NUMÉRO 7 DÉCORATIONS INTÉRIEURES ET EXTÉRIEURES DU PALAIS DU LOUVRE
On pourra consulter le plan de la planche 1" du n° 1 de cet ouvrage
pour l'intelligence des notes ci-après.
Le Louvre était, en 1355, un rendez-vous de chasse que l’on nommait la Louveterie; les bâ-
timents avaient l'apparence d’une forteresse entourée de fossés que les eaux de la Seine remplissaient.
Francois 1 fit commencer en 1528 la démolition de l’ancien Louvre et entreprit, vers l'an 1541, les constructions d’un palais nouveau qu'il avait dessein d'élever sur le même emplacement.
Pierre Lescot, célèbre architecte, abbé de Clagny, chanoine de Paris et conseiller des rois Francois 1*, Henri Il, Charles IX et Henri IE, donna les premiers dessins de cet édifice, qui d'abord ne devait s'étendre que depuis le pavillon d'angle du côté du jardin de l’Infante jusqu'à celui du milieu de la grande cour.
Le palais, dans lequel on entrait par la salle connue aujourd’hui sous le nom de salle des Antiques, devait être composé d’une galerie servant de vestibule et communiquant à deux pavillons ; celui du midi était destiné à l'habitation, et celui du nord contenait la chapelle et le grand escalier; la facade principale était décorée de deux ordres d'architecture avec un attique au-dessus; cette disposition indiquait d’une manière précise que le rez-de-chaussée était consacré au service du Palais, le premier à l’habitation du souverain et l'attique au logement des personnes de sa suite.
François I° étant mort quelques années après avoir entrepris la construction du Louvre,
Henri Il fit continuer cet édifice; il l’'augmenta d’une aile qui s’étendait au midi du côté de la
Seine et qui devait probablement être répétée du côté opposé, en prolongation du pavillon du
Nord. Le Louvre aurait été ainsi composé d’un corps de log principal avec deux ailes dont
l’une au midi et l’autre au nord. Quelques anciens plans gravés font présumer que la cour du N I [ C} [ [
palais devait être fermée sur le devant par un portique moins élevé que les trois autres parties
de l'édifice, et que le tout aurait été entouré de fos
s qui devaient en défendre l'approche.
Catherine de Médicis fit construire, sous les règnes de Francois Il et de Charles IX, les
bâtiments qui sont en aile sur le jardin de l’Infante et commencer la galerie en retour
sur le bord de la rivière jusqu’au guichet de la Monnaie, en profitant, ainsi que nous l’avons dit précédemnient, des fondations de l’ancien mur de la ville qui formaient l'enceinte de Paris de ce côté.
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Henri IV termina le pavillon de l'entrée du Musée sur la place du Louvre pour augmenter ses appartements d'habitation, et il y ajouta une salle de spectacle dont la forme subsiste encore et sur l'emplacement de laquelle se trouve aujourd’hui le grand escalier du musée Napoléon décrit dans le numéro 6, planche 31. Il acheva presque en entier la galerie du bord de l’eau pour y placer les modèles et les plans des grandes villes de la France. Ce souverain, qui aimait beaucoup à faire batir, avait conçu différents projets pour l'achèvement du Louvre et des Tuileries, et c’est à lui que l’on doit attribuer la réunion de ces deux palais.
Louis XILE étendit beaucoup les premières constructions du Louvre, d’après les dessins de Lemercier; il parait que ce fut cet architecte qui détermina la forme de la cour carrée et la disposition des bâtiments qui l’environnent; il acheva le pavillon de lHorloge et l'aile qui termine la facade dont il est le centre; il commença les deux autres corps de bâtiments au nord et au levant et prolongea celui qui avait été entrepris précédemment au midi.
Les lettres initiales des noms de Henri IE, de Charles IX, de Marie de Médicis, de Henri IV et de Louis XIIT qui se trouvent entrelacées dans les ornements des frises, et quelques inscriptions, conservées sur les façades, indiquent d’une manière précise les époques des différentes constructions.
L’escalier et la belle salle des Antiques rapportés planches 37 et 34, et dont les sculptures sont de la main du célèbre Jean Goujon, ont été exécutés sous Henri IL. Cette grande pièce servait alors de salle des Gardes; on voit qu'elle a été augmentée après coup par la suppression d’un mur de refend auquel on a substitué les colonnes qui portent l’arc en face de la tribune des Cariatides. (Voyez la planche 35.)
Le cardinal Mazarin, sous la minorité de Louis XIV, avait aussi concouru à l'achèvement du Louvre; il avait fait élever la facade du côté de la rivière d’après les dessins de Levau; mais M. de Colbert qui, après la mort du ministre, avait succédé à M. de Ratabon dans la
charge de surintendant des bâtiments, proposa à Louis XIV d'illustrer son règne en faisant
terminer ce grand palais ; il était peu satisfait des ouvrages de Levau et invita les plus habiles architectes du temps à présenter des projets d’après les vues de magnificence que le roi avait annoncées.
