‹ TetonianaChapitre 30 sur 31 · LA PUCE DE PIERRE SOULFOUR · texte numérisé non relu

LA PUCE DE PIERRE SOULFOUR

Puce, tu t'es bien abusée De te prendre à un tel morceau :

Où penses-tu estre posée, Volant sur ce tertre jumeau?

Tu ressem])le à ce taon champêtre Qui droit dessus la peau vola. Pour y cuider son bec repais tre, Du taureau que Myron tailla.

L'airain pur, et non la chair vive.

Luy repoussa son petit soc :

0 Puce! la blancheui' naïve Que tu picotes, c'est un roc.

Un roc de marljre que la Muse A basti loin de Cytheron D'autre artifice et plus grand'ruse Que n'est le taureau de Myron.

LA C0NTI5I-: PUCK DE liAPIN

On conte, que de guet à peut Peu à peu glissant et rampant Du bas où tu fais ta retraite Tu t'estois perchée en un lieu Duquel prince ni demi-dieu N'approche la main indiscrète,

Entre deux tertres arrondis Tu accrochois tes pieds hardis Au fond d'une campagne belle.

Et aj)rès mille petits sauts Et mille cauteleux assauts.

Tu osois poindre une pucelle.

Ainsi que dans un large estang, A plain gosier tu beus son sang, Et pour reste de ton audace, Comme les taons vénéneux font, Tu fis encor d'un pourpre rond Marqueter et rougir la place.

Pour une telle cruauté.

Puce, tu avois mérité

Qu'entre deux presses cristallines

On te fit le ventre crever,

Qui s'estoit osé abreuver

De belles liqueurs nectarines.

L'assassinat qualifié.

Par deux te.snioins vérifié.

Te convainquoit d'estre coulpable ;

Mais ceux qui te dévoient punir

Les premiers osent maintenir

Que ton fait estoit excusable.

Hé ! sangsue du corps humain,

Les deux premiers doigts de la main

Comme sergens te dévoient prendre,

De salive un peut préparez,

Et les deux i)ouces accrez

Par beau milieu te dévoient fendre...

Évariste Parny a composé sur Le Sein une historiette fortement saupoudrée de poivre rouge, condiment ordinaire des pays chauds qui virent naître notre poète erotique (1).

Justine reçoit son ami

Dans un cabinet solitaire.

Sans doute il sera téméraire ?

Oui, mais seulement à demi :

On jouit alors qu'on diffère.

Il voit, il compte mille appas,

Et Justine était sans alarmes ;

Son ignorance ne sait pas

A quoi serxdront tant de charmes.

Il soupire et lui tend les bras ;

Elle y vole avec confiance ;

Simple encore et sans prévoyance.

Elle est aussi sans embarras.

Modérant l'ardeur qui le presse,

Valsin dévoile avec lenteur

Un sein dont Faimaljle jeunesse

Venait d'achever la rondeur.

Sur des lis il y voit la rose ;

II en suit le léger contour ;

Sa bouche avide s'y repose ;

Il réchauffe de son amour ;

Et tout-à-coup sa main folâtre

Enveloppe un gloire charmant.

Dont jamais les yeux d'un amant

N'avaient môme entrevu l'albâtre;

C'est ainsi qu'à la volupté

Valsin préparait la ])eauté

Qui par lui se laissait conduire;

Il saA^ait prendre un long détour.

Heureux qui s'instruit en amour

Et plus heureux qui peut instruire !

(l) Né à l'île Bourbon.

Après ce morceau relevé, le lyrisme du Corset de Zéline^ par Sylvain Blot (1818), nous paraîtra bien insipide :

L'aimable aurore, à travers le feuillage, Dardait ses feux ; je suivais à pas lents, Werther en main, le sentier du village ; Le dieu qui veille à guider les amants, M'a fait enti'er sous le toit de fougère Oîi dort Zéline, aux côtés de sa mère. Tout près de moi, dans les bras du repos, Ma douce amie au sommeil est livrée.

Si je pouvais, écartant les rideaux, Unir ma bouche à sa l^ouche adorée, n Soyons discret, . . Mais que vois-je à mes pieds ? Des vêtements ! des chiffons oubliés !

Partout la grâce y folâtre, y badine ; Ce sont les siens. Des yeux ! . . . ceux de l'amour. Sous ce chapeau souriaient l'autre jour. Voilà son port, sa volupté divine ; Voilà ses nœuds que j'ai maudits cent fois, De qui l'obstacle en tous lieux me chagrine. Quel est, plus loin, cet endoyant carquois ? Ciel ! un corset. . . le corset de Zéline ! A son aspect, hors de lui, tout mon cœur A tressailli ; j'ai rêvé le bonheur !

Fortuné lin, ô toi que ma bergère Enlace autour de sa taille légère ; Toi qui, sans faste, heureux de l'arrondir Sur les confins des états du plaisir, Vas tout à l'heure emprisonner encore Les tendres fruits que mon délire adore. Ma main parcourt tes plis mystérieux ; J'ai tout conçu ; là, dans ces deux calices. Globes voilés aux regards curieux.

