‹ TetonianaChapitre 3 sur 31 · MŒURS ET COUTUMES · texte numérisé non relu

MŒURS ET COUTUMES

enviée, les jeunes élégantes n'hésitent pas. à se soumettre à une opération assez douloureuse. Elles font saisir cet appendice par

FiG. 32.

la pince d'un insecte, le fourmilion, et, sous rinfluence de cette excitation, le mamelon ne tarde pas à grossir et à s'allonger d'une façon tout à fait démesurée (1).

A la turgescence du sein, comme signe de grossesse, les (1) D-- Bordier.

CURIOSITES MEDICALES

négresses ajoutent le brunissement de Faréole, qui devient plus noire encore qu'à l'état normal.

Aussi, dit le D'' Verrier, les nègres du Soudan occidental et du

FiG. 34.

centre de l'Afrique se sont toujours opposés à ce que leurs femmes et leurs filles missent des robes qui leur cachasssent le sein, car dans

ce cas ils ne pourraient se rendre compte, par la vue, du commencement d'une grossesse, et, d'après Archibald Hervan, il paraîtrait qu'ils apprécient l'utilité de ce diagnostic.

Nous savons qu'au Congo et dans l'Oukérékoué, les femmes portent, en guise de corset, un lien qui serre fortement la base de leurs seins (1) et les empêche de ballotter.

D'après Racinet, la femme de l'ile Mowi, une des Sandwich, marque le contour des seins par une suite de petites chèvres tatouées qui gravissent ces éminences.

On n'obtient pas une parure aussi pénible pour le corps, écrit-il, avec l'intention de la soustraire à la vue, et c'est ce que montre de Freycinet, en parlant de sa visite à la reine Kéohoua : « Cette femme colossale, surchargée d'obésité, étalait à nu, sans façon, ses robustes appas à nos regards stupéfaits. »

FiG. 3J

Pour développer ourafFermir la gorge,les Égyptiennes emploient de la mie de pain, façonnée au contour de la forme que l'on désire et appliquée encore chaude sur le sein. h^Ami des femmes assure qu'à l'aide de cette recette, la marquise de Pompadour acquit un attrait qui manquait à ses charmes.

Erreurs et préjugés sur les seins. — D'après Hippocrate, si la femme est enceinte d'un garçon, c'est la mamelle droite qui est la plus ferme et la plus développée ; pour Mahomet, c'est au contraire la mamelle gauche. Les Arabes déterminent encore le sexe pendant la gestation par la couleur du mamelon, Rhazès

dit

« Il faut regarder le mamelon

s'il incline à la rougeur, ce

(1) V. Anecil, liist,, fig. 203.

sera un garçon; s'il tourne au noir, c'est une fille. » Il recommande aussi de confectionner une pastille avec du lait et de la farine, et de la faire dessécher auprès du feu : si la pastille se durcit et reste compacte, ce sera un garçon; si elle se fendille, ce sera une fille.

Sous le siècle d'Auguste, toute femme à qui l'on donnait des louanges ou qui se laissait aller à un mouvement d'orgueil devait dire, par humilité: « Prxfiscine! » (Dieu nous en préserve); puis elle baissait trois fois la tête et trois fois elle crachait sur son sein pour apaiser la déesse Némésis. Tibulle (1) parle de cette pratique superstitieuse :

Despuit in molles et sibi quisque sinus.

(Chacun crache sur ses tendres seins.) Théophraste la mentionne aussi dans le portrait des superstitieux.

« On dit que c'est pour cette raison, écrit Bœttiger (2), que Némésis est représentée avec la main sur son sein, comme si elle voulait en écarter son vêtement. C'est peut-être aussi par cet usage que l'on doit expliquer le passage de l'hymne adressée à cette déesse (3), que Herder rend par regarder en cachette et que Kœppen croit devoir signifier les sérieuses réflexions de la déesse sur le destin des hommes. Il semble cependant que cet usage superstitieux avait plusieurs motifs. On se crachait soimême sur le sein ; c'était un acte d'humilité devant la divinité ; mais on attribuait aussi à la salive la propriété de guérir et de chasser toute espèce de mal. Qu'on pense seulement aux salivœ lustrales de Perse. Cette action de cracher était en même temps une espèce d'amulette, cp'jÀay.-cTjp'.ov. Les commentateurs ont donné à l'envi des explications de cet usage, qui s'est conservé pendant longtemps. Broekhuys {sur Tibulle) et Burmann Secundus [sur Properce) fournissent beaucoup de citations relatives à ce sujet. »

De nos jours encore, en Italie, pour se préserver du nial'occJdo et éviter le regard du jettatore , la femme entr'ouvre sa chemi-

(1) Liv. I, élég. 2.

(2) Sabine ou matinée d'une dame roviaine à sa toilette.

(3) Analect., t. II, p. 293,

sette et crache sur ses mamelles en disant : « Ppou! y) Le Calabrais saisit furtivement ses organes génitaux (1).

On lit dans les Éphémérides d'Allemagne, « recueil intéressant d'observations des plus savants médecins, dit un auteur crédule », que pour ranimer un enfant nouveau-né, il faut sucer sa mamelle gauche (2).

La dame qui porte un grain de beauté entre les deux seins ne sera pas riche, à moins que ce sein ne soit orné de poils frisés. Il faut se garder, en ce cas, de couper ces poils, car ils sont un présage de fortune (3).

Veut-on connaître les plus secrètes pensées d'une femme ? Il suffit de lui placer sur la mamelle gauche et pendant son sommeil le cœur d'un crapaud, assure Mizauld (4), ou bien celui d'un hibou, d'après Cornélius Agrippa (5).

Ouvrons l'avenir avec Xo. Clef des songes : « Veoirdes mamelles pleines de laict signifie proufit ; veoir un moine c'est malheur, certifie Jean Thibault (1520). » — Si une femme songe avoir plusieurs mamelles, c'est le nombre d'autant d'adultères, prétend Wuljou de la Colombière.

Les recettes pour diminuer ou raffermir les seins sont innombrables ; nous n'en citerons que quelques-unes qui donneront une haute idée de la bêtise humaine.

Dioscoride fait saupoudrer les fascia mamillaires avec de la

(1) CORRE. Loc. cit.

(2) Verdibr-Heurtin. Loc. cit.

(3) Halbert, d'Angers. i/'«r^ de prédirele sort des dames.

(4) Centtir. 2, n. 6] .

■ (5) Philosophie occulte.

poudre de pierre de Naxos. Mathiole croit qu'il s'agit ici de la pierre à aiguiser, et Pline semble lui donner raison, en conseillant d'appliquer de la boue de rémouleur pour empêcher le trop grand développement du sein chez les fdles. Ce naturaliste gobeur attribue la même propriété à la chair d'ange, poisson de mer. . Un médecin du IIP siècle avant J.-C, Serenus Sammonicus, acquit à Rome une grande réputation, en vendant un topique qui ramenait les tailles trop grosses à des proportions raisonnables. Voici sa recette :

Les femmes qui tiennent à avoir le sein proportionné, devront s'entourer les mamelles de guirlandes de lierre qu'elles jetteront ensuite au feu, après les avoir retirées; puis elles les frotteront, le soir, soit avec de la graisse d'oie, mêlée à du lait tiède, soit avec un œuf de perdrix, cet oiseau au brillant caquetage.

Sennert conseille des applications d'une décoction de myrte ou de menthe bouillie dans du vin ou du vinaigre.

Autres préparations non moins anodines, mais plus compliquées :

Pour faire devenir les tetins joliz, petis et durs, prenez de la térébenthine, de consolida major, gresse de chapon, moelle de piedz de veau, autant de l'un comme de l'autre. Le tout incorporé ensemble en soit fait oingnement, duquel mettes sur deux drapeaux et une pièce de cuyr, en y laissant ung partuis au droit du bout. Si tiens ledict oingnement dessus par deux ou troys moys, la grosseur s'en yra et deviendront petis, délectables à toucher (1).

