P. 184: « Descends sur nous, nuit de l'amour, etc
4. Le monde comme volonté et représentation, premières paroles du livre I, § 1.
De là, au milieu des épanchements les plus tendres, cet ergotage métaphysique sur la valeur d'une particule :
« Iseult : Notre amour ne s'appelle-t-il pas Tristan et Iseult ? Cette syllabe charmante, cet et, ce Uen d'amour ne serait-il pas, si Tristan mourait, anéanti par la mort?
« Tristan : Qu'est-ce qui succomberait à la mort, sinon ce qui nous sépare, ce qui empêche Tristan d'aimer Iseult toujours, de vivre pour elle seule éternellement?
<( Iseult : Et si cette syllabe et était anéantie, la mort de Tristan ne serait-elle pas la mort même d'iseult ?
« Tristan : Alors nous serions inséparés, unis à jamais, sans fin, sans réveil, sans crainte, sans nom dans le sein de
l'amour, ne vivant plus que pour l'amour Je ne suis
plus Tristan et tu n'es plus Iseult. Plus de noms qui séparent : une connaissance nouvelle, une flamme nouvelle qui s'allume ; une seule âme et une seule pensée [einbewusst) pour l'éternité *, »
II faut rapprocher cette expression : unité de co?iscience (einbewusst) de cette autre : inconscience (unbewusst) ^ ; Wagner les emploie évidemment comme synonymes. Elles se complètent mutuellement. L'état futur n'est donc l'inconscience que par rapport aux formes actuelles de la conscience humaine, et nullement en tant que destruction de toute conscience. Cest une forme nouvelle mystérieuse, où ne subsiste plus la séparation des personnalités (em-bewusst)..
Sans être infidèle à la pensée de Schopenhauer, Wagner, on le voit, affirme, précise, désignant l'amour comme essence de cette nouvelle manière d'être dont Schopenhauer s'était refusé à donner une idée positive ^
Toutefois — et voilà la grande différence entre la doctrine de Wagner au moment où il composa Tristan, et son ancienne thèse de la Tétralogie — ce n'est plus en cette vie, sur cette terre, que l'amour accomplit son œuvre rédemptrice. Ici-bas, l'amour, par suite de la séparation des