‹ Texte explicatif joint aux numéros du Journal des Monuments de Paris envoyés a l'empereur de Russie dans les années 1809, 1810, 1811, 1814 et 1815Chapitre 14 sur 55 · MUSÉE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

MUSÉE NAPOLÉON

Le musée Napoléon renferme une immense collection de tableaux précieux, de statues, de bas-reliefs antiques et un grand nombre d'objets d'art d’un prix inestimable. Il occupe au premier étage toute la galerie qui réunit les palais du Louvre et des Tuileries, et au rez-dechaussée les salles des bâtiments qui sont au midi et au couchant sur le jardin de l’infante, avec la partie en retour sur la grande cour du Louvre jusqu’au pavillon de l’Horloge.

s Henri IT, continuée sous Charles IX, Henri IV et Louis XIII,

ammes des noms de ces souverains et les des ises qui se voient

Cette galerie, commencée so

comme lindiquent les monog encore aujourd’hui sur quelques parties des façades extérieures, a été entièrement achevée sous Louis XIV. Elle fut d’abord entreprise à l'effet de prolonger lhabitation du Louvre du côté de la rivière; Henri IV la destina à contenir les plans en relief des places fortes de la France et, par une ordonnance de 1608, il accorda au rez-de-chaussée, dans la partie qui se trouvait achevée depuis le pavillon du centre, dit le pavillon de la Lanterne, jusqu’au Louvre, des ateliers pour les artistes et pour les ouvriers qu'il employait. Louis XIV, dans un édit de 1671, confirma la faveur accordée par son aïeul et l’institua en récompense pour les artistes et les savants célèbres; ces logements sont aujourd’hui destinés à contenir les archives de la couronne.

Les constructions de cet immense corps de bâtiment étant achevées, le ministre Sablet- Desnoyers entreprit d’en faire décorer les intérieurs. Le Poussin fut chargé de cet important ouvrage; il s’élait proposé d’y représenter les travaux d'Hercule; déjà il avait exécuté, dans la partie qui avoisine le Louvre, plusieurs sujets dont dix-sept pièces sont gravées par Pesne; mais la mort de Louis XIIT, la retraite du ministre, les tracasseries qu’il éprouva de la part des peintres Vouet, Fouquières et de l’architecte Mercier, le déterminèrent à tout abandonner et à rester à Rome où il avait fixé son séjour. Lebrun, désigné quelques années après pour continuer les travaux de la grande galerie du Louvre, s'était proposé, malgré les observations de plusieurs artistes du temps, de ne rien changer à ce qu'avait fait son prédécesseur, de se conformer exactement aux divisions adoptées dans la portion commencée et de composer

sur un plan nouveau les ornements qui restaient à faire, depuis le pavillon de la Lanterne

jusqu’à celui de Flore; mais ces projets ne furent pas mis à exécution. La décoration de la

galeri

restée imparfaite, Louis XV y laissa les plans de plusieurs places fortes qui y étaient

déposés avant lui, et les ouvrages du Poussin, qui avaient été peints sur les enduits d’une

voûte dont la construction était vicieuse, furent détruits lorsque, dans les premières années

du règne de Louis XVI, M. Brébillon, sous le ministère de M. d’Angiviller, construisit une voüle en brique au-dessous de celle en charpente, qui menaçait ruine et qui entrainait avec elle la couverture du comble.

On avait déterminé alors de faire de cette longue galerie un muséum de peinture, dans

lequel on devait rassembler les tableaux du cabinet du Roi; le dessous de la portion avois

nant le Louvre jusqu’au pavillon de la Lanterne était voûté sur des murs de refend qui formaient autant de divisions qu'il avait d’arcades au dehors; elle était occupée, comme nous venons de le dire, par des artistes ou des savants, pour l'habitation desquels on avait été forcé de faire dans les murs des évidements et des percements qui avaient beaucoup altéré la solià l’établis

ment de la monnaie, des médailles, aux écuries et autres dépendances du palais; les dernières

dité de l'édifice. E’autre partie du côté des Tuileries servait au rez-de-chaussée

travées de voûte près le pavillon de Flore n'étaient pas faites; le mur de face du côté de la

