Ibid. p
3. Distinguons, ne séparons pas ! Là serait l'utopie. Si 1' « appareil théâtral » n'était pas nécessaire à l'humanité, pourquoi Wagner aurait-il réincarné 1' « âme du christianisme » dans Parsifal ?
4. Ibid. p. 247. — C'est à Enge, près de Zurich, raconte M. Kufferath [Parsifal, p. 168), le Vendredi-Saint 1857, que Wagner, comme il le dit
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Est-il besoin d'ajouter, après de telles paroles, qu'à cette époque Wagner ne considérait plus la religion comme un obstacle au libre développement de l'humanité % mais admettait un seul et même idéal comme étant 1 ame de l'art vrai et de la religion véritable ^ ?
Nous croyons donc à la sincérité des sentiments de Wagner exprimés dans le programme qu'il composa en 1880 lors de l'exécution de l'Ouverture de Parsifai devant le roi Louis II, et où il donne lui-même l'explication de ce magnifique morceau :
Amour — Foi — Espérance.
Premier thème : Amour.
« Prenez mon corps, prenez mon sang au nom de notre amour ! » (Répété en diminuant par des voix d'anges).
« Prenez mon sang, prenez mon corps en souvenir de moi ! » (De nouveau répété en diminuant).
Second thème : Foi.
Promesse de la rédemption par la foi. Ferme, pleine de vie, se manifeste la foi, fortifiée, voulante, même dans la souffrance.
A la promesse renouvelée, la foi répond des célestes hauteurs ; — comme portée sur les ailes de la blanche colombe, — descendant, s'emparant du cœur des hommes toujours plus
lui-même plus tard, « entendit ce soupir de la plus profonde pitié qui jadis retentit de la croix sur le Golgotha et qui, cette fois, s'échappa de sa propre poitrine. » En quelques Jieures, il écrivit les vers si tendrement émus qu'il mit plus tard dans la bouche de Gurnemanz et qui expliquent le charme du Vendredi-Saint, ce jour de l'universel repentir et de l'universel pardon, où la nature paraît plus belle, où l'herbe et la fleur arrosées par les larmes du pêcheur, sainte rosée, relèvent la tête, où toute créature aspire au Rédempteur et tressaille de joie devant l'homme purifié. Dès ce moment Parsifal était conçu.
1. C'était sa thèse dans Die Kunst und die Révolution (1849) G. S. T. IIL p. 25.
2. «^u qu'il m'est devenu possible d'arriver à cette conviction que l'art véritable ne peut réussir que sur la base d'une moralité véritable, je devais reconnaître à l'art une vocation d'autant plus élevée que je le trouvais pleinement identique à la véritable religion ». (Appendice à Religion und Kunst, p. 251. Wagner répond à la question : Voulez-vous donc fonder une religion ? et explique pourquoi la chose n'est pas possible).
largement et pleinement, remplissant le monde, la nature entière : et alors regardant le ciel, doucement apaisée.
Encore une fois, dans la solitude, s'élève la plainte de l'aimante compassion :. l'angoisse, la sueur sacrée du mont des Oliviers, la divine souffrance du Golgotha ; — le corps pâlit, le sang coule et brille dans la coupe avec une lueur de bénédiction, répandant sur tout ce qui vit et souffre la joie de la rédemption par l'amour. . . A voir Amfortas, le gardien souillé du sanctuaire, nous sommes préparés : à la cruelle souffrance de son âme y aura-t-il une rédemption ? Une fois encore nous entendons la promesse — et nous espérons I *
Parsifal est donc une œuvre profondément, essentiellement religieuse, sans qu'elle implique d'ailleurs l'adhésion de Wagner à quelque symbole théologique officiel.
Mais l'homme intelligent, qui éprouve le besoin de se rendre compte de ses sentiments, de sa croyance, ne saurait échapper à la nécessité de formuler ses pensées. S'il ne souscrit point au Credo ^ de telle ou telle Eglise, force lui est de le remplacer par un Credo qu'il invente lui-même ou emprunte à quelque puissant esprit. Ce sont les formules de Schopenhauer qu'adoptait Wagner au moment où il composa Parsifal. Dans un appendice à Religion et Art, il reconnaît que la charité exige de la part de l'homme naturel un effort presque excessif. Aussi notre civilisation, va-