Ont palpité deux trônes de délices, Trônes d'amour, par l'amour inventés, Muets jadis, maintenant agités.

Que le désir, dans un moment d'attente. Soulève au gré de la gaze mouvante.

Et cette empreinte oii la rose a dormi ; '

Et ces liens, tous Ijrisés à demi.

Brisés !... par qui ? si c'était de tendresse ; Si les soupirs de ma jeune maîtresse ; Corset charmant, dis à mes sens émus.

Que ces lacets pour moi se sont rompus !

Voilà rinslant où Zéline s'éveille ;

Pour rassembler les plaisirs de la veille,

Vole à l'emploi que t'a fixé Famour !

D'un sein de neige enferme le contour !

Doux vêtement ! par ta jalouse adresse,

Mon cœur conspire à t'exiler sans cesse,

Mais des rivaux il craint surtout les yeux ;

Ah ! cache-leur ton dépôt précieux ! . . .

Je suis fidèle et ma Zéline m'aime ;

Tout mon orgueil est une flamme extrême ;

De mes baisers porte-lui la douceur,

Pour son amant, devient amant toi-même.

Et s'il se peut, désarme sa rigueur.

Volez aussi parer ma souveraine,

Bluets des champs, que je viens de cueillir ;

Je vous attache autour d'une baleine.

Qui, ])ien souvent, a fléchi de plaisir ;

Jusqu'à son cœur puissiez-vous parvenir !

Colorez- vous, respirez son haleine,

C'est un nectar dont les dieux sont jaloux.

De vos parfums c'est l'ambre le plus doux ;

Vous êtes fleur, mais elle est votre reine.

Qu'amour vous garde, ô mes champêtres dons !

Protégez moi, frais trésors des vallons !

Protège-moi, bienheureux solitaire,

Mignon corset, sois vigilant Argus,

Veille toujours, veille sur ma Vénus !

Force à la fin mes transports à se taire ;

Hélas ! j'implore en secret ta pitié ;

Sers tour à tour ma crainte et mou envie :

Ce soir, demain, tous les jours de la vie.

Laisse-moi voir ce qui t'est confié,

Entr 'ouvre-toi... ne ferme qu'à moitié.

Complétons la tendre invocation de Maurice Donnay, A ta Gorge, que nous avons eu le tort d'écourter (1).

La chemise qui te voilait, Lasse enfin du rôle impudique Que ta pudeur lui conseillait, A l'heure sainte et fatidique

S'est couchée à tes pieds d'enfant.

Alors ta gorge de Faunesse M'est apparue, et triomphant, J'ai vu les splendeurs de jeunesse

Que ta chemise recelait ; J'ai vu sur ta poitrine nue Deux jumeaux, deux frères de lait.

Enfants d'une ]3elle venue.

Modernes, mais non décadents, Gonflant leur rigidité ronde.

Sans l'aide des corsets prudents Sachant se tenir dans le monde.

Marbre, satin, roc velouté.

Ils résolvaient ce grand problème :

La douceur dans la fermeté, Qualité rare et suprême !

Dans l'amour du Bien et du Beau, Baisant leur pente éburnéenne, Du haut de ce double Nébo Une Terre chananéenne

A déroulé devant mes yeux Ses campagnes riches et grasses Et je vous adresse un joyeux Cantique d'actions de grâces.

Hauteurs neigeuses où se fond

L'ennui des steppes et des plaines.

Trésors somptueux qui me font

Comme aux innocents les mains pleines ;

Et lorsque sur ta gorge en feu Ma soif d'aimer se désaltère, Je songe, en remerciant Dieu, Qu'ils n'en ont pas en Angleterre !

Des « Petits poèmes >■> (i) de Paterne Berrichon, nous extrayons les Mamelles de la Vaclie, où Ton rencontre les inversions démodées, les expressions inattendues et les vers heurtés du maniérisme décadent, déliquescent, symboliste et verlainien.

(1) Vanier, édit.

Sous l'exact jersey bleu qu'ample sa gorge crève, Toute elle m'apparaît, avec sa majesté Grasse, comme un royal fruit d'amour dont mon rêve Morbide exprime et suce un sur jus de santé ;

Et comme un lac de chair lorsque sur son lit, grève De toile fleurant bon, s'épand le flot lacté De ses molles lourdeurs qu'un vent de volupté Gonfle et fait déferler ardemment et sans trêve !

Aussi, quand près de moi, aimes, rythmant son pas, Passent phénoménaux ses fluctuants appas. Mon masque se rougit d'une pudeur intense ;

Et de la nuque aux pieds, m'érode le tourment Sanguin d'un fol prurit qui noie en sa tentance L'anémique Voulu de mon affinement.

Après ce chaos de néologismes, de phraséologie parasitaire, la transition sera moins brusque pour aborder le style relâché, aux incorrections audacieuses, de la « pouahsie » des cafésconcerts .