Seine était en très mauvais état, ses fondations paraissaient mal assises; déjà, pour y porter remède, on avait changé les dispositions des voûtes sous le plancher du premier étage, on avait

pris le parti de les faire supporter, comme celles du côté opposé, par des murs de refend afin

d’alléger ainsi les murs de face d’un poids qu'ils paraissaient ne pouvoir soutenir. Le projet de faire une galerie de tableaux avait donné sujet à de longues discussions sur les moyens à employer pour l’éclairer d’un jour favorable à la peinture et principalement sur la nécessité de présenter une disposition convenable au classement de toutes les choses précieuses qu’elle devait renfermer. Il fallait transformer cet immense corridor de quatorze cents pieds de long sur vingt-huit de large en une suite de salles divisées de manière à laisser jouir de la vue de tout l’espace; il fallait chercher à obtenir une lumière qui, en tombant perpendiculairement sur les tableaux, fit mieux apercevoir leurs beautés. En conséquence, on a décoré la galerie de colonnes en marbre d’ordre corinthien, avec chapiteaux et bases en bronze doré, supportant des ares et formant neuf divisions de salles, dont les trois plus petites sont motivées par les milieux que la décoration extérieure indique. Ces salles sont éclairées alternativement par des jours du haut, dont M. Raymond a fait exécuter les premiers, qui ont servi de modèles, et par des croisées de côté qui laissent jouir de la vue des quais de la rivière et de la place du Carrousel, dont par l’uniformité des ouvertures prises dans la voûte on aurait été

privé. Cette disposition à paru d'autant plus convenable que, en donnant les moyens de

présenter les plus beaux tableaux sous un aspect favorable et en fournissant des motifs de séparations qui en facilitent le classement, elle produit sur l’ensemble général un effet de lumière variée qui le rend plus agréable et procure en même temps l'avantage de renou-

re des châs

veler l’air à volonté, ce que l’u is dans la voûte ne pouvait permettre.

Les travaux sont presque entièrement achevés, les divisions des salles sont faites, les voûtes

sont en grande partie décorées; elles présentent, comme l'indique le de

ssin ci-joint, une division symétrique de caissons dans lesquels on à pratiqué alternativement les jours du haut. Des revêtements de marbre à la hauteur des socles qui supportent les colonnes forment un lambris d'appui dans toute la longueur et au pourtour de la galerie; des poêles cachés dans les ouvertures des crois

ses échauffent par des bouches de chaleur et par des conduits souterrains tout ce grand espace; enfin on remarquera que dans cette décoration on a exclu les couleurs qui par leur éclat pouvaient nuire au brillant des tableaux et des objets précieux qui composent cette immense collection.

A l'extrémité de la galerie de peinture, du côté du Louvre, on trouve le grand salon qui sert aux expositions des productions des artistes vivants. Cette pièce devait être déco-

rée par Lebrun, qui s'était proposé d'y représenter le palais du Soleil; M. de Ratabon,

surintendant des bâtiments, à qui cet artiste avait déplu, lui préféra le peintre Errard et le priva, en faveur de ce protégé, d’un ouvrage dont ses talents le rendaient digne; mais les constructions de Versailles, que Louis XIV avait fait entreprendre à la même époque, retardèrent celles du Louvre et empêchèrent d'exécuter la décoration du grand salon, ainsi que la plus grande partie des projets qui avaient été conçus pour l'achèvement du palais.

Le salon d’Apollon, resté sans décoration, a été destiné sous Louis XV à l'exposition des ouvrages d’art; la voûte a été refaite à neuf en pratiquant au centre une ouverture pour l'éclairer d’un jour du haut. On à construit un escalier nouveau et on y a ajouté quelques dépendances nécessaires au service.

La galerie d’Apollon, que l’on nommait anciennement la petite galerie du Louvre et qui n'est séparée du Muséum de peinture que par le salon d'exposition, la salle ronde sous le ibule d’entrée et toutes celles qui se trouvent au rez-de-chaussée tant au midi qu’au

ves couchant sur le jardin de l’Infante, ainsi que l’aile joignant le pavillon de Horloge dans la grande cour du Louvre, sont destinées aujourd’hui au Muséum de sculpture; elles contiennent les statues, les bas-reliefs, un grand nombre de fragments antiques qui y ont été rassemblés depuis plusieurs années et une magnifique collection de dessins de toutes les écoles.

