. Reçoit les tendres soins que sa faiblesse exige ? Tu t'oses reposer sur le choix que tu fis ! Comment veux-tu qu'un jour réponde à ton attente Celle qui, sans remoi^ds, sevra son propre fils. Pour te vendre le lait dont le tien s'alimente ? Ah ! de l'humanité prends l'auguste flambeau ; Vois les maux que produit l'abus que je déplore. Combien d'infortunés, moissonnés dès l'aurore. Que le soin de leur mère eût sauA-és du tombeau ! Mais c'est peu que les lois que tu viens d'interrompre Appellent sur ton fils la mort et les douleurs : Le lait, le même lait que réclamaient ses pleurs, licpompé dans ton sang va bientôt le corrompre,
Contemple avec effroi ce redoutable écueil ; Peins-toi tous les dangers dont ta faute est suivie ; Tremble qu'un poison lent ne consume ta vie, En l'offrant chaque jour l'image du cercueil.
Citons encore une ode de Sabatier, professeur d'éloquence du commencement de ce siècle', qui finit sur le ton de la véhémence :
Eh quoi ! mères, rien ne vous touche?
Pour vos enfans versant des pleurs,
Le premier baiser de leur bouche
Est le signal de vos fureurs ;
Si, malgré leurs mains suppliantes.
Et leurs caresses innocentes,
La Nature vous parle en vain,
Par votre rage possédées.
Il falloit, nouvelles Médées,
Les étouffer dans votre sein.
N'est-ce pas comme la paraphrase de ce A^ers d'Hugo : A quoi bon ce sein blanc sans cette bouche rose ?
Sur le même rythme plaintif, Louis Merex, en 1802, exprime les Regrets cViine mère de ne pouvoir nourrir son enfant^ et termine ainsi son élégie :
Quel affreux penser me déchire !
Une autre le caressera !
Hélas ! une autre jouira Des prémices de ton sourire !
Baisers que tu lui donneras, Autant de vols faits à sa mère, Et ce doux nom si plein d'appas, Elle l'entendra la première.
Nous avons réservé pour « la bonne bouche » le magnifique hosannah que l'allaitement maternel a inspiré à notre inimitable Hugo :
Mère, je te bénis. La nourrice est sacrée, Après l'éternité la maternité crée ;
(I] Mélançjes poétiques, Bruselleg, . ,
Eve s'ajoute à Dieu pour compléter Japhet ; Et l'homme, composé d'àme et de chair, est fait Du rayon de l'ahîme et du lait de la femme. L'ineffable empyrée est une vaste trame De souffles, de beauté, de splendeur et d'amour. Qu'est-ce que la nature ? Un gouffre, un carrefour , Une rencontre ; ou tout vient pêle-mêle éclore. Ce que la femme donne à l'enfant, c'est l'aurore ; Il coule autant de jour d'un sein que d'un soleil ; D'une somlDre mamelle au fond du ciel vermeil Les étoiles sont l'une après l'autre tombées ; Les Pléiades en haut, en bas les Machabées Sont des groupes pareils ; toute clarté descend Et devient notre esprit, et devient notre sang, Et dans tous les berceaux l'infini recommence ; Et l'Eternel emploie à la même oeuvre immense, En 'ce monde où L'enfant sans l'astre est incomplet, La goutte de lumière et la goutte de lait. 0 bénédiction 1 soit à jamais sur l'homme !
A ce concert d'encouragements, nous ne voulons opposer que la note discordante de Guillaume Goquillard, officiai de Reiras ; ce sceptique libidineux ne voit, en la matière, qu'une occasion de raillerie. Ses Droits nouveaux contiennent un dictionnaire qui forme une sorte de « code du libertinage ». Par exemple, entre autres cas douteux à résoudre, on demande si une jeune mère doit nourrir elle-même son enfant ; le jurisconsulte libertin, qui ignore l'art du véritable esprit « gaulois » — tout dire sans dire tout — et préfère appeler « un chat un chat », répond :
Elle a le beau petit téton, Cul troussé pour faire virade.