Pour empêcher les rides des mamelles, faites fondre de la meilleure cire, blanche, ajoutez-y égale partie de blanc de baleine, que vous incorporez bien avec la cire. Ajoutez un peu d'esprit de vin. Trempez-y des linges et appliquez ; mais faites un trou au milieu pour passer les bouts afin qu'ils ne soient pas comprimés (2).

Au quinzième siècle, Thomas Sonnet, sieur de Courval, médecin-poète, vendait un onguent pour « amoindrir et endurcir les seins ». Mais il ne jugea pas à propos de révéler le secret de sa préparation, et c'est grand dommage pour les âmes naïves.

(1) Andké LeFouenier, Docteiu'- Régent de l'Université de Paris. La Décoration d'humaine nature. 1530.

(2) Ant. Le Camus. AhdeUer ou Part de comerTc.r la beauté, 11 kS. — Eecettes citées par la Revue de littérature médicale du D'' Félix Bréniond.

Les thérapeutes modernes conseillent aux mammosae^ et sans plus de succès, les préparations iodurées intus et extra (1), la faradisation, le massage avec ou sans instrument spécial, et la compression. Récamier, appelé souvent dans les couvents, y fit l'observation suivante :

Les religieuses, dans le but de réprimer l'envahissement mondain d'une gorge trop volumineuse, compriment les glandes mammaires avec des rondelles d'amadou. Les seins, par le fait de la compression et de l'iode qui se trouve naturellement dans l'amadou, s'atrophient; mais ce que les religieuses de nos jours n'ont pas prévu, c'est que, en raison de la solidarité dont nous nous entretenons, l'appareil reproducteur profite du retrait des glandes mammaires. Or, comme le bassin est l'expression de l'état anatomique et physiologique de la matrice, il en résulte que les hanches et les muscles fessiers des femmes soumises à cette opération acquièrent un énorme développement. 11 me reste à savoir si un surcroît de nourriture et de développement de l'appareil générateur n'est pas un obstacle de plus à la chasteté ; et si ces intéressantes recluses n'en ressentent pas plus vivement les aiguillons de la chair, que la religion leur défend d'écouter (2).

On applique encore aux novices, parait-il, des sacs de sable destinés à faire tomber leurs charmes inutiles.

Tous les genres de sports pratiqués avec exagération empêchent l'accroissement des seins : « Le sein de Diane, observe Paul de Saint-Victor, rétréci par l'exercice des jeux héroïques,

(1) M. Kisch fait enduire les seins avec la pommade suivante :

Eec. lodoforme pur désodorisé 1 partie

Vaseline pui'e 15 —

Essence de menthe poivrée 11 gouttes

Les seins sont ensuite enveloppés dans des linges chauds imbibés de cette solution :

Rec. Alun 1 partie

Acétate de plomb 5 —

Eau distillée 100 —

Par-dessus les linges, on applique un papier imperméable et on laisse le tout en place pendant douze heures. Les onctions et les enveloppements sont répétés matin et soir. Le traitement doit être continué pendant plusieurs semaines. En même temps il est recommandé aux femmes de se frictionner la poitrine avec un alcoolat aromatisé, pour raffermir la peau et empêcher qu'elle ne prenne un aspect flétri. Enfin elles devront porter un bandage qui relève fortement les seins.

(2) Le Mercier, de Compiègne. Loc, cit.

a la verdeur de la puberté. » Les femmes gymnasiarques ont peu de poitrine. Cependant, si un bras travaille plus que l'autre, la mamelle correspondante augmente sensiblement de volume: c'est pourquoi les nourrices et les blanchisseuses, portant les enfants ou les paniers de linge à gauche, ont la mamelle correspondante plus développée.

Nous venons d'indiquer des recettes pour faire fondre les seins, mais en a-t-on trouvé pour donner de la gorge aux fdles? Les anciens préconisaient sérieusement le sang de chauves-souris, et les modernes offrent, sans garantie, les laits mammiphiles. On a encore la ressource, combien précaire, d'appliquer des hémisphères en bois léger et creux ou en gomme élastique, percés en leur milieu d'un orifice auquel aboutit un tube qui sert à faire des succions énergiques et répétées. L'application d'une grande ventouse remplirait le même office; mais le résultat sera plus expéditif en recourant au gavage et s'il échoue, aux postiches (1).

(I) Anecd. Mit., p. 24.

Substances trouvées dans le lait de femme. —

MM. Gohn et Neumaniiont démontré que, contrairement aux idées admises jusqu'à ce jour, le lait de la femme, en dehors de toute maladie, peut contenir des bactéries qui pénétreraient du dehors dans la glande mammaire. A qui se fier maintenant? Faudrat-il donc aussi stériliser le lait de femme avant de l'administrer au nourrisson ?

De nombreuses substances médicamenteuses absorbées par la mère se retrouvent dans son lait : toutes les liliacées, les crucifères, les solanées, les ombellifères passent par la mamelle; il en est de même du salicylate de soude, de l'iode et surtout de l'arsenic. On sait que le véhicule le plus commode pour administrer aux enfants en bas âge des iodures alcalins, est le lait d'une nourrice — femme, vache, chèvre ou ânesse — soumise à l'usage de ce médicament. Il n'est donc pas étonnant qu'on ait constaté des cas d'empoisonnement par le lait de chèvres ayant brouté du colchique. Dans l'Amérique du Nord, certains pâturages rendent le lait des bestiaux très vénéneux, sans que ceux-ci deviennent malades. L'affection qui résulte de l'emploi de ce lait est cannue sous les noms de milksiekmess ou trembles (2).

Les faits d'intoxication par le lait de la nourrice ne sont pas rares et ils ont assez souvent nécessité l'intervention des médecins légistes. MM. Brouardel et Pouchet ont été appelés à résoudre la question suivante devant le tribunal : Dire si un

(1) Revue gén. de clin, et de tliér.

(2) Paris médical.

enfant de deux mois a pu mourir empoisonné, en absorbant le lait de sa mère, qui n'a pas succombé^ et à laquelle on administrait de V arsenic^ alors quelle donnait le sein à cet enfant. Les experts conclurent par l'aflirmative. Pour la même raison, il est prudent d'exclure le sublimé des pansements appliqués aux femmes qui allaitent.

Certaines substances aromatiques communiquent leur odeur au lait et le rendent agréable au goùt^ comme Tanis, ou désagréable, comme Fail ; l'odeur des asperges se retrouve dans l'urine de l'enfant à la mamelle. Avec l'artichaut et l'absinthe, le lait devient amer.

Procédé d'examen rapide du lait de femme. — Ce procédé est du D'' Helot ; il consiste à comparer au compte-gouttes, pour un même volume, la quantité des gouttes d'eau distillée à 15°. Dans le bon lait, qui donne à l'enfant une augmentation de poids de 25 grammes par jour, il y a 35 gouttes contre 30 dans l'eau distillée.

Les gouttes peuvent d'ailleurs varier, monter à 36, 37, 38 ; le lait est alors de qualité supérieure. Si, au contraire, il descend à 33 gouttes et au-dessous, il est insuffisant.

La seringue de Pravaz permet de faire exactement la comparaison, en se rappelant le rapport de 5 à 6 entre le boulait ordinaire et l'eau distillée (1). On mesure d'abord le nombre de gouttes émises par la seringue (sans son aiguille) remplie d'eau distillée à 15° ; suivant que le lait sera bon ou mauvais, le nombre des g'outtes de lait sera supérieur ou inférieur à celui des gouttes d'eau.

La iSft/i^e donne un moyen encore plus expéditif pour reconnaître si le lait est pur ou non ; on prend une aiguille d'acier bien nettoyée ; on la plonge dans le lait et on la relève verticalement. Si le lait est pur, il en restera une goutte à la pointe. N'en reste-t-il pas du tout ? Il y a gros à parier que le lait a été « allongé » , et dans des conditions frauduleuses.

