Beethoven, G. S. T. IX, p
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CTIAPITRE IV l'anneau du nibelung ou tétralogie.
§ 1. — La thèse révolutionnaire.
"Wagner avait composé dès I8/18 un poëme en trois actes : La Mort de Siegfried qui , développé, complété, devint ce magnifique drame : L" Anneau du Nibelung \ dont le texte ^ fut imprimé en 1853 et communiqué à quelques amis seulement ^
Ces dates ont leur importance. C'est, en effet, le 14 juin 18/i8 que Wagner prononça son fameux discours devant les membres de l'Union des Patriotes. Une année plus tard, dans les premiers jours de mai, éclatait l'insurrection de Dresde. Quelle part Wagner y prit au juste, nous laissons à ses biographes le soin de le déterminer '\
1 . h' Anneau du Nibelung est divisé en un prologue et trois parties destinées à être exécutées en quatre jours, de là son nom de Tétralogie. Nous désignerons les diverses parties par la lettre initiale : R. Rheingold (l'Or du Rhin) ; W. Walkùre (la Valkyrie) ; S. Siegfried; G. Gôtterdàmmerung (Crépuscule des dieux) ; — nous renvoyons à l'édition Schott, Mayence et Paris, 1876.
2. La musique de l'Or du Rhin fut terminée en 1854 ; celle de la Valkyrie en 1856 ; celle d<i Siegfried en 1869 ; celle du Crépuscule en
3. Cfr. Biographie de Wagner par Nohl, eh. IV et les notes chronologiques de M. Chamberlain sur V Anneau du Nibelung. Rev. Wagner., 3« année, p. 263.
4. Dans son ouvrage Wagner as I knew him (London-Longmanns, Green and Co. 1892), Ferdinand Praeger cite une lettre du Maître à Edouard Rœckel (frère d'Auguste) dans laquelle on lit ces paroles : « Bien que je n'eusse pas accepté de rôle spécial, cependant j'étais présent partout, surveillant activement l'entrée des convois.... Je fus activement engagé dans le mouvement révolutionnaire au moment de la lutte finale et ce fut un hasard si on ne me fit pas prisonnier avec Rœckel et Bakou-
Ce qui est au-dessus de toute discussion, c'est l'enthousiasme avec lequel il accueillit le mouvement réformisfef. Toutefois, étant donné le sens habituel du mot, l'épithète de révolutionnaire ne saurait lui être appliquée sans quelques réserves. Pour s'en convaincre, il faut Hre la lettre que Wagner adressait à Liittichau, intendant des théâtres royaux de Dresde, trois jours après son discours à l'Union des Patriotes *, où il reconnaît combien il a eu tort de proposer à un public si prosaïque « la poétique image » de la royauté telle qu'il la rêvait.
Quelle était précisément cette idéale conception du rôle futur de la royauté ? Le roi « le premier, le plus vrai républicain 2 » serait-il un simple président de Répubhque ? Ou bien, au contraire, faut-il se le représenter revêtu comme jadis d'un pouvoir absolu, dégagé des entraves parlementaires *, mais tout dévoué aux intérêts de son peuple, entretenant avec luide constants rapports, de telle sorte qu'il s'é-
nine ». M. Chamberlain a élevé contre l'authenticité de cette lettre et en généra] contre l'exactitude de la plupart des citations de Praeger des objections si fortes (Cfr. Bayreuther Èlaslter, année 1893, p. 201 et suiv.), que nous n'insérons ce passage que sous toutes réserves.
D'autre part, dans sa brochure A l^mdicafion (London, Eegan Trench. 1892) composée, elle aussi, pour réfuter un grand nombre des assertions de Praeger, M. Ashton EUis cite (p. 44) ces lignes tirées de la Vie de R. Wagner (Leipzig, Breitkopf, 1883, P. 162) par Richard Pohl : « R. Wagner ne monta pas sur les barricades ainsi qu'on l'a prétendu, mais il avait accepté la « direction musicale » de la révolution ; c'est lui qui surveillait le service des signaux, du tocsin. Il organisa aussi l'arrivée des convois et excitait les combattants par ses discours ».
Wagner ne fut point cependant un des organisateurs de l'émeute. Bakounine l'a expressément déclaré au cours de son procès : « Wagner n'a jamais été pour moi qu'un Imaginatif, et bien que j'aie souvent parlé politique avec lui, cependant nous ne nous sommes jamais mutuellement entendus pour une action commune ». (Cité par Hugo Dinger, Richard Waguer's geistige Entwickelung, Leipzig, Fritzsch, 1892; t. I, p. 179).
1. Hugo Dinger (ouv. précité, p. 107) reproduit intégralement ce discours qui avait été déjà publié par Tappert dans la Biographie de R. Wagner (1883). M. Ashton EUis, dans la brochure précitée, donne une traduction anglaise de la lettre si intéressante à Lûttichau.