Le sein poignant, tendre, mignon.
Il n'est rien au monde plus sade (1).
S'elle est nourisse, elle sera fade.
Avalée, pleine de lambeaux :
Faisandes deviennent bécasses.
Les culz troussez deviennent peaux Les tétons deviennent tétasses.
Nourrisses aux grandes pendasses, Gros sains ou vers remplis de laictz,
(1) Succulent.
Sont pensues comme chiclies-faces Qu'on vent tous les jours au Palays.
Tétins rebondis, rondeletz, Durs, piquans, gettez bien au moule, Tendus comme un arc à jaletz, Deviennent lasches comme soûle.
Peu de poètes ont osé célébrer rallaitement mercenaire ; Armand Sylvestre fait une glorieuse exception avec son sonnet de la Nourrice :
A la table, au foyer, dans la famille antique, La nourrice gardait une j)lace à côté De l'aïeul et c'était une sage pratique : Son conseil entre tous demeurait respecté.
Comme un hôte sacré qu'environne un mystère
Des lares endormis religieux gardien.
Passait dans la maison cette figure austère.
Et l'homme lui disait : Ma mère ! — Et c'était bien !
Car monté dans tes bras, mieux que ton ventre, ô femme C'est ton sein patient qui nous donne notre àme, Car c'est, pour qui le cherche, un symbole puissant,
Qu'au-dessus de ton flanc. Dieu, dressant ta mamelle,
Ait assis sur ton cœur la colline jumelle
Oia nous buvons le lait, cette fleur de ton sang.
Quant aux détracteurs des nourrices, ils sont légion. La diatribe de Bessières à son ami le D'" D... sur le Choix d'une nourrice, résume tous les griefs qu'on peut relever contre celles que vient d'exalter Armand Sylvestre. L'auteur avait d'autant plus de mérite à écrire en vers qu'il ignorait les règles élémentaires de la versification :
Vous me dites, ami : « Pour ma femme, il me faut Une perle, un trésor, un être exempt de vice. Qui va droit dans la vie et qui jamais ne fault, Toujours digne, en un mot, du doux nom de nourrice. »
Que vous connaissez peu ce sexe aimable et doux, Qui fournit à foison l'espèce des nounous ! Croyez-moi... pour trouver une semblable fille. Mieux vaudrait dans le foin rechercher une aiguille.
Désireux cependant de vous être agréable, Je veux dès aujourd'hui compulser mon dossier, Et, de mes accouchées, vous présentant la table. Vous donner à choisir dans tout le colombier.
Voici d'abord ïoinon, à la rude encolure,
Elle a trogne rougeaude, et rousse chevelure;
Ses prodigieux appas, pesant sur l'ombilic.
Font rêver... à ces monts, que décrit Copernic,
Sur l'astre de la nuit. Ah ! fuyez ce lipome
Qui ne pourrait, de lait, fournir un seul atome.
Préférez-vous la femme à maître Jean Romain,
Elle est alerte et vive, a le cœur sur la main ;
Mais on me dit tout bas que sa dernière couche
Fut, pour son pauvre époux, un incident bien louche.
Aussi, dans ce logis entend-on résonner.
Du matin jusqu'au. soir, du soir au déjeuner,
Les cris et les gros mots, les coups et la taloche,
Aussi Jnen que chez feule marquis de Galoche.
— Et cette belle fille au teint frais et dodu? Faites-la s'approcher, c'est là mon dévolu.
— Arrêtez, mon ami, voyez sous sa mâchoire,
La scrofule inflexible a creusé des sillons
Que l'on croirait tracés avec une lardoire. Puis j'ai là sous la main d'autres échantillons. Mais l'une a le visage ainsi qu'une écumoire. Et l'autre à son bras gauche avive un exutoire.
Cette blonde là-bas a de fort jolis yeux, Mais ils sont, le matin, de plus en plus chassieux. Et cette bonne enfin, qui vous semble parfaite. Cache d'affreux chicots dans une bouche infecte
Ah ! tenez, laissons là toutes ces mercenaires
Qui ne vendent leur lait que pour de gros salaires.