Usages du lait de femme. — Longtemps, mais à tort, le lait de femme a été considéré comme un agent thérapeutique

(1) Union médicale delà Seine-Inférieure.

des plus actifs. Hippocrate conseillait, contre la stérilité de la femme, des injections vaginales avec le lait de la nourrice d'un garçon, auquel on devait mélanger le suc des graines de la grenade pilée et de la poudre du périnée d'une tortue de mer calcinée.

Jean Ardern, chirurgien anglais du XVP siècle, guérissait la blennorrhagie par l'injection d'un mélange d'eau de rose avec le lait d'une femme nourrissant un enfant mâle.

Contre la migraine, JeanGœurot, médecin de François P'', conseille de faire « traire sur les cheveux tondus laict de nourrisse qui allaicte une fille » .

J . de Monteux, médecin de Henri II, assure « que pour apaiser douleur des yeux, est fort propice le laict d'une jeune femme bien tempérée ». A. Paré mélange ce lait à l'eau de rose « pour les ulcérations qui surviennent aux yeux dans la variole ». De nos jours encore, les nourrices giglent de leur lait dans les yeux des enfants atteints d'ophtalmie. Le même traitement lacté est appliqué aux maladies des oreilles ; mais le lait fermenté peut donner lieu à des écoulements purulents, comme le D'^' Marth en a observé chez des enfants qui, pendant le sommeil, avaient gardé dans l'oreille une certaine quantité de lait régurgité, et alors le remède serait pire que le mal.

Le lait humain possédait jadis des propriétés remarquables pour activer l'accouchement :

11 y en a, dit Jacques Duval, qui appliquent sur le ventre, pour tirer et mettre l'enfant hors du corps, de l'armoise battue et lait de femme, avec fort bon succez.

A. du Pinet, en 1622, certifie que « le laict de femme sucé des mamelles est bon pour les thisiques ». Mais ce traitement a ses dangers : Rivière (1635) a constaté une tuberculose mortelle chez une jeune femme qui avait donné le sein à un abbé poitrinaire (1).

C'était aussi le remède par excellence des maladies de consomption (2). Tissot, à l'exemple de Cornélius Agrippa, Marsile

(1) D'' Meunier (de Pontoise). Notes pour servir à V histoire de la contagion de la phtisie .

(2) Nicolas Lemery, 1759.

Ficiii, etc . , l'ordonnent aux hommes affaiblis et insistent pour qu'on le prenne directement au sein, comme le firent le duc d'Albe (1) et le célèbre dominicain Barthélémy de Las Casas, le protecteur des Indiens contre la domination espagnole (2).

N'est-il pas à craindre, observe Sue à ce sujet, que le vase n'excite des désirs que l'on cherche à amortir, et ne s'exposerait-oii pas à voir renouveler l'aventure du prince dont Capivaccio nous a conservé l'histoire? On lui avait donné deux nourrices : leur lait produisit en lui un si bon effet qu'il les mit en état, au bout de neuf mois, de lui en fournir de plus frais.

Nous avons guéri un octogénaire atteint de dyspepsie vomitante rebelle, en lui faisant prendre — avec les lèvres s'entend — alternativement, pendant trois mois, le sein de deux nourrices.

Il paraît que le jeûneur Merlatti, après sa gageure, récupéra ses forces assez rapidement en tétant une bonne nourrice.

FiG. 37. — Le secret de Succi.

Un dessin de J. Faverot (fig. 37), du Courrier français, explique, à sa manière, comment Succi a pu résister à trente

[\) Anecd, liist.,-p. b'è.

(2) Ibid., fig. 33.

jours de jeûne, grâce à la complaisance d'une Milanaise chargée de faire son lit.

Mais l'exemple le plus célèbre de ce genre d'alimentation est

FiG. 40. — La Piété filiale.

celui du grec Gimon, nourri par sa propre fille, dans sa prison. Il nous reste à signaler une curieuse propriété du lait : versé sur le pétrole enflammé, il agirait, d'après la Revue Encyclopédique^ comme le sable, et l'éteindrait aussitôt.

Différentes espèces de lait. — Gomme succédanés du lait de femme, on a préconisé diverses préparations industrielles, dont les plus connues sont, en Allemagne, l'extrait lacté de Liebig et, en Angleterre, le lactina de Bowick. Ricord a fait justice du premier dans ce quatrain bien connu :

De son lait, Liebig veut nourrir notre enfance,

Et prétend réussir chez ses jeunes Teutons ;

Mais Depaul nous apprend que nos enfants de France

Se trouvent beaucoup mieux du bon lait des tétons.

Quant à la valeur nutritive de la mixture anglaise, des expé-

riences entreprises à Grignon par le directeur, M. Dutertre, ont démontré qu'elle était inférieure au lait maternel : un dirlliley, nourri par la lactine^ est arrivé au poids de 15 kilogrammes ; son frère jumeau, nourri par sa mère, a atteint dans le même temps 31 kil. 270, plus du double. Les résultats sont meilleurs avec le lait de vache, transformé en lait maternisé et stérilisé^ suivant le procédé du D"" Gaertner, de Vienne.

En étendant le lait d'eau (125 p. 1000), on obtient de Vhydro-

gale^ dont l'usage remonte à la plus haute antiquité. Rien n'est changé de nos jours : les laitiers nous confectionnent la même boisson en baptisant leur lait, sous l'œil bienveillant de la police; celle-ci tolère, au pèse-lait, un litre d'eau par dix litres de lait, soit 100 pour 1000, comme l'hydrogale.

On a donné le nom de lait à des substances naturelles ou artificielles qui n'ont de commun avec ce liquide que leur couleur lactescente.

Dans l'Amérique tropicale, plusieurs arbres fournissent le lait végétal; ce sont le palo de vaca du Venezuela, l'hya-hya de la Guyane anglaise et le masarauduba du Brésil.

Jadis, les sauvages de la Louisiane appelaient l'eau-de-vie, l'eau de feu ou le lait des Français.

Je me souviens, écrit Bossa, dans la relation de ses voyages en Amérique, que lorsque les sauvages venaient voir M. de Macarty, notre commandant, chez les Illinois, ces Indiens disaient : « Nous allons voir notre père et téter un peu de son lait. »

A la naissance du duc de Bordeaux (1), un distillateur ima-

(1) V. nos Accouchements à la cour.

FiG 41.

gina une liqueur à laquelle il donna le nom de Petit lait du Duc de Bordeaux : nous reproduisons l'étiquette, à titre de curiosité (fig. 41).

Les laits des parfumeurs sont des cosmétiques liquides, de couleur lactée : lait d'iris, lait d'amandes, lait antéphélique, lait de lys de Kachemir, Oriza lacté, lait dermatique, lait d'Hébé, etc., etc.

Quant au lait de poule^ on sait qu'il consiste en une émulsion de jaune d'œuf dans de l'eau chaude et sucrée.

Le lait rouge. Menstruation mammaire. — Le lait de la femme, comme celui de la vache, peut être plus ou moins rosé. Chez les animaux, on obtient expérimentalement cette coloration en leur faisant absorber une décoction de garance. Mais le véritable lait rouge est dû au sang" d'une hémorragie mammaire, produite par des tractions trop violentes sur le pis des animaux, ou par la déviation des règles, chez la femme (1).

On a vu, dit d'Kttmûller (2), plusieurs femmes qui n'ayant point leurs ordinaires jetoient le sang les unes par la bouche, les autres par les mamelles et les autres par le coin de l'œil.

Dans Vander-Wiel, on lit qu'une femme, agitée d'un violent transport de fureur pendant ses règles, vit le sang jaillir de ses mamelons (3).

