Schux'é, Le drame musical, t. II, p
Parsifal a déjà fait l'apprentissage de la compassion : il en a ressenti les premières émotions quand Gurnemanz lui a mis sous les yeux le cygne mort ; il a souffert, souffert cruellement, en entendant gémir Amfortas. Depuis cette heure, il a conservé dans son âme la blessure de la sympathie ; elle s'est rouverte sous le baiser tentateur.
Dans quel état d'âme, avec quelles intentions Wagner composa Parsifal^ il l'a d'ailleurs clairement révélé en racontant cette légende gracieuse et touchante : « Dans la Suède nouvellement convertie, les enfants d'un pasteur entendirent une Nixe chanter au bord d'un fleuve, en s'accompagnant sur la harpe. <( Chante, chante, lui crièrent- » ils, tu n'obtiendras jamais ton salut. » La Nixe laissa tristement tomber sa harpe. Les enfants l'entendirent pleurer et allèrent raconter la chose à leur père. Celui-ci les gronda et les renvoya porter à la Nixe un message consolant. « Nixe, ne sois plus triste, lui crièrent-ils de nouveau ; » notre père te fait dire que tu peux encore arriver au salut ! » Alors, pendant toute la nuit, ils entendirent résonner sur le fleuve des accords et des chants si doux qu'on n'avait jamais rien entendu déplus délicieux. Maintenant le Rédempteur lui-même nous invite à chanter nos désirs, notre foi et nos espérances. L'Eglise chrétienne nous a laissé son plus noble héritage: l'âme du christianisme, qui sait tout plaindre, tout dire et tout chanter. La sainte musique, envolée du temple, pourrait pénétrer et animer la nature, enseignant à l'humanité, qui a besoin de salut, une nouvelle langue pour rendre l'infini. * »
C'est dans cette langue divine que Parsifal s'adresse à la pauvre âme humaine toujours inquiète et découragée. Voilà pourquoi cette œuvre restera éternellement belle, éternellement consolatrice, comme l'Evangile dont elle est un écho fidèle et harmonieux.