Le Monde, etc. T. I
personnalités, est fatalement uni au désir ; or le désir, c'est la souffrance, c'est la plaie qui arrache à Tristan des gémissements désespérés et le fait courir au devant de la mort. La mort seule peut délivrer l'amour de ses entraves matérielles, seule elle peut lui donner toute sa pureté et sa pleine efficacité.
Que nous sommes loin du temps où, sous l'influence de l'école hégélienne, Wagner exaltait cet amour conjugal qui se développe, s'épanouit en amour pur de l'humanité ! Désormais il n'est plus question d'enfants, d'amis, de patrie, d'humanité... Tristan ne voit en ce monde qu'Iseult, et Iseult Tristan. Sans s'inquiéter du sort de l'humanité, sans même savoir s'il existe une humanité, par le seul fait de leur amour réciproque consacré par la mort, ils parviennent au salut, au bonheur infmi.
Dans la première rédaction de son poème (1855), Wagner avait opposé (* à Tristan le héros de la passion, Parsifal le héros du renoncement. Au troisième acte, au moment où Tristan est étendu aux pieds d'Iseult aspirant à la mort et ne pouvant mourir, Parsifal apparaissait en pèlerin et cherchait à consoler les amants perdus dans leurs extases désolées*. »
Au printemps de 1856, Wagner esquissait un drame bouddhique : Les Vainqueurs % où « le Parsifal du renoncement reparaissait sous le nom d'Ananda, Ananda le héros du renoncement à l'amour, l'ascète de l'Orient, le pur absolu ».
Le renoncement, l'ascétisme hantaient, en effet, l'esprit de Wagner, à cette époque où il subissait à la fois l'influence de la doctrine du Bouddha et des théories de Schopenhauer. Dix années plus tard\ il reprendra ce thème du renoncement de Parsifal, mais un nouveau changement se sera opéré dans sa pensée.
1. Parsifal par Kufferath, p. 161. — Pour les dates Cf. Notes sur Parsifal de M. Chamberlain, Revue wagnérienne, 2e année, p. 220.