‹ Tétralogie, Tristan et Iseult, Parsifal [microform]Chapitre 37 sur 42 · R. Wagner, Entwûrfe, Gedanken, etc, p · texte numérisé non relu

R. Wagner, Entwûrfe, Gedanken, etc, p

2. Lorsque l'Eglise formule un dogme, elle emprunte ses expressions à la science ou à la philosophie prédominante de l'époque. Par exemple, la doctrine de l'Eucharistie a été formulée par le Concile de Trente en termes empruntés aux théories scolastiques. De là dans les dogmes un élément évidemment humain et d'une valeur relative, transitoire. L'immense majorité ne s'en rend même pas compte. Ceux qui sont capables de distinguer entre l'élément divin et l'élément humain dans les définitions dogmatiques — ce dont l'Eglise ne les empêche point — s'imaginent souvent n'avoir pas la foi parce qu'ils se croient obligés de donner une adhésion absolue à des opinions dont ils connaissent l'inexactitude. L'Eglise, forcée d'avoir un langage officiel, ne peut cependant changer sans cesse ses formules, ce dont elle aurait, d'ailleurs, le droit. Comme disait l'Apôtre, elle se doit « aux Barbares aussi bien qu'aux Grecs, aux ignorants comme aux savants ». Et les plus cultivés se sentent trop de la foule par leurs misères physiques et morales pour ne pas avoir la charité de laisser l'Eglise se proportionner au niveau intellectuel moyen de l'humanité.

t-elle à sa ruine par suite du manque de charité. Mais comment faire aimer un monde à l'égard duquel on doit entretenir sans cesse des sentiments de méfiance ? Comment aimer le prochain, alors que le prochain est ce qu'il y a pour nous de plus incompréhensible ? Qui nous fournira cette compréhension, cette connaissance? La philosophie de Schopenhauer' . Et Wagner ajoute : « Il n'y a que la charité qui a germé dans la compassion et qui se manifeste dans la compassion jusqu'à l'entière destruction de la volonté propre, qui soit la charité cljrétienne libératrice dans laquelle la foi et l'espérance sont contenues nécessairement : la foi comme connaissance infaillible et sûre de la signification morale du monde, l'espérance comme conviction consolante de l'impossibilité d'être déçu par cette connaissance ^ »

Curieux mélange de christianisme et de schopenhauérisme ! Wagner n'a fait que remplacer une dogmatique par une autre, tant il est vrai que l'homme vraiment intelligent ne saurait s'en passer !

En tous cas, la croyance de Wagner n'est pas moins sincère, pas moins intense, qu'elle ait pour objet la manifestation pratique de la divine charité en Jésus-Christ ou la justification théorique de cette vertu dans le système du philosophe. C'est que le Divin, Tldéal, lui apparaissait sous cet aspect : l'amour.

Et cela même explique une exagération souvent reprochée à Wagner : avoir fait de Parsifal un <.<. fou S) , et en certaines

1. Was nûtzt dièse Erkenntniss ? G. S. T. X, p. 260. Cfr. p. 256 . « Il était réservé à un seul grand esprit — et combien tard seulement — de porter la lumière dans la confusion plus que dix fois séculaire où la conception juive de Dieu avait enveloppé le monde chrétien tout entier Si le penseur déçu put enfin se tenir de pied ferme sur le sol d'une morale véritable, nous le devons au continuateur de Kant, Arthur Schopenhauer, le philosophe au grand cœur. » Et plus loin il affirme que la philosophie de Schopenhauer doit devenir ce le fondement de toute culture ultérieure, intellectuelle et morale ».

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