La Lancet rapporte un cas de ce genre chez une femme, âg'ée de quarante-huit ans, mariée depuis plusieurs années, stérile et normalement menstruée. Le sang coulait des mamelons pendant trois ou quatre jours à époques régulières. De fortes douleurs dans les seins accompagnaient l'écoulement (4).

Pendant l'hiver de 1846-1847, le D'' Rouxeau (5) donna ses soins à une jeune fille de 17 ans, des environs de Saint-Etienne, qui n'avait jamais perdu une goutte de sang par les voies naturelles; mais depuis quelques mois, elle était réglée à jour fixe, pendant trois ou quatre jours, parle mamelon gauche.

(1) D'' Larcher.

(2) Thérap.,ch. V.

(3) Dr F. J. Martin.

(4) Maryland Med, Journ., 1883.

(5) Gazette médicale de Nantes, janv. 1884.

La plus célèbre de nos tragédiennes fut souvent atteinte d'hémoptysie, par déviation des règles, et longtemps, à cause de sa maigreur proverbiale, on la crut phtisique ; mais les seins étaient indemnes.

Une femme affligée d'hémorragies mammaires pourrait donc réaliser, en apparence, la charmante fiction de E. Michel,

FiG. 42. — Cliché de MM. Braiin, Clément et C'^.

qui exposa au Salon de 1895 la Vigne régénérée (fîg. 42), sous les traits d'une bacchante faisant jaillir du vin rouge de ses mamelles. Et même, si l'on en croit l'observation LXXV des Ephémérides des curieux de la nature^ cette singulière transformation fut observée en 1696 (1).

(1) Gerevisiam e mamma excretam in quadam Matrona puerpera se observasse ait

Un sein qui rougit. — Le sein qui fait rougir Tartuffe rougit lui-même sous certaines influences physiques ou morales. On conçoit, par exemple, qu'une main ou une lèvre trop empressée détermine une rougeur plus ou moinavive de l'organe. Gonbauld le constate dans ce sixain :

Baisant mon sein, ditlsabeau, Tu fais qu'il en paroist moins beau.

Il rougit, si-tost qu'on le touche.

Ce n'est pas comme il faut agir.

Colin, baise plustost ma bouche, Elle ne sçauroit trop rougir.

Plus rares sont les rougeurs mammaires d'origine psychique ; Zimmerman, dans VExpéi'ieiice^ en rapporte un curieux exemple :

La pudeur, espèce de crainte modérée, arrête le sang dans les extrémités capillaires delafaceet de la poitrine, et, comme M. de Haller le présume, par tout le corps. Il dit avoir vu une demoiselle dont la pudeur faisait rougir totalement le sein dans certaines circonstances... J'ai également remarqué cette rougeur subite au sein des femmes qui ont la peau très blanche et très fine. Je me souviens d'avoir déjà fait cette observation à Paris sur la fameuse Dumesnil, à laquelle quelques mouvements passionnés, mais non pas la pudeur, firent monter le rouge d'abord au front, et paraître ensuite au sein ; ses joues étaient trop plâtrées pour l'apercevoir là.

Cette anomalie s'observe fréquemment chez les hystériques. Féré examinait les seins d'une dame de 45 ans devenue hystérique, lors de la ménopause, à l'occasion de chagrins de famille.

Au début de son examen, écrit-il, les seins étaient parfaitement symétriques, sans aucune altération de couleur de la peau ; mais la personne qui accompagnait la malade fît une observation tout au plus désobligeante pour elle; sous cette influence, en même temps que la face rougissait, le sein gauche , qui était le siège du mal, se marbra de petites plaques rouges, d'une sorte de rash scarlatiniforme, dont les taches se confondirent bientôt pour former une

D. Salomon Braunius in miscellan. Curos. (decur 1. Ann. 4 et 5, observ. 15). Ego vero in nutrice quadam honesta Ferrariensi . Aunor. 26. vidi vinuui nigrum sincerum suum proprium colorein et saporem habeus, excretum è mamma dextra tantummodo, à sinistra autem mamma lac solummodo, nec vini quidem exiguani quantitatem excretam ; quod non parum admirationis attulit Discipulis meis, et nutricis prfedictœ domesticis.

rougeur uniforme qui dépassait un peu de tous côtés la mamelle sans s'étendre dans la direction des nerfs. En même temps que cette rougeur apparaissait, le sein se gonflait en masse, et le mamelon s'érigeait. Toute la région était devenue le siège d'une sensation de cuisson avec picotements de la peau et élancements dans la glande mammaire, qui devint lourde. Il n'avait pas fallu une minute pour que tous ces phénomènes arrivassent à leur apogée.

'^iriL k^ '^¥:^^

FiG. 43.

liïi. demoiselle Coirin (1]

Tels senties symptômes ^rmci-paMxàuseùi hystérique. Parfois s'ajoute un œdème localisé, blanc, bleuâtre ou violet; s'il estaccom-

(1) Légende qui accompagne cette gravure de Picard : « Rongée par un cancer au sein dii côté gaucJie, qni dejntis 12 ans lui/ avait fait tomber le bout de la mamelle, et percluse par iine paralisie sur tout ce même côté qui depuis le même ternps avait entièrement retiré et desséché les muscles de sa cuisse et de sa jambe, api^Uque avec fay le 12 aanst 1131 sur ces mau,v incurables de la terre ^frise auprès du tombeau de 31. de Paris.

Une autre gravure représente la demoiselle Coirin à sa toilette : « Guérie subitement la nuit du 12 au 13 aoust de sa 2Mralisi.e et de soncancer, elle se levé et s'habille. Sa servante qui luy apporte un bouillon est si étonnée de la voir levée et droite dans son fauteuil, qu'elle ne p)eut croire que ce soit elle, et quelle va la chercher dans son lit quoy quelle sait devant ses yeux. »

pagné d'ulcération du mamelon, il simule le cancer , comme dans les cas des demoiselles Coirin (fig. 43) et Anne Augier, guéris autour du tombeau du diacre Paris. Une malade de Frédéric Hoffmann, avec le gonflement douloureux des mamelles et des attaques d'hystérie, avait en même temps des sueurs de sang.

Agents modificateurs de la sécrétion du lait. — Certaines substances ont usurpé la réputation de tarir ou d'augmenter la sécrétion lactée; on donne aux premières le nom de lactifiiges (canne de Provence, pervenche, antipyrine, solutions nitrées, petit lait de Weiss, ditana digitifolia, ligustrum vulgare, iodure de potassium, etc.), aux autres celui de galactagogues ou galactogènes (jaborandi, pilocarpine, cataplasmes de persil ou de feuilles de ricin, chlorate de potasse, galéga, somatose, polygala dite herbe à lait oulaitier, etc.). De galactogènes proprement dits, il n'en existe pas ; l'alimentation féculente (1) et la faradisation (pôle négatif, sous le sein et pôle positif armé d'une boule sur le mamelon) sont les seuls agents qui semblent augmenter la sécrétion lactée. Quant aux lactifuges certains, nous ne connaissons que les substances qui tarissent, à haute dose, toutes les sécrétions de l'économie : la belladone, l'iodoforme, l'opium, l'eucalyptol, etc.

En dehors des maladies générales qui diminuent ou suppriment la sécrétion mammaire, une femme sera bonne ou mauvaise nourrice, sans cause définie : l'une sera atteinte d'agalactie, une

(1) Ainsi s'explique la vieille réputation de la féverole^ déjà consignée dans un opuscule de 1650, la Ville de Paris, en vers burlesques, par le sieur Berthod : Car l'autre jour, le médecin En regardant dans le bassin Du petit qui fut à la selle^ Reconnut bien que la mamelle De la nourrice n'alloit pas; Il ordonna qu'à ses repas On en feroit de la purée, Disant comme chose avérée Que la fevroUe asseurement Fait venir le lait doublement.

autre de galactorrhée et devra faire usage de bouteilles spéciales pour recevoir le trop plein de son lait.

