L'œuvre et la mission de ma vie, fin du ch. VU
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obtenue que par la destruction de la forme physique du présent, donc par la Révolution * ».
Conclusion que nous appellerions volontiers anarchiste si le nouvel ordre de choses ardemment désiré par Wagner n'était si différent de celui que poursuivent nos anarchistes actuels. On voit en tous cas dans quelle sphère idéale se mouvait sa pensée. Mais l'utopie contenant en germe le progrès à venir, les hommes à idées sont toujours suspects à ceux qui représentent l'ordre établi ; comme d'ailleurs par ses rapports avec Rœckel et sa conduite pendant l'émeute Wagner s'était gravement compromis, il fut exilé non seulement de Saxe, mais d'Allemagne.
Réfugié à Zurich, il y composa trois de ses œuvres théoriques les plus importantes : ^r; et révolution^ L'Œuvre d'art de V avenir, Opéra et drame. Ces travaux d'analyse et de critique, s'ils coûtèrent à sa nature, lui permirent du moins de « dégager son esprit de toute incertitude et de toute confusion » ^ et de prendre une pleine conscience du caractère particulier de son génie.
Dès lors cesse en lui toute hésitation. Il s'enfonce^ voyageur hardi et infatigable, dans ces vieux mythes aussi mystérieux et touffus que les antiques forêts de Germanie. Il se sent redevenu « l'artiste vrai, sans entraves^ ». La gaieté de Siegfried, la joie de vivre et d'agir, remplissent son propre cœur lorsque, après avoir ressoudé les deux tronçons du glaive : la musique et la poésie, il s'élance pour combattre le monstre : l'art faux, corrompu et corrupteur, et conquérir la vierge divine toute grâce et toute lumière, harmonie et vérité. Il entend, lui aussi, l'oiseau chanter dans la forêt, l'être aérien, « vivant symbole de Pâme* », qui lui module les grandes pensées sur un rythme mélodieux. Wagner, nous l'avons dit, avait rêvé ce beau rêve de justice et d'amour qui hante les esprits élevés et les cœurs généreux,