La Gofge de Rosine, de A. Bugnot, faisait les délices des bourgeois du Second Empire :

Air: JJnliomme pour faire, un tableau.

Est-il rien de plus séducteur

Que son sein rondelet et ferme ?

C'est la neige pour la couleur.

C'est un satin pour l'épiderme :

Sa forme excite le désir.

On n'en A^oit moins qu'on n'en devine.

Car la pudeur sait embellir

La belle gorge de Rosine.

Avec elle il n'est rien de faux, Tout est donné par la nature ; Son beau corps n'a pas de défauts, Ses charmes sont sans imposture.

Femmes, qui devez vos appas Au coton, à la crinoline,

Certes, vous enviez tout bas La belle gorge de Rosine.

Toujours modeste en mes désirs, Et suivant la route commune.

J'ai préféré de doux plaisirs Aux dons Ijrillants de la fortune.

J'ai, pour assurer mon l^onheur, Santé, travail, humeur JDadine, Et je possède, avec le cœur, La belle gorge de Rosine.

La mort est, dit-on, un réveil Qui de la vie éteint le rêve :

Je sens, pour moi, de ce sommeil Que le cours, déjà long, s'achève.

Puissé-je, avant de m'éveiller A l'appel de la voix divine, Avoir, pour dernier oreiller, La belle gorge de Rosine.

Le dévergondage des chansons sous la Troisième République semble prouver une fois de plus que ce qui ne saurait être parlé on le chante. Ecoutez d'abord la Ronde des tétons^ de Paul Rey:

En rond dansent les tétons.

Avec leurs boutons.

A nos lèvres affamées, Pleins d'un furieux piment, S'offrent, tendus fièrement.

Les tétons des bien aimées.

En rond dansent les tétons.

Que tous nous vantons.

Globes, poires, calebasses.

Fermes (nous fuyons les mous Qui s'affalent en remous), Que les tétons ont de grâces !

En rond dansent les tétons.

Que tous nous tâtons.

Enfant, éphèbe, vieil homme.

Par les ans, toujours pour eux,

Nous sommes les amoureux Insatiables, en somme .- En rond dansent les tétons, Que tous nous goûtons.

IMèrac observation pour la Ronde des NicJioiis (1), chansonnette-valse de Briollet et Mortreuil, dont voici le second complet;

Au mois d'juillet sur lesplag's de la Manche

Ils vienn'nt reprendre un peu de fermeté,

A l'heur' du bain, quand les dam's font la planche,

Les vagu's les berc'nt et les fontballoter.

Ces gros nichons qui s'en vont à la nage

A^ous font l'effet de ballons submergés,

Ya pas d'danger qu'les gross's dam's fass'nt naufrage

Car çù leur sert de vessi's pour nager.

Le couplet suivant se termine par ce détail ethnique :

Mais si l'on va sur la côte Malgache

Où le beau sex'marche déshalîillé,

Ya pas d'corsets, ni d'chemis's qui les cachent

Leurs deux nichons leur serv'nt de taljlier.

Eugène Lemercier, dans sa chanson des Niellons (2), transforme les seins volumineux en armes défensives.

Que dites-vous ? bien des dames sont plates ?

A ce sujet, foin des propos blessants ;

Car, s'il en est qui sont comme des lattes.

On ne doit pas médire des absents.

Pour compenser, il en existe, en somme,

Offrant aux yeux de si gros ]3alluchons,

Qu'elles pourraient vous étourdir un homme ) , .

En lui flanquant un coup de leurs nichons. )

A la liste des chansons sur les nounous, ajoutons \n. Nourrice

(1) Édit. 40, faub. St-Denis.

(2) Tirée de la Vie en chansons. (Oudet, édit., S3, faubourg Saint-Denis \

a Paris, de Maader et Dupuy ; la Nounou des Pioiipioiis^ohdjison-marche de Golonge ; les Nourrices de Borjuilloii, de Villemer et Delormel et les Nounous d'Auvergne, parodie des fameux « Pioupious d'Auvergne », de Paul Bourges. Nous nous garderons bien de détacher le moindre morceau de ces pièces qui, comme la Révolution, ne peuvent être appréciées qu'en « bloc )> et accompagnées de la musique, laquelle fait corps avec les paroles » au grand profit des deux », observe Victorien Sardou.

Du « Nanan » pour finir. Un maître en obstétrique, le docteur Ferdinand Loviot, qui manie avec une égale habileté le forceps et la lyre, cherche à régénérer la chanson en lui transfusant du sang nouveau. Pourquoi, en effet, négliger cette forme de la poésie — expression si franche de la tendresse et de la joie — plus que les autres manifestations de la muse. Notre confrère et ami a bien voulu tirer de son portefeuille, pour servir de clou d'or à notre anthologie, une de ses chansons nettement lyriques qui, espérons-le du moins, serviront de modèle aux paroliers de l'avenir (1). La facture de son vers est précise, imagée, quelque peu archaïque et villonienne, fleurant la bonne compagnie, avec une pointe d'érotisme sain et sans péril, ne blessant ni la morale ni le goût des raffinés.

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