Ibid., p
3. « Der reine Thor ». Evidemment il ne s'agit pas ici de la folie proprement dite. Est-ce seulement du manque d'habileté mondaine, d'astuce? Nous croyons cette interprétation insuffisante. La véritable explication, à notre avis, c'est que, pour Wagner, les plus nobles actions comme les plus sublimes idées doivent jaillir de V inconscient. Voilà
circonstances — ce qui est plus grave — un naïf. De la sorte, pensait-il, la charité manifesterait avec plus d'éclat son efficacité, puisqu'elle suppléerait à l'absence de l'intelligence ' et suffirait à elle seule pour faire de Parsifal un héros.
Isoler ainsi la charité de l'intelligence ^ c'est réaliser une abstraction, c'est surtout émettre un paradoxe. Pris à la lettre, ce paradoxe conduirait à des conséquences déplorables. Dès lors, en effet, Nietzscheaurait le droit d'affirmer que la morale et la religion sont la négation de la vie, un symptôme d'appauvrissement, de dégénérescence de la race humaine ; il aurait raison de reprocher au christianisme de tendre à transformer le monde en un vaste hôpital où des malades seraient perpétuellement occupés à soigner des malades. Dès lors aussi deviendrait insoluble l'antinomie si souvent établie entre la charité et la grande loi de la lutte pour la vie. Au contraire, si le progrès intellectuel se réalise parallèlement au progrès moral, comme les malentendus, les rivaUtés, les haines viennent habituellement de la vanité, de la susceptibiUté, c^est-à-dire de l'inintelligence et de la sottise, plus encore que de l'égoïsme, ces causes supprimées, on verrait peut-être s'établir ici-bas l'entente, l'union pour l'existence.
Si donc Socrate et Platon ont eu tort de n'envisager qu'un seul côté de la question morale, en affirmant que l'homme
pourquoi Wagner nous présente Siegfried (héroïsme physique) et Parsifal (héroïsme moral) comme « ne sachant rien ». (Cfr. Parsifal G. S., p. 335, 336. — Siegfried, Edit. Schott. p. 81 : « Nichts du weisst » et r « Unbewusst » de W., p. 40.)