‹ TetonianaChapitre 29 sur 31 · LES TÉTONS · texte numérisé non relu

LES TÉTONS

Sur les tétons, Marot, je pense comme vous ; C'est l'ornement, le trésor d'une belle.

A des tétons qui peut èlre rcljclle ?

L'œil ne peut A'oir rien de plus doux ; Bienheureuse la main qui les tient h son aise ! Et plus heureuse encor la ])ouche qui les l^aise ! Hélas ! pourquoi gêner leur li])erté ?

Nul ajustement ne les pare Comme l'entière nudité.

Ce qu'il faut d'eml^onpoint, leur élasticité,

L'intervalle qui les sépare, Ce poli du satin, cette aimable rondeur. Du bouton incarnat de la rose naissante. Ce bouton surpassant la forme et la couleur, Ce transparent tissu de neige éblouissante. Et l'azur qui dessous se divise et serpente,

Tout est vu, pressé, dévoré.

Le BEAU TETiN, par vous gentiment célébré. Valait-il les tétons pour lesquels je soupire ? Mon cher Marot, eh quoi ! ces tétons pleins d'appas Ne A'ous font point revoler ici-bas.

J'en remettrois la gloire à votre lyre.

0 de tous les tétons, tétons victorieux. Chef-d'œuvre de l'amour, tétons.,, tétons des Dieux! Foible mortel, renonce à chanter leur empire ; Tout l'Olympe assemblé n'y pourroit pas suffire ; Et, ce qui fait leur prix, ce qui fait mon ])onheur. Auprès de ces tétons, je sens... je sens un cœur.

Liquidons une série de madrigaux, compliments et autres fadaises rimées.

Stances sententieuses et prétentieuses de Bois-Robert (1615) :

Beau sein, belle bouche d'yvoire, Vivants objets de ma mémoire.

Chères délices de mes jours.

Qui dedans vos rondes espaces Cachez la demeure des Grcàces Et la retraicte des Amours.

Gorge de lys, pommes d'allxUre De qui mon œil est idolâtre.

Source des amoureux désirs, Parfait assemblage de charmes, Digne sujet de tant de larmes,

De tant de vers et de soupirs :

Objects d'éternelle allégresse,

Petits messagers de jeunesse, Petits gémeaux ambitieux.

Qui desja, pour vous trop cognesire, Ne faisant encor que de naistre, Vous enflez d'orgueil à nos yeux.

Plus heureux qui pour vous soupire ; Le mal qu'il se plaît d'endurer :

Mais, ô merveille que j'adore, Je tiens, bien plus heureux encore, Geluy qui a^ous fait soupirer.

Fadeur qui termine les recommandations faites par La Motte à un peintre :

Peins sa gorge... Mais non: arrête...

Ici, ton art est surmonté.

Ah ! quelques couleurs qu'il apprête, Tu n'en peux i*endre la beauté.

Piécette, en style hyperbolique, renfermant une pensée plus galante qu'ingénieuse :

On a beau dire, Iris, pour louer votre teint.

Que sa blancheur est sans seconde :

Pour moi, qui ne dis rien de flatteur ni de feint, Je soutiens qu'il en est une plus grande au moiide.

N'en déplaise à la vanité

De votre superbe visage ; Vos tétons, belle Iris, en bonne A^érité, Voudroient-ils en blancheur lui céder l'avantage ?

Envoi de Saumaise, «fec un bouquet de jasmin :

Allez, doux jasmin où l'amour aous api^elle. Et si vous approchez du Jjcau sein de Philis,

Dont la blancheur ternit celle des pins beaiixlis, Avant que de moiTrir, dites à cette belle

Que je croirais mon sort bien doux

D'y pouvoir mourir avec vous.

