‹ Tétralogie, Tristan et Iseult, Parsifal [microform]Chapitre 19 sur 42 · Lettre à Uhlig, du 31 mai · texte numérisé non relu

Lettre à Uhlig, du 31 mai

3. Gfr. Wagner und Schopenhauer, par Hausseger (Leipzig, Reinboth), p. 4.

V Anneau du Nibelung en témoignage « de remerciment et de vénération ».

De profondes différences séparent toutefois la conception philosophique de Wagner des théories de Schopenhauer.

L'auteur du Monde comme représentation et comme volonté suppose à l'origine des choses une « volonté de vivre » (un effort, une souffrance par conséquent * et un mal par essence) qui se réalise, s'objective à différents degrés dans les êtres divers dont se compose le monde. Une telle volonté pourvoit les créatures de mille moyens de conservation et de défense : l'intelligence, par exemple, est un auxiliaire puissant pour la conservation de l'individu et la propagation de l'espèce. Mais Thomme possède un surplus, un excédent d'intelligence qui n'est pas utilisé au service de la volonté. Il s'en servira pour se rendre compte de son état misérable et secouer le joug de cette volonté tyrannique. La contemplation esthétique commencera la délivrance qui s'achèvera par la pratique de la morale et de l'ascétisme, par l'entière négation de la volonté de vivre.

On croit assez généralement que cette négation se traduit par un néant absolu. Il semble bien, en effet, que logiquement il en devrait être ainsi ; mais à maintes reprises ^ Schopenhauer affirme qu'il s'agit seulement d'un néant relatif, d'une négation de l'état actuel qui est lui-même, avec toutes ses misères et ses souffrances, une véritable négation. Si l'on voulait à tout prix, ajoute Schopenhauer, se faire de cet état une idée positive, « il n'y aurait point d'autre moyen que de se reportera ce qu'éprouvent ceux qui sont parvenus à une négation complète de la volonté, à ce que l'on appelle extase, ravissement, illumination, union avec Dieu, etc. ; mais (cet état) n'appartient qu'à l'expérience

1. Là est le sophisme de Schopenhauer. Tout effort n'est pas une souffrance, un mal. L'effort n'est une souffrance que quand il y a disproportion entre Taclivité dépensée et l'activité disponible.

2. Le monrfe, etc., t. I, § 68, p. 415 ; § 71; t. III, ch. XVIII, p. 10 ; eh. XL VIII, p. 420, 424; ch. L, p. 452, 455.

personnelle ; il est impossible d'en communiquer extérieurement ridée à autrui *. »

L'analogie entre Wotan et la « volonté de vivre » est évidente ; de part et d'autre, c'est la même force suprême, « volonté », « désir 2 » toujours en mouvement, attestant par des créations sans nombre son inépuisable fécondité. Mais Wagner ne l'envisage pas comme mauvaise dans son essence ; s'il qualifie parfois Wotan ' de « sauvage )>, de <( furieux », il insiste non moins sur son désir ardent d'une meilleure organisation du monde, sur ses aspirations vers l'intelligence* et l'amour".

L'intelligence véritable, la raison, est personnifiée non dans Fricka, mais dans Erda, celle « qui sait tout*, » dont le rêve « plein de pensées' » symbolise si bien la vérité cachée dans le sein de la nature et que seul l'effort — la volonté de Wotan — peut évoquer et amener à la pleine conscience. C'est Erda qui prédit à Wotan la fin de son règne : et pourtant elle demeure soumise à Wotan; celui-ci, à son gré, l'appelle ou la fait disparaître, et il lui déclare

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