Borelli a connu une nourrice qui avait une si grande quantité de lait qu'elle allaitait deux enfants et en donnait à un apothicaire, dont il retirait du beurre pour les phtisiques.

La femme de Ridley, lui-même le raconte, nourrissait deux de ses enfants et plusieurs petits chiens, et perdait en outre une telle quantité de lait, qu'en vingt-quatre heures on en recueillait assez pour faire une livre et demie de beurre (1).

Le système nerveux ne semble exercer aucune action directe sur la sécrétion lactée : on a coupé les nerfs de la mamelle chez des femelles d'animaux sans modifier cette fonction. Et cependant les influences morales, un peu vives, comme la contrariété, la colère, la joie, déterminent momentanément dans le lait de la nourrice des troubles qui peuvent être funestes à l'enfant. Le Journal de médecine et de chirurgie pratiques en a cité un exemple intéressant, observé par le D"" Mordret, attaché, en 1807, à l'armée française de Silésie. Ce médecin était logé chez une dame qui nourrissait un enfant de cinq mois. Depuis longtemps cette dame n'avait point reçu de nouvelles de son mari, officier au service du roi de Prusse. Elle était toujours triste et rêveuse, et son enfant, suçant un lait altéré, avait souvent des convulsions, des vomissements, de la diarrhée : on attribuait ces accidents à la dentition. Puis un jour, pendant qu'elle donnait le sein, elle reçut une lettre de son mari qui annonçait son prochain retour : dans l'excès de sa joie, elle ouvrit cette lettre, sans songer à son enfant qu'elle tenait au sein et qui bientôt fut pris de convulsions et mourut. Mais voici un enfant dont parlent les Éphémérides des curieux de la nature^ en 1685, qui avait des attaques convulsives quand il tétait le sein gauche de sa mère : comment expliquer ce phénomène étrange ?

L'excitation génésique semble activer la sécrétion lactée. Le Dictionnaire des sciences médicales rapporte l'exemple d'une dame dont le lait jaillissait avec force et abondance quand elle recevait les caresses de son mari. De même, pour obtenir une plus grande quantité de lait, au moment de la traite, les Scythes,

(1) Dict. des sciences méd.

d'après Hérodote, enfonçaient un bâton dans les organes de la vache. Aujourd'hui encore, les habitants des Pyrénées y introduisent leur bras et les Hottentots y soufflent avec force.

La grossesse passe pour diminuer la quantité du lait et altérer sa qualité. Est-ce toujours bien exact? Que d'exemples du contraire ! Van Swieten cite une nourrice qui, au milieu des douleurs de l'accouchement, caressait son nourrisson et l'avertissait en riant de céder la mamelle à son successeur. La Collection Académique (1) parle d'une Italienne qui, « grosse à pleine ceinture », allaitait son enfant.

La femme de ce monde que je chéris le plus, écrit Laurent Joubert, a nourri tous mes enfants tant qu'elle a eu du lait, et je n'ai pas laissé pour cela de coucher avec elle, et luy faire l'amour comme un bon mary doit à sa bonne moitié suivant la conjonction du mariage, et Dieu mercy, nos enfants ont été bien nourris et sont bien avenus. Je ne donne point conseil aux autres que je ne prenne pour moy.

Pages a observé une modification qualitative appréciable du lait de la jument qui a porté un mulet : ce liquide est intermédiaire, par l'analyse chimique, au lait d'ânesse et de la jument. Ce changement de composition serait du a la loi de l'imprégnation qui transmet l'empreinte du premier mari aux portées successives de la bête. (D"" F. Regnault. Revue Encyclopédique^ 4 avril 1896.)

Anomalies de la lactation. Anomalies de siège. — En

dehors des mamelles supplémentaires, on a vu le lait sortir par différentes parties du corps, telles que le nombril. {Ephémérides des curieux de la nature^ de 1689.) Le D'" Bourdon, de Cambrai, a observé :

Une fille de 20 ans qui rendait une aussi grande quantité de lait par des petites pustules qui lui viennent à la partie supérieure de la cuisse gauche, qu'une nourrice en pourroit rendre de ses mamelles.

Cette fille rendoit une si grande quantité de lait par ces pustules que, dans l'espace d'un Miserere, on en amassoit aisément une chopine... La production du lait estoit si abondante qu'outre ce qu'elle en jettoit par la cuisse, elle en fournissoit encore par les mamelles

11) Tome XVI.

CURIOSITÉS MEDICALES. Il — 'à

plus qu'il n'en falloit pour soûler deux petits chiens qu'elle a nourris longtemps: cependant elle est hors de tout soupçon d'impureté.

Autrefois, on admettait sans conteste les déviations du lait. Les Éphémérides des curieux assurent qu'on a trouvé du lait sous une ventouse appliquée à la cuisse d'une femme qui venait d'accoucher. Mais le lait et le fromage que l'on croyait rencontrer dans le bassin des nouvelles accouchées, mortes de fièvre puerpérale, n'était que du pus plus ou moins épais.

On a cité des cas d'urines laiteuses, même en dehors de la parturition. Voici l'observation d'une déviation laiteuse publiée par M. H. Marchelli, de Gênes (1) :

Anne de Choudens fut vivement émue, trois jours après avoir accouché, par une dispute qui eut lieu dans sa chambre. Son lait disparut aussitôt ; neuf jours après, elle se plaignit d'une sensation douloureuse à la malléole externe de la jambe droite, et il s'y développa une tumeur qui augmenta successivement de volume. Au dixneuvième jour depuis la disparition du lait, il se forma une tumeur semblable à la malléole interne de la même jambe. Bientôt on sentit de la fluctuation dans les deux tumeurs ; on les ouvrit l'une et l'autre ; il en sortit une humeur qui, non seulement pour la couleur, l'odeur, le goût et la consistance, était parfaitement semblable au lait de femme, mais qui, soumise à une analyse comparative très exacte, se trouva n'être absolument autre chose que du lait.

Lactation prolongée. — Dans certains cas, la sécrétion

lactée se prolonge au point de devenir permanente. Entre autres exemples, Gazeau cite une femme qui, pendant quarante-sept années, après la naissance de son premier enfant, eut une sécrétion de lait tellement abondante qu'elle put nourrir six enfants lui appartenant et huit étrangers. Elle fut toujours régulièrement menstruée pendant l'allaitement, et, à quatre-vingt-un ans, les seins donnaient encore une petite quantité de lait.

On sait que l'allaitement supprimé peut être repris avec succès au bout de plusieurs mois.

Mastomanie. ^ Certaines nourrices, les hystériques par exemple, éprouA^ant une jouissance spéciale dans les titillations

(1) M/'iiior (Jclla Soc. med. fl'eiindazlone d'i Genova, tome II, p. 71.

du mamelon (1), prolongent la lactation outre mesure. Le D"" José de Letamendi (2) a signalé ce vice, non encore enregistré dans les annales de la concupiscence, et lui a donné le nom de mastomanie ou allaitement sensuel.

Lactation à venue anormale. — 1° A la naissance. —

Nous voulons parler de l'apparition du lait en dehors de la grossesse. On a constaté des exemples de cette anomalie à toutes les époques de la vie.

Chez 435 enfants nouveau-nés, le professeur Gûbler a presque toujours trouvé du lait dans leur sein :

A partir du quatrième jour, le liquide augmente en abondance, et du neuvième au douzième jour, sur 65 enfants, un seul n'avait pas de lait. Jusqu'au vingtième jour, cette sécrétion continuée s'effectuer, mais il est exceptionnel qu'elle dure encore à l'âge d'un mois (3).

Cependant le D"" Lesnewich l'a constatée chez un garçon de dix mois, et Baudelocque a vu une petite fille de huit ans allaiter un enfant de quelques mois, alors que sa mère ne pouvait plus le faire :

Elle fît rayer de son lait, dit-il, chez moi, plus d'une cuillerée en présence de soixante élèves. Le lait sort par gouttes ou par jet sous l'influence d'une pression exercée sur la glande mammaire.