M. de Rochebrune, se trouvant, un soir, dans le salon de la princesse de Vintimille, aperçut une jeune personne dont le corsage, de moiré blanc, était orné d'une rose artificielle. Le poète, émerveillé de la beauté de l'aimable enfant, s'approcha d'elle et lui dit :

De la fleur qu'embellit ton sein,

J'admire l'élégant ouATage ;

C'est bien de la fleur du matin,

Lise, la plus parfaite image;

Et l'on dira, si par hasard

On en reconnaît l'imposture :

Voici le chef-d'œuvre de l'art

Près de celui delà nature. A. R.

Souhait du Poète sans farcl^ brodé sur un thème analogue

Hélas ! trop cruelle Sylvie, Permettez au moins que j'envie Le beau sort de certaines fleurs Dont vous A^ous parez avec grâce, Et dont votre beau teint efface Toutes les plus vives couleurs.

Oui : je voudrois être la rose Que vous placez sur votre sein.

D'une telle métamorphose, Quel est, direz- a^ous, le dessein ?

Le voici : par vos mains cueillie.

Mon destin seroit des plus doux ; Je n'aurois qu'un seul jour de Vie, Mais je ne vivrois que pour vous.

Le Brun répond A une dame qui s'élait plainte que fauteur avait regardé sa gorge :

Loin de me condamner, louez ma retenue, De m'ètre contenté seulement de la vue :

Je n'ai senti qu'un plaisir imparfait ; Mes mains dont j'arrêtai l'audace téméraire. Voulaient suivre mes yeux, c'eût été vous déplaire,

Et que n'eussent-elles point fait,

Si jeles avais laissé faire ?

Cessez de m'accuser d'un si doux attentat ; Je suis trop redevable, insensiijle Sylvie,

A ces deux sources de la vie, Si je les aimais moins, je serais un ingrat.

Les vers de Gotin, Sur une belle gorge, ne manquent pas d'élégance :

Dans l'entretien délicieux De la charmante Iris dont je suis idolâtre,

Va, pose. Amour, sur ses beaux yeux, Le voile qu'elle a mis sur sa gorge d'albâtre.

Quand le printemps a banni la froidure.

On ne voit point de si beaux lis

Aux jardins les plus embellis Par les soins curieux qu'apporte la nature.

Depuis que de mon cœur je fis l'heureuse perte.

J'ai visité bien des climats.

En dépit des chaleurs, en dépit des frimas : Et si je n'ai point fait de telle découverte.

Pour voir un objet sans pareil, 11 ne faut point courir sur tant deniers profondes, Ni voir l'un et l'autre soleil.

Il faut voir ces deux petits mondes.

Pour rendre de mon sort tout l'univers jaloux. Il suffit qu'à mes yeux leur lilancheur on étale ; L'Aurore n'offrit rien à l'amoureux Céphale, De si charmant et de si doux.

Ah! si, sans leur déplaire, on osait les toucher,

Et si deux l^elles mains n'y mettaient point d'obstacle,

Serait-ce ]X)int, par un miracle,

Amollir un cœur de rocher?

Dans reiitretien délicieux De la divine Iris, dont je suis idolâtre : Amour, en ma faveur, Amiens mettre sur ses yeux Le voile qu'elle a mis sur sa gorge d'albùtre.

Aux pièces déjà publiées (1) sur la Puce de Mademoiselle Des Roches^ ajoutons :

LA PUCE d'odet tournebush:

Advocat eu la Cour du Parlement.

Puce, tu as cet avantage

Que l'homme ne sçauroit avoir,

De jouyr de ce beau corsage

Et le regarder nu au soir :

Puis, lorsque de plus elle sommeille

Estendue dedans son lit,

La pinçotant un bien petit,

Tout doucement tu la réveille.

Sous le silence de la nuit.

Lorsque reposent toutes choses Et que l'on entend aucun bruit, ïu tastes ses lis et ses roses.

Puis, te coulant d'un i^as larron Sur sa poitrine et sur ses cuisses, Enyvrée de ces délices, ïu t'endors dedans son giron .

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