Cette partie du Louvre est la plus ancienne du palais; elle servait d'habitation aux souverains qui, depuis François I" jusqu’à Louis XIV, y avaient établi leur séjour ordinaire. Elle se divisait en deux parties que l’on désignait sous le nom d’appartement vieux et appartement neuf; l'appartement vieux était la portion dans laquelle avaient logé les rois Henri If, Charles IX et Henri IV; on y entrait par l’ancienne salle des Gardes, du côté de la grande cour; il occupait le pavillon d'angle avec les ailes au couchant et au midi sur le jardin du côté de la rivière; cette disposition donnait deux logements séparés, dont un, qu'on appelait l’appartement du Roi, avait son entrée par la cour-du Louvre, et l’autre, l’appartement de la Reine, auquel on arrivait par la place, s’étendait dans l'aile au couchant jusqu’au pavillon d'angle au bord de la rivière. Cette portion de l'habitation a dû par suite faire partie de l'appartement neuf vers Van 1647, lorsque Anne d'Autriche, sous la minorité de Louis XIV, eut ordonné la construction du bâtiment qui se trouve en double du côté du couchant, eut fait distribuer un logement plus commode dans toute cette partie et eut chargé Romanelli, Siégo, Velasquez, Francesco Borzone et d’autres peintres habiles de ce temps d’en achever la décoration.

La petite galerie du Louvre au-dessus de cet appartement ayant été brülée en 1661, par l’imprudence des ouvriers qui travaillaient aux préparatifs d’une fête, Louis XIV la fit rétablir sur les dessins de Lebrun, qui divisa la voûte en onze compartiments; Girardon, Regnaudin, Gaspard et Balthazar de Marsi exécutérent les sculptures qui encadrent les tableaux; la décoration de cette galerie n'ayant pas été entièrement terminée, M. de Marigny ordonna, en 1762, que les peintres qui seraient agréés à l’Académie de peinture feraient à l'avenir, pour leur morceau de réception, les tableaux dont Lebrun n'avait exécuté que les encadrements; pour satisfaire aux vues de cet arrêté, MM. Durameau, Lagrenée jeune, Callet, Taraval et Renou ont peint six tableaux, et il ne reste plus aujourd’hui que trois cadres à

remplir pour terminer la décoration du plafond.

Le jardin de l'Infante, anciennement le jardin de la Reine, n’a été ainsi nommé qu’en 172:

lorsque, sous la Régence de Philippe d'Orléans, l’infante d'Espagne Marie-Anne Victoire, qui devait épouser Louis XV, eut habité pendant trois années cette partie du Louvre. Les différents changements de distribution et de décoration que le séjour de cette princesse nécessita

ne sont pas les derniers que l'édifice eut à essuyer, car après le départ de l’Infante on voit

que tout ce logement servit de bureau de salle d'audience pour le Grand Conseil et de dépôt

pour les tableaux du cabinet du Roi.

Après avoir présenté quelques dét: historiques sur la construction de ces bâtiments, après avoir fait connaître sommairement leur disposition et leur état présent, nous n’entreprendrons pas de donner une description détaillée des ouvrages d'art qui ornent les salles du Muséum de sculpture, ni une nomenclature exacte des nombreuses richesses qu’elles renferment; cette matière est étrangère au sujet que nous traitons; on trouvera dans les œuvres

entreprises aujourd’hui par MM. Robillard, Filhol, Landon, Vaultier, Petitradel, Toulongeon

et Visconti tous les renseignements que l’on pourra désirer à cet égard; nous ne parlerons même dans cet article que des salles de Paile du jardin de l’Infante, la description de celles qui se trouvent dans la partie qui compose l'ensemble du Louvre sera jointe à celle pour laquelle nous avons à rendre compte de ce monument.

Le Muséum de sculpture, dans lequel on entre par le vestibule octogone sur la place du Louvre, est composé aujourd’hui de huit salles dans lesquelles une partie des statues et des richesses en sculpture que la France possède est provisoirement déposée, en attendant que les autres pièces que l’on prépare maintenant soient achevées et disposées pour le classement et l'exposition de cette grande collection.

Le vestibule d'entrée, dont la décoration intérieure est composée par Romanelli, a été nouvellement enrichi”de six bas-reliefs en sculpture dont quatre représentent sous des formes emblématiques les différentes écoles de sculpture : celles d'Égypte, de Grèce, d'Italie et de France par MM. Lortat et Lemge; les deux autres, le génie des arts, et l'union des trois arts du dessin par M. Chaudet. Le plafond du milieu, dans lequel est peinte l’origine de la sculpture, est de M. Berthelemi.