Les garde-couches, d'après A. Puech (4), sont coutumières de cette pratique ; c'est ce qu'elles appellent faille le sein.

2° Sécrétion au moment de la puberté et dans la vieillesse. — Baudelocque (5) a vu une jeune vierge allaiter un enfant : pourquoi dès lors ne pas accepter comme vraisemblable le cas suivant, que Richer a consigné dans ses Causes célèbres ? (6).

(1) Le mamelon des hystériques est ordinairement le siège delà sensibilité la plus vive (V. p. 168, Lutaud. Médecine légale), tandis que les titillations du clitoris ne déterminent souvent qu'un énervement pénible. Chez l'homme aussi la sensibilité du mamelon est appréciable, même après la mort : Ch. Robin a déterminé des mouvements sur un décapité, en grattant avec un scalpel la peau de l'aréole.

(2) Quelques ajjhovismes de pédiatrie.

(3) Mémoires de la Sooiéié de biologie, 2'^ série, t. II.

(4) Les mamelles et leurs anomalies.

(5) Gazette médic, 1851.

(6) Sue. Essais sur les accouchements.

L an 1670, Madame Laperere. fille de M. cV Espérance, Capitaine au Port de la Pointe du Sable, à Saint-Christophe, fut obligée de s'embarquer pour venir en France ; elle emmena avec elle trois négresses, une vieille, la seconde âgée de trente ans, et la troisième de seize ou dix-huit ans, qu'elle avoit élevée chez elle depuis son bas âge, et de la sagesse de laquelle elle étoit intimement convaincue. Elle avoit en outre une petite fille de deux mois à la mamelle de sa nourrice, qu'elle croyoit s'être embarquée avec elle. Mais lorsqu'on eut mis à la voile, on s'aperçut trop tard que la nourrice étoit restée à terre ; il fallut nourrir l'enfant avec du biscuit, du sucre et de l'eau dont on lui faisoit une soupe; mais il ne se contentoit pas de cet aliment, et faisoit des cris continuels, quiincommodoient beaucoup tout l'équipage, surtout la nuit. Pour tâcher de l'apaiser, on conseilla à la mère défaire amuser son enfant à la mamelle de la jeune négresse son esclave, ce qu'elle fit effectivement et si heureusement, que l'enfant n'eut pas plus tôt tété pendantdeux jours, qu'ilfit venir suffisamment du lait pour se nourrir; en sorte que pendant environ un an, il fut toujours nourri par le lait de la négresse vierge.

La même anomalie est fréquente chez les animaux. Buffon parle d'une chienne vierge qui nourrit de son lait plusieurs chiens nouveau-nés. M. Colin a vu une brebis de six mois, qui n'avait pas encore été couverte, donner une quantité fort notable de lait.

Il n'est pas rare de voir la lactation s'établir pendant une grossesse nerveuse. Le D"" Démange a rapporté, dans la Revue médicale de l'Est, l'observation d'une névropathe qui se croyait enceinte de 4 mois et demi, parce qu'elle sentait remuer et avait les seins gonflés de lait.

Une femme mariée peut pendant plusieurs années faire sourdre du lait de ses seins, sans avoir été en état de gestation. Ainsi le D'' Mascurel a communiqué à la Société de médecine légale l'exemple d'une jardinière de 35 ans, mariée depuis dixhuit ans, qui présentait cette particularité.

La sécrétion lactée est plus fréquente chez les femmes qui ont eu une ou plusieurs grossesses, à une époque éloignée du dernier accouchement, même après la ménopause, vers l'extrême vieillesse. « On peut faire venir du lait, dit déjà Aristote, à des femmes âgées en les tétant. » De nombreux exemples semblables sont consignés dans les annales de la science (i).

(I) PUECH. Lor. eit.

Livingstone (1) a vu chez les Boërs plusieurs grand'mères allaitant leurs petits-enfants :

Masina de Kuruman n'avait jamais eu qu'une fille et n'avait plus de lait à l'époque où celle-ci, nommée Sina, avait été sevrée, à l'âge de 2 ou 3 ans ; Sina fut mariée à 17 ou 18 ans, et l'année d'après, elle accoucha de deux jumeaux ; sa mère, Masina, qui depuis quinze ans au moins n'avait pas donné à téter, s'empara de l'un de ses petitsfils, lui présenta le sein, et eut immédiatement assez de lait pour se charger toute seule de la nourriture du poupon ; elle avait alors une quarantaine d'années. Une femme du même âge, peut-être un peu plus jeune, car les femmes de cette contrée paraissent vieilles de très bonne heure, étant seule avec son petit-fils, et l'entendant pleurer, lui donna sa mamelle flétrie, d'où s'échappa bientôt du lait; parfois il arrive que l'enfant est nourri simultanément par sa mère et par sa grand'mère, ainsi que Ma-Bogonsig, la principale femme de Mahuré, m'en a fourni l'exemple. J'ai été si souvent témoin de la production du lait par le seul fait de la succion de l'enfant, que je n'ai pas été surpris d'entendre dire par les Portugais de la côte orientale, qu'un docteur indigène ramenait la sécrétion laiteuse chez la femme, en lui appliquant sur la poitrine un cataplasme de larves de frelons, aidé en même temps des efforts de l'enfant qu'elle nourrit.

M. Perrin, raconte Victor Meunier dans ses Excentricités physiologiques^ a possédé une chatte qui mourut quelques semaines après avoir mis bas. Son petit, le seul qu'on lui eût laissé, fut adopté et allaité par la grand'mère qui n'avait pas mis bas depuis l'année précédente.

Hommes nourrices. — La sécrétion lactée n'est pas le privilège exclusif du sexe féminin ; il y a aussi des mâles lactifères. Nous savons déjà que la présence du lait dans les mamelles des nouveau-nés est indépendante du sexe. « Quelques hommes, dit Aristote, ont du lait qu'on peut sucer ou traire. »

Le même auteur raconte qu'à Lemnos un bouc fournissait du lait dont on faisait des fromages, et l'oracle consulté répondit qu'il annonçait un accroissement de fortune. Il paraît que la fille d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire fut élevée au Muséum par un

(1) Explorations dans V Afrique australe.

bouc de même provenance et qui présentait cette particularité. P. Bert fit à la Société de biologie une communication sur un mulet du Mexique, dont les mamelles fournissaient de très bon lait.

Autre anomalie exotique. Yi^ American Naturalist assure que le docteur Hayden captura, dans les Vellostone Mountains, quatre lièvres de l'espèce qu'il désigne sous le nom de Lepus Biardii^ dont les mamelles étaient pleines de lait.

Thomas Bartholin parle d'un homme dont les mamelles fournissaient une si grande quantité de lait, qu'on le tira par curiosité pour en faire un fromage. De Humboldt raconte qu'un laboureur indien, Francisco Lozano, put, pendant une maladie de sa femme, allaiter son enfant : « dix témoins oculaires nous ont assuré que, pendant l'allaitement, le fils ne reçut aucune autre nourriture que le lait du père ». L'amiral Franklin a vu aussi un Esquimau faire, après la mort de sa femme^ l'office de nourrice. C'est sans doute le Chef Esprit^ âgé de 101 ans, dont parlele peintre anglais Paul Kane, dans les Indiens de la baie d'Hudson. Les voyageurs ont rapporté plusieurs exemples semblables plus ou moins authentiques.