Et dites, de ma part, à votre aimable femme.
Que, partout, de tous temps, en tous lieux, on proclame
La supériorité de la mère allaitant.
Ainsi que Dieu le veut, son trésor, son enfant.
Oh ! combien il est doux pour le cœur de l'épouse.
De presser sur son sein le fruit de son amour.
D'enlacer de ses bras, et la nuit et le jour.
L'image de l'époux dont elle est si jalouse.
Mais si jesujpposais que, pour ce grand devoir, Sa modeste santé vous mît au désespoir..,
Eh bien, je chercherais et je serais heureux
De trouver cette perle, espoir de tous vos vœux.
Dussé-je en essayant me remettre aux lisières.
Tout dévoué je vous reste et signe (Bessières.)
Un autre ennemi des nourrices, F. Villemsens, a dressé contre elles, en 1873, un vigoureux réquisitoire : les Nourrices sur lieux. Ce « sermon dans le désert », ainsi qualifié par l'auteur, manque d'inspiration, mais il contient une idée assez saugrenue : pour combattre l'allaitement mercenaire, le philanthrope versificateur enjoint aux députés de le frapper d'une taxe :
Mais chaque jour le mal augmente Et réclame un remède urgent.
Je l'ai trouvé. Légiste intelligent, Dites ceci : « Dans ce siècle d'argent « Où tout est bon qui produit rente « Chaque nourrice, en s'engageant « Sur lieux, devra payer patente. »
François Coppée, plus indulgent, raconte l'odyssée pleine de chagrins et de déboires de la Nourrice, et cette touchante fiction pourrait bien être de l'histoire. Orpheline, la pauvre fille épouse un bellâtre ivrogne, qui la rend mère et, par son inconduite, la plonge dans la plus noire misère ; elle se place nourrice à Paris, mais son nourrisson chétif expire sur son sein. Congédiée avec quelques louis, elle revient au pays pour s'occuper de son enfant. Dès son arrivée, elle apprend qu'il est mort depuis plusieurs mois. La malheureuse n'est pas au bout de son calvaire : elle trouve au cabaret son mari ivre mort ; son mobilier a disparu, vendu par l'huissier :
Elle tomba. C'était la fin du sacrifice.
Et depuis lors, on voit à Caen, dans un hospice,
Tenant fixe sur a^ous ses yeux secs et brûlants.
Une femme encor jeune avec des cheveux blancs,
Qui cherche de la main sa mamelle livide
Et balance toujours du pied un berceau vide.
Les nourrices n'ont pas toujours inspiré des vers aussi tristes ; elles sont encore le sujet de bien des pièces plaisantes, voire
même grivoises. Voici d'abord le Pain à la main^ de Grécourt, dont la réputation en ce genre n'est plus à faire :
Pierre, parmi les domesliques, La gi^osse Jacquine conquit, Et de leurs secrètes pratiques Un beau petit poupon naquit.
On ne chassa que le complice; La fille de pitié toucha; Bien plus, elle devint nourrice D'un fils dont madame accoucha.
Quelle prompte métamorphose !
Jacquine eut son appartement, Un bel habit couvert de rose, Et le complet ajustement.
Un jour, en pompeux équipage.
Promenant son cher nourrisson, Pierre se trouve en son passage.
Elle descend, et sans façon
Dans ses bras tendrement le serre :
0 J'aurais le cœur bien inhumain, « Si j'oubliais que c'est toi, Pierre, « Qui m'a mis le pain à la main. »
Les Deux nourrissons^ d'un anonyme, constituent une historiette d'une centaine de vers, que nous sommes obligé d'écourter. Dormond, vieux marin, chef d'escadre, rentre en France, épuisé par ses longs voyages ; la Faculté lui conseille le régime exclusif du lait pris au sein de la femme. Une jeune veuve s'offre pour cet office.
