CONCLUSION
Wagner fut, avant tout, un dramaturge et un musicien de génie. Que ses œuvres contiennent en outre une philosophie, ou, pour parler sans équivoque % des théories philosophiques, nous l'avons, ce semble, surabondamment prouvé.
Doit-on pour cela voir en Wagner un chef d'école, le fondateur de la métaphysique de l'avenir ? En aucune manière. Nous maintenons, au contraire, qu'il n'a point formulé sur le monde et la vie de système original et n'a été, en ces matières, qu'un disciple de Feuerbach ou de Schopenhauer.
Une âme d'artiste est comme ces instruments d'une merveilleuse délicatesse où se traduisent immédiatement les moindres variations du milieu environnant. Wagner a donc subi tour à tour l'influence des grands penseurs ses contemporains, mais là est précisément l'intérêt : voir les idées d'une époque réfléchies, concentrées par le miroir puissant d'une aussi vaste intelligence.
D'autant que Wagner était, dans toute la force du terme, « un miroir vivant », selon l'heureuse expression de Leibnitz^ ; il ne reflétait rien d'une manière passive ; il transformait toute image.
Si, par exemple, Wagner prêche, avec l'école hégélienne,
1. Dans son excellent ouvrage sur VArt de R. Wagner (note p. 295) M. Ernst soutient pourtant, comme M. Chamberlain, que si les œuvres du Maître contiennent une philosophie de la vie (en donnant au mot philosophie son sens large), elles ne renferment point de système philosophique. Tout en reconnaissant que l'artiste en Wagner est supérieur au philosophe, nous ne croyons pas pouvoir lui refuser ce double titre.