Nous réservons comme mot de la fin cet entrefilet, que nous découpons dans le Journal des sages-femmes :

Il y a en Poméranie un médecin allemand — fort honnête homme, du reste, — qui fait une spécialité de créer artificiellement des nourrices, c'est-à-dire d'exciter la sécrétion lactée chez les femmes en dehors de l'état de grossesse, et, qui plus est, même chez les hommes. De telle sorte que, lorsqu'une famille lui demande une nourrice, le docteur pose le plus sérieusement du monde la question suivante : « Est-ce une nourrice mâle ou une nourrice femelle que vous voulez ? » Et, ce qu'il y a de plus curieux, c'est que certaines familles, désirant donner plus de vigueur à leurs rejetons et croyant y arriver par ce moyen, font allaiter leurs garçons par des hommes.

Certes les nourrices à barbe offriraient plus de garanties que les autres, surtout dans les villes de garnison, mais, même si cette industrie nouA^elle existait réellement, nous croj'^ons qu'elle aurait de la peine — malgré ses avantages — à s'introduire chez nous.

Mœurs et coutumes. — 1° Sur le lait. — On sait, par le témoignage de plusieurs historiens, que les Gêtes mêlaient du sang au lait pour leur boisson :

...... Solitosque cruentum

Lac potare Getas, ac pocula tingere venis (1).

Chez les Kabiles de l'Aouress, raconte Th. Martin, après l'opération du trépan, on lave la plaie avec le lait de femme propre, c'est-à-dire ayant fait ses prières.

Les Chinois estiment le lait de femme au delà de toute expression et le regardent comme un aliment réparateur de premier ordre.

A Shanghai, dit Monin, la demi-pinte de lait de femme coûte 20 centimes. Le D'' Makensie (de Ruigpo) prétend avoir vu souvent des femmes du pays en prendre dans de petits vases au milieu des rues de cette localité. 11 serait donc facile de généraliser l'expérience de Paul Bert, qui fît du fromage avec du lait de femme et eut la fantaisie d'en offrh' à ses invités {2).

Par contre, les mêmes fils du ciel ont une répulsion profonde pour le lait de vache qu'ils regardent comme du sang blanc . M . Husson, de Toul, explique, dans son Alimentation animale, qu'elle est entretenue dans le peuple, par les économistes, en vue d'éviter les famines épouvantables qui l'ont si souvent décimé : on réserve de cette façon le lait de vache pour l'allaitement des veaux. Dans le même but, les bœufs ne sont pas livrés à la consommation, mais servent exclusivement aux travaux des champs.

La façon dont le Zoulou trait ses vaches pourra paraître étrange à nos laitières du pays de France :

Le Zoulou, dit l'Industrie laitière^ ne garde jamais le silence en trayant sa vache ; il ne cesse de faire le tapage le plus extraordinaire

(1) Sidoine Apollinaire. Panegyr. ad socenim.

(2) Anced. hist., p. 89.

que jamais oreilles humaines aient entendu : cris perçants, cris d'horreur, cris d'allégresse, sifflements et doux murmures d'admiration se succèdent les uns aux autres, selon que le lait abonde ou diminue.

Et cette pratique a le curieux résultat d'obliger tout fermier blanc qui achète du bétail zoulou, à se procurer un indigène pour traire les vaches, car elles ne restent tranquilles et donnent librement leur lait que si la traite est accompagnée du charivari habituel, dont jamais un Européen n'a été capable de reproduire une imitation même

approximative.

Vers 1840, à Londres, les laitières, les milk-men ou milkwomen, traversaient les rues de grand matin, en portant sur leur tête un grand pot de fer blanc et en faisant entendre ce cri perçant : Milk oh ! Milk oh ! (1). Elles prononçaient ces mots : mi-o ! mi-o ! et l'on croyait entendre le miaulement d'un chat. Joseph Mainzer (2) observe que ces honnêtes marchandes de lait voulaient dire apparemment mi-eau! mi-eau! tout en déguisant la vérité sous une forme étrangère.

Par les Cris de Paris nous savons ce que criait « la laitière au matin », vers le milieu du seizième siècle :

Au matin, pour commencement, Je crie du lait pour les nourrices, Pour nourrir les petits enfants.

Disant : Ça tost, le pot, nourrices!

2° Sur l'allaitement. — Plutarque nous apprend que, dans la famille de Gaton (222-147 av. J. G,), les mères devaient nourrir leurs enfants, et cette règle était imposée dans la maison aux femmes des domestiques elles-mêmes.

Une loi de Sparte obligeait toute personne qui rencontrerait une femme allaitant son enfant, de la saluer et de lui céder le pas. G'était aussi l'habitude de Louis XIV.

(1) Que l'oa peut noter : ré sol, ré sol ; uue croche et une noire.

(2) Les Français peints par eux-mêmes.

L'empereur Antonin le Pieux (138-161 av. J. G.) récompensait les femmes qui donnaient le sein à leur enfant, et Marc- Aurèle (161-180 ap. J. G.) engageait toutes les femmes à allaiter leur enfant, pour être mères tout entières et non à demi.

Les nourrices de l'antiquité, méprisées à l'origine, gagnent peu à peu dans l'estime publique ; elles finissent même par faire partie de la famille. Nous avons déjà parlé des honneurs qu'on leur rendait de leur vivant et après leur mort (1). On recherchait surtout les nourrices de Lacédémone, parce qu'elles étaient robustes et élevaient les enfants sans les emprisonner dans un maillot. En Grèce, les nourrices portaient, comme de nos jours, un grand manteau pour préserver l'enfant contre les intempéries des saisons.

Elles avaient déjà la mauvaise habitude de bercer les enfants, puisque Galien s'élève contre cette coutume :

Le bercement, dit-il, ressemble au roulis d'un vaisseau agité par les vagues ; si les hommes les plus robustes ne peuvent supporter ce roulis, comment voulez-vous qu'il soit avantageux à l'enfant? Endormez-le par de douces chansons : c'est le moyen de lui inspirer une douce passion pour la mélodie.

Les nourrices paraissent avoir suivi trop à la lettre ce dernier conseil, car on les appelait Bauy.aAia'., c'est-à-dire aboyeuses{2).

S'il faut en croire Plante, à Rome, contrairement aux règles de l'hygiène, jour et nuit, les nourrices avaient à leur disposition une cruche de vin. Mais, suivant Apulée, le vin blanc leur était seul permis, par analogie, sans doute, avec la couleur blanche du lait.

Les Romains faisaient usage du biberon onguttus pour élever les enfants en bas âge, et ils appelaient assse nutrices, nourrices sèches, les femmes chargées de ce soin. On atrouvé de nombreux spécimens de ces biberons dans les fouilles de Pompéi et dans les

(1) Anecd. Mst., p. 37.

(2) Sue. Loc. cit.

sarcophages de tout jeunes enfants del'époque gallo-romaine (fig.43 bis). Ces guttus antiques étaient auprès d'enfants en bas âge, à l'exclusion de toute autre poterie. En 1854, on a trouvé, aux environs de Liège, une cinquantaine de biberons en terre ; sur

FiG. 43 Us (1).

chacun d'eux était gravé le moi REPLE (remplis) (fig. 44). A Paris, sur la rive gauche, on a découvert des cercueils d'enfants contenant une certaine quantité de vases en verre (fîg. 45) ou en terre

Fig. 44 (2).

Fig. 45.

Fig. 46.

Fig. 47.

rouge (fig. 46, 47), avec des pièces de monnaie à l'effigie de Constantin le Grand.

En France, d'après Viollet-le-Duc, il est question, pour la première fois, de biberons (3) dans Lirofnafis de Robert le Diable (XlIP siècle). Enfant, ce futur héros donnait déjà du fil à tordre à son entourage :

(l)Proceedings of the Society of Antiquavies of Scotland, vol. IX^ 1872.

(2) Union médicale, 1884.

(3) Ils étaient en forme de barillet émaillé, à pieds (fig. 48), avec un goulot et deux anses pour passer un cordon, ou bien en forme de gourde, tous avec un orifice très étroit : il fallait nécessairement humer la liqueur qu'ils contenaient. Pleins, ils ne peuvent être vidés que si on les secoue fortement.