Ah ! ne la blâmez point, c'est pour nourrir sa mère Qu'elle nourrit le septuagénaire.
En se dévouant ainsi, elle désespère un jeune soupirant, qui se trouve être le neveu de Dormond.
Mais notre veuve ignorait ce mystère.
Le chevalier, riche de ses soupirs, Et c'est là tout, se voyait éconduire, Car à son nourrisson, la belle craint de nuire, Veut être sage et fuit tous les plaisirs.
Le cousin supplie, gémit, se désespère, rien n'y fait. Il imagine alors un stragème. En l'absence de son oncle, il prend sa place dans son lit et prie la vieille Argand d'aller au plus vite quérir la nourrice. Celle-ci arrive aussitôt :
On entre, volets clos ; une lampe maussade
Seule éclairait le sombre appartement.
Auprès du lit, notre nourrice honnête.
Approche un sein fait pour tourner^la tète,
Si moribond pouvait rien voir en beau ! Puis la vieille Argand part en tirant le rideau.
Notre nourrice alors dit : — « Comment va, mon père ?
« Oui, chaque jour vous renaissez, j'espère, « Mon père est mon enfant, je l'aime doublement. » L'enfant allait téter et s'appuyer au vase, Il détournait déjà légèrement la gaze... La nourrice rarrête,^en disant fièrement :
'i Rappelez-vous, monsieur, votre serment...
« Jamais la main, c'est convenu d'aA^ance. » Mais notre enfant cherchait encor sa subsistance.
Balbutiait et^s'égarait un peu^ En se taisant. Soudain. — « Je suis perdue, ah Dieu !
« Mon devoir cesse et mon rang recommence ! »
Dit fièrement la veuve. « De ce lieu
« Je veux~sortir. » Mais, plus elle se fâche, Dans l'ombre, plus au sein le nourrisson s'attache
Avec ardeur. La nourrice à son tour.
Le repousse et s'écrie : « Oui, je pars, sans retour, « Et mon mépris... — « 0 ciel! c'est m'ôter l'espérance. « Et c'est tuer Dormond, car je suis son neveu. Dit alors à genoux notre enfant. » — « Cet aveu,
« Oui, cet aveu double ma résistance.
« Vous n'aimez donc, ni votre oncle, ni moi?
« Vous me manquez et tarissez sa vie » ,
Dit^la nourrice, et pudique et jolie.
Avec un ton indigné, plein d'effroi.
« Allez, jamais ingrat ne rece^Ta ma foi. »
— (' Pardon, criait le chevalier, en larmes,
« Ce moyen seul put rompre vos serments ; « De vos vertus, hélas! je me suis fait des armes ; « Mais serez-vous cruelle ainsi pour vos enfants ?
« Ah ! j'attendrai le moment plein de charme,
« Où de Dormond l'hiver sera printemps ; c( Alors il concevra les feux de la jeunesse
« Et son bonheur doublera notre ivresse. »
— « Eh Inen ! soyez donc époux dès demain,
Leur dit Dormond qui s'avance soudain, Et guettait son neveu, sachant son stratagème : « A la santé rendu, je me sèvre moi-même ; « Oui, persister, pour moi, serait péril extrême. »
Autre polissonnerie qui dépasse un peu la mesure, VEpoiix
nourrice, de Plancher de Valcour, le petit-neveu de Boccace : bon
chien chasse de race.
Un jour, la jeune Vermeille Nommait son mari, maman.
— Pourrait-on, tendre fanfan, Lui dit Damis à l'oreille, Savoir pourquoi votre époux Est ainsi nommé par vous?
— Mais c'est tout simple, dit-elle.
— Bout vous voulez plaisanter!
— Point du tout, reprit la belle.
Car si maman je l'appelle.
C'est qu'il me donne à téter.
Clôturons cette série galante par une fabulette de E. y\rthot, sur un thème souvent traité :
Au bras de sa nourrice, un bébé de dix mois
Tenait dans ses dix petits doigts Un sein qui s'échappait d'un corset sans baleines.