La salle des Empereurs, qui fait suite au vestibule d'entrée, ainsi que toutes celles qui composent le rez-de-chaussée de cette partie, avait été décorée et peinte à fresque par Romanelli; les bas-reliefs représentant le Nil, le Tibre, l’Éridan et le Rhin ont été ajoutés depuis par MM. Bridan, Blaise, Gois fils et Le Sueur, et celui des Germains demandant la paix à Marc-Aurèle par M. Rolland. Dans le milieu du plafond, M. Mérimé a peint la Terre recevant des lois dictées par la Sagesse et la Justice; et, aux deux extrémités, Trajan ordonnant des constructions d’aquedues et faisant ouvrir des grandes routes.

La salle des hommes illustres était le vestibule du jardin; elle a été ouverte par la suppression des murs de refend, qui ont été remplacés par des colonnes en granit, de facon que l’on aperçoit d’un seul coup d'œil l’ensemble général. Elle communique d’un côté avec la salle des Saisons et de l’autre avec la salle des Romains, qui était autrefois l’antichambre de la reine.

La salle du Laocoon est formée de lancienne chambre à coucher et du cabinet de la reine Catherine. La première décoration de ces deux pièces subsistait encore il y a peu d'années; M. Raymond, qui à dirigé les embellissements et la disposition des salles du Muséum de sculpture, a su conserver dans toute cette partie les ornements et les peintures que les changements de distribution lobligeaient à déplacer; cet architecte habile a trouvé les moyens de transporter avec autant d'art que d'adresse le mur qui séparait les deux pièces : il la reculé sur le fond de la salle sans endommager en rien un grand tableau qui y avait été peint à fresque par Romanelli et qui représentait Esther devant Assuérus. Cette opération a rendu la salle du Laocoon plus vaste et en même temps parfaitement régulière. MM. Hennequin, Lethière, Guérin, Prudhon et Peyron ont, par des tableaux allé-

goriques, complété la peinture et la décoration des plafonds.

La salle de l’Apollon avait autrefois servi de chapelle, puis de bureaux et autres dépendances; elle renferme les célèbres statues de Apollon, du Gladiateur, de la Vénus, etc., ete.; mais comme elle n’est pas achevée, nous ne pouvons lindiquer que comme l’une de celles dans lesquelles sont déposés provisoirement les magnifiques chefs-d’œuvre de la sculpture antique.

La salle de Diane, à gauche du vestibule d'entrée, sert de communication entre l'aile du Muséum et le Louvre. Elle n’est pas entièrement achevée; les revétements des murs ainsi que ceux des autres salles ne sont pas faits; son plafond dont nous avons donné le dessin à été

ss du célèbre sculpteur

composé par M. Raymond avec des fragments empruntés des ouvra Jean Goujon qui, pour plaire à Henri Il, avait employé fréquemment dans les ornements du Louvre les attributs de Diane par lesquels on désignait Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois; MM. Prudhon, Garnier et Mérimé ont peint les tableaux qui remplissent le grand caisson de la voûte et les faces des deux pignons.

La distribution adoptée pour le musée Napoléon et pour le Louvre exigeait la construction d’un nouvel escalier qui devait servir tout à la fois d'escalier d'honneur et de communication aux galeries des tableaux; la disposition du Grand-Salon, celle des galeries d’Apollon et de peinture en désignaient impérieusement la place dans la partie à droite du vestibule d’entrée; c’est pourquoi nous avons pensé qu'il était convenable de le construire dans le local où se trouvait anciennement la salle de Comédie bâtie par Henri IV, auprès de l'appartement de la Reine. Cet escalier aura par suite deux entrées distinctes : l’une par le vestibule d’entrée du musée de sculpture, l’autre à l'extrémité du portique qui doit entourer l’avant-cour du palais du Louvre. Il est à double révolution dans la partie qui conduit à l'appartement d'honneur et à une seule rampe droite avec des paliers de repos dans la partie par laquelle on arrive directement au vestibule qui précède le grand salon d'exposition. Il est orné de vingt-deux colonnes de marbre de Flandre avec chapiteaux et bases en marbre blanc veiné; les grosses constructions en pierre; les voûtes sont achevées, et vers la fin de l’année prochaine les sculptures et les autres ornements qui doivent en compléter la décoration seront

entièrement terminés.

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