Et quant li malfès aletait

Sa noriche tous tans mordait ;

Tous tans hule(crie), tous tans resquinge (se révolte)

Sa n'est à aise s'il ne winge (Il n'est en peine qae de mal faire) .

Les noriches cel aversier

Redoutent tant à alaitier

G'un cornet li afaitièrent

Conques puis ne l'alaitièrent.

Avant l'établissement des chemins de fer, les enfants étaient emmenés en nourrice soit en voiture, soit à dos d'âne dans des bissacs ou des paniers, soit encore dans des hottes. Ce dernier mode de locomotion était réservé aux enfants trouvés ; les Meneurs^ chargés de ce fardeau, devaient, en passant dans les villages, effrayer les autres enfants, et ce fut là sans doute

FiG. 48. — Les deux premiers biberons sont de la fin du XIV« siècle (VioUet-le-Duc) ; le dernier est un biberon normand du XVI« siècle (LÉON Danis. Autour d'un lerceau) .

l'origine du père Groquemitaine. Une ordonnance de 1773 régla la forme et la construction des voitures : le plancher devait être garni suffisamment de paille neuve, les ridelles exactement closes et couvertes de toile d'un bout à l'autre ; défense aux voituriers de prendre d'autres ballots que les layettes des enfants. Mais cette ordonnance tomba peu à peu en désuétude.

Les voitures, dit le D"" Boys de Loury, étaient encombrées de ballots et de marchandises auxquels les nourrices faisaient place ; elles revenaient chez elles à pied, n'ayant plus à offrir à leur nourrisson qu'un lait échauffé par les fatigues du voyage. Par suite, un très grand nombre d'enfants étaient ramenés malades et leurs décès étaient hors de toute proportion.

Pour rendre les transports des nouveau-nés moins meurtriers, on décida que les enfants de bourgeois seraient placés dans une

circonscription de vingt-cinq à trente lieues de Paris et que les arrondissements au delà de ce rayon seraient destinés au placement des enfants trouvés.

A son Voyage en Espagne, Théophile Gautier rencontre près d'Olmedo, dans une posada où il dînait:

Une grosse femme taillée en Cybèle se promenait de long en large, portant sous son bras un panier oblong recouvert d'une étoffe, d'où sortaient de petits gémissements plaintifs et flûtes, ressemblant assez à ceux d'un enfant en bas âge. Cela m'intriguait beaucoup, parce que la corbeille était si petite qu'elle ne pouvait assurément contenir qu'un enfant microscopique et phénoménal, un Lilliputien bon à montrer dans les foires. L'énigme ne tarda pas à s'expliquer ; la nourrice (c'en était une) tira du panier un jeune chien café au lait, s'assit dans un coin, et donna fort gravement à téter à ce nourrisson d'un nouveau genre. C'était une pasiega qui se rendait à Madrid pour être nourrice sur place, et qui craignait de voir son lait se tarir (1).

Au Prado de Madrid, il vit quelques pasiegas de Santander, avec leur costume national.

Ces pasiegas, écrit-il, sont réputées les meilleures nourrices d'Espagne, et l'affection qu'elles portent aux enfants est proverbiale, comme en France la probité des Auvergnats ; elles ont une jupe de drap rouge plissée à gros plis, bordée d'un large galon,, un corset de velours noir également galonné d'or, et pour coiffure un madras bariolé de couleurs éclatantes, le tout avec accompagnement de bijoux d'argent et autres coquetteries sauvages. Ces femmes sont fort belles, elles ont un caractère de force et de grandeur très frappant. L'habitude de bercer les enfants sur les bras leur donne une attitude renversée et cambrée qui va bien avec le développement de leur poitrine. Avoir une pasiega en costume est une espèce de luxe, comme de faire monter un Klephte derrière sa voiture.

(1) Dans quelques villages du Midi delà France, surtout au bas des montagnes, à défaut de petit chien, les femmes se font dégorger le sein par un jeune agneau. 11 paraît que la succion de cet animal est plus douce que celle des enfants. Mais les agneaux sont sujets à une affection des lèvres qui peut développer des tumeurs au voisinage du mamelon. Le D"' Mozeran, de Montpellier, eu a publié un cas curieux observé chez une femme de Saint-Guilhem-le-Désert.

he-poèied^ Emaux et Camées décrit encore, dans son Voyage en Russie^le costume pittoresque d'une nourrice russe, en ancien habit national :

Elle est coiffée du povoinik, espèce de toque en forme de diadème, de velours rouge ou bleu, agrémenté de broderies d'or. Le povoinik est ouvert ou fermé; ouvert, il désigne une jeune fille ; fermé, une femme; celui des nourrices a un fond, et leurs cheveux sortent de dessous cette toque, distribués en deux nattes qui pendent sur le dos. Vierges, elles réunissaient leur chevelure en une seule tresse. La robe de damas ouaté, avec une taille sous les bras et une jupe très courte, ressemble à une tunique et laisse voir une seconde jupe d'une étoffe moins riche. La tunique est rouge ou bleue comme le povoinik ; un large galon d'or la borde. Ce costume, foncièrement russe, a du style et de la noblesse, porté par une belle femme. Le grand habit de gala, dans les fêtes de cour, est taillé sur ce patron ; et ruisselant d'or, constellé de diamants, il ne contribue pas peu à leur splendeur.

Les Indiennes des tribus canadiennes arrosent de leur lait la tombe de Tenfant qu'elles allaitent (fîg. 49), jusqu'à ce que la sécrétion soit tarie ; elles pensent que le pauvre petit être boit encore ce lait avec avidité !

Au Vieux-Galabar, l'enfant est éloigné du sein pendant trois jours, et, durant ce temps, il ne prend que de l'eau.

L'abondance des boissons aqueuses, dit Hervan, administrées au nouveau-né, est une des particularités saillantes de son hygiène. Les mamelles de la mère regorgent de lait, qu'on n'en donne pas moins au nourrisson une bonne quantité d'eau, au moins une fois par jour. Chaque matin, quand on le lave, il est soumis à cette sorte de question contre laquelle il proteste par des contorsions et des cris. Le but avoué de cette pratique est d'augmenter lé volume du ventre et de permettre ainsi à l'enfant d'ingurgiter par la suite des quantités plus considérables de lait.

A la Côte des Esclaves, quand la femme devient mère, on l'envoie pendant trois ans dans Varrosso (les cultures), pour

allaiter son enfant et lui enlever toute chance de cohabitation avec son mari.

Si elle approchait d'un homme, racontent Feris et A. Corre, le fétiche emporterait son lait et tuerait l'enfant. Le mari est autorisé à

FlG. 49 (1).

prendre une remplaçante pour le temps de l'allaitement; au Rio - Nunez, les femmes choisissent elles-mêmes celles qui sont destinées à les suppléer.

Au « Pays rouge », c'est-à-dire à Madagascar, quand une

(1) Les figures 49 à 53 sont tirées de notre Hist. des Ace, chez tous les jjeuples.

Malgache vient d'accoucher, au dire de Jean Carol (1), les visiteurs n'arrivent jamais sans un peu d'argent ; cette menue offrande s'appelle : Pour acheter des crevettes.

J'avais oublié de dire, observe ce voyageur, que la nouvelle accouchée boit beaucoup de bouillon fait avec les petites crevettes qui vivent dans nos rizières, ce breuvage ayant la propriété de faire venir le lait.

En dehors des femmes de la haute société, tout le monde fume à Cuba, même les nourrices :

On rencontre souvent sur les places, écrit Maignan, dans ce qu'on est convenu d'appeler les promenades, des groupes de nourrices allaitant leurs bambins, et tenant en même temps dans la bouche, moitié fumant, moitié chiquant, un des plus énormes et des plus sombres cigares qui puissent voir le jour à Cuba.

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