Musiciens, etc. p
3. Beethoven, G. S. Tome IX, p. 105. Et plus loin, p. 108, il appelle la musique « die Offenbarung des innersten Traumbildes vom Wesen der Welt ».
4. « Ce qui distingue la musique des autres arts, c'est qu'elle n'est pas une reproduction du phénomène ; elle exprime ce qu'il y a de métaphysique dans le monde physique, la chose en soi de chaque phénomène ». Schopenhauer, Le Monde, etc., 1. III, § 52, tome I, p. 274; Cf. aussi p. 273, 269.
elle sert à l'expression des phénomènes psychologiques^ mais en aucune manière à la révélation de ce que Kant appelle la chose en soi, le nou?nène^ cet x qui est le mystère insoluble de l'univers. Or Wagner a commis cette confusion * ; on le voit clairement dans ce passage sur Beethoven : « k celui qui alors eut vu Beethoven avec le regard de Tirésias, quel prodige ne se fût-il pas révélé : un monde marchant parmi les humains, Yen soi du monde sous une forme humaine et mouvante!... ^ »
Assurément, l'àme d'un Beethoven est un monde, mais elle n'est point Yen soi de l'univers. Si l'on en excepte l'obscure aperception de l'unité synthétique de notre activité, la vie de l'âme se résout en faits de conscience, de connaissance : phénomènes distincts des phénomènes physiques, mais phénomènes, et en aucune manière Ven soi du monde.
Il faut même avouer que ce ne sont pas toujours les sentiments les plus intimes et les plus universels, ceux qui permettent de hasarder quelque hypothèse sur le fond de l'être, que le musicien, l'artiste, éprouve et cherche à exprimer. Wagner, au contraire, vivant dans une constante préoccupation de ces profonds sentiments : idéal, justice, amour, qui sont ici-bas le dernier mot des choses, a pu croire que l'essence du monde s'était, en une certaine mesure, révélée à son esprit. L'illusion est tout à son honneur.
1 . Schopenhauer fait constamment la confusion entre la volonté et la chose en soi ; dans les Suppléments ajoutés à son grand ouvrage, de longues années après la première édition, il a avoué son erreur et reconnu que la volonté n'est que le plus intime phénomène de la chose en soi. Cf. Le Monde, etc., t. III, ch. XVIII, p. 10.