‹ Tétralogie, Tristan et Iseult, Parsifal [microform]Chapitre 30 sur 42 · Ibid., p. 163. Cf. R. W. Entwurfe, Gedanken, p · texte numérisé non relu

Ibid., p. 163. Cf. R. W. Entwurfe, Gedanken, p

3. C'est en 1864 que fut rédigé le projet définitif de Parsifal ; il ne fut achevé qu'en 1877 ; la musique, en 1882.

Au premier abord, il est vrai, ParsifaI ressemble singulièrement à Ananda, mais quand on prend la peine de pénétrer jusqu'à l'âme, d'étudier les motifs intimes, quelle différence entre l'ascète bouddhiste et l'ascète chrétien ! ParsifaI ne s'oublie lui-même que pour penser aux autres, pour travailler sans trêve, sans relâche, au salut de ses semblables ; la contemplation, l'extase, sont comme un bain où il retrempe ses forces, mais c'est à l'action, à l'action incessante* qu'il consacre toute son énergie; enfin, s'il renonce aux douceurs de l'amour, c'est qu'il entrevoit un amour plus noble où la jouissance intense fait place aux joies austères du dévouement.

Plus complète encore est l'opposition entre ParsifaI et Tristan : Wagner, dans son dernier drame, a restitué à la vie un but» une valeur dès ici-bas ; il a proclamé de nouveau et incarné dans ParsifaI le devoir qui s'impose à tout homme de s'occuper des autres et même de s'oubUer, de se dévouer pour les autres.

Comment expliquer ce revirement d'idées ? Est-ce seulement son instinct d'artiste, son goût inné pour la vie et l'action qui ont soutenu et sauvé Wagner dans ce périlleux voyage à travers les doctrines pessimistes de l'Orient et de l'Occident ? Faut-il évoquer le souvenir des événements heureux ^ qui mirent fin à tant d'agitations et d'épreuves et firent resplendir dans son âme cette lumière du bonheur qui transfigure toutes choses?

L'explication serait suffisante si Wagner n'avait fait que revenir sur ses pas et nous avait donné en ParsifaI un second Siegfried. Or il n'en est rien. L'évolution de la pensée de Wagner — comme toute évolution vraie — pourrait être symbolisée non par une circonférence où la ligne retourne au même point dans un plan toujours le même, mais bien par une spirale : la ligne revient à un point semblable à une hauteur toujours plus grande.

1 . Voir dans ParsifaI le cantique des Chevaliers à la fin du premier acte.

2. Son amnistie et sa rentrée en Allemagne ; l'amitié du roi de Bavière ; le mariage avec Madame de Biilow.

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Il ne faut donc point s'arrêter aux différences dans le décor extérieur, par exemple au contraste si facile à établir entre l'or du Rhin et le Graal * , entre le palais de Wotan et le temple de Monsalvat ; l'opposition est plus profonde ; elle réside dans l'idée fondamentale des deux ouvrages : d'une part, indépendance absolue de Siegfried par rapport à la divinité, condition indispensable de sqn œuvre rédemptrice ^ ; de l'autre, au contraire, dépendance de Parsifal par rapport à Dieu qui le choisit ^ l'envoie, le soutient et transforme toute sa vie en un vrai miracle de la grâce divine.

L'idée religieuse a fait sa réapparition dans Tesprit de Wagner, communiquant à l'œuvre suprême du poëte-musicien sa propre subhmité. Parsifal, la fleur du génie de Wagner, est comme. une rétractation du Crépuscule des dieux écrite à un âge où l'expérience plus complète des choses et des hommes décourage des paradoxes tranchants et des négations absolues, où l'âme, moins absorbée par l'exubérance de sa propre vie, moins distraite surtout par la séduction des réalités matérielles^ découvre au fond d'ellemême une foi qui s'ignorait et contre laquelle elle a douloureusement et trop longtemps lutté.

1. Cf. Ernst, p. 891. — Wagner a indiqué lui-même et expliqué ce symbolisme dans les Wibelungen, G. S. Tome II, p. 150.

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