Perrault, célèbre médecin déjà connu par son gouûl pour l'architecture et puissamment porté par son frère Charles Perrault, qui avait la confiance du ministre pour la direction des bàtiments, présenta un projet qui fut remarqué et dont on admira l’élégance; mais le roi voulant laisser à la postérité des monuments dignes de sa magnificence, ordonna qu'avant de rien entreprendre on consultät les architectes les plus habiles de lltalie. Le projet que Levau avait antérieurement fait fut envoyé à Nicolas Poussin qui vivait à Rome, et l’on invita cet artiste à le soumettre à la critique des hommes célèbres de son temps; Raynal, Pietro de Cortona et le cavalier Bernini, choisis pour lexaminer, au lieu d’un jugement donnèrent des projets; ceux de Bernini obtinrent l'approbation de Louis XIV, et ce monarque fit appeler en France l'homme habile dont il avait admiré l’ouvrage. Bernini vint à Paris, il y fut recu avec des honneurs infinis, et, malgré les contrariétés que l'envie lui faisait éprouver, il parvint à jeter les fondements du palais dont il avait donné les dessins; mais la haute opinion que cet artiste avait de ses talents, son excessif amour-propre, les sarcasmes qu'il se plaisait à lancer contre tout ce qui ne venait pas de ltalie, le mauvais succès de ses premières expériences et surtout l'adresse avec laquelle ses rivaux surent dévoiler les fautes qu'il fit, lui causèrent des désagréments tels que, pour y mettre fin, il résolut de retourner à Rome; il partit rassasié d’honneurs, comblé de biens, laissant aux architectes français un
champ que sa réputation lui avait acquis et que son orgueil lui faisait perdre.
Colbert, que les propos dédaigneux du Bernin avaient déjà indisposé, le vit s'éloigner sans regret et favorisa ouvertement le projet que Perrault avait concu; il le fit approuver par le Roi; mais, craignant qu’un médecin n’eul pas tous les talents nécessaires pour construire un palais, il lui associa un conseil composé de Levau, premier architecte du Roi, de Dorbay, son élève, et de Lebrun, peintre célèbre, en grande faveur à la cour.
Perrault commenca le rétablissement du Louvre en 1667, et, malgré les contrariétés qu’il eut à éprouver de la part du Conseil chargé de surveiller ses opérations, il parvint à ériger la grande colonnade en entier et une partie de la facade du côté de la rivière; cependant, les dépenses des bâtiments de Versailles entrepris dans le même temps et surtout celles occasionnées par la guerre obligèrent à ralentir et même, par suile, à suspendre les constructions du Louvre.
Louis XIV mourut; la colonnade était bâtie, mais la facade, côté de la rivière, et toutes
celles de l’intérieur de la cour étaient restées imparfaites.
La Régence, après Louis XIV, fut une époque de décadence pour les arts, pendant laquel 8 aa] ; Pol ;
le Louvre resta abandonné à des courtisans en faveur et devint une maison de retraite dans la-
quelle on accorda des logements à des personnages titrés et quelquefois aussi à des hommes
célèbres.
Louis XV entreprit de faire continuer le Louvre : il chargea M. Gabriel et par suite M. Soufflot d’en diriger les constructions en se conformant au projet de Perrault ; il fit bâtir le troisième ordre de la face intérieure, derrière la colonnade, le fronton dans la cour au midi, celui du nord et le vestibule de la rue du Coq; mais une volonté faible, une marche incertaine, laissérent naître des obstacles qui firent avorter les projets d’embellissement déjà commencés el permirent que des particuliers continuassent d'occuper, à titre de bienfaits, les intérieurs de
ce vaste édifice à l'achèvement duquel on paraissait avoir déjà renoncé. Le Louvre resta ainsi
livré à des établissements publics et à des favoris de différentes classes, qui s’y formérent des
habitations sans autres considérations que celles de leurs intérêts personnels; rien ne fut res-
pecté : les murs principaux percés pour faire des distributions nouvelles; les poutres des planchers tranchées pour donner passage à des tuyaux de cheminées; les voûtes, ces soutiens de l'édifice, altérées; les corniches, les décorations mutilées; la cour encombrée de maisons particulières, enfin les façades couvertes de baraques informes présentaient laffligeante image d'un grand colosse en ruine. Cependant les sciences, qui faisaient des progrès, et l'esprit de philosophie qui avait pris faveur en Europe, réveillèrent l'attention des ministres sur l’état déplorable du Louvre.
maient ce monument, et M. d’Angiviller, sous le règne de Louis XVI, donna suite aux dé-
de Marigny entreprit de faire démolir quelques-unes des constructions qui défor-
seur avait commencés; faire dis
araitre tout ce que la faiblesse
blaiements que son prédée et l’insouciance avaient laissé amonceler était devenu un travail dont le résultat devait, à la vérité, produire peu de gloire, mais dont l’exécution présentait peut-être plus de difficultés qu'une construction nouvelle, car il fallait lutter sans cesse contre des intérêts revêtus de titres que quelques-uns regardaient comme des droits.
Louis XVI ne peut être compté au nombre des souverains qui ont entrepris de terminer le Louvre, il n’y ajouta aucune construction et il le laissa, à quelques déblaiements près, dans le même état où il l’avait trouvé en montant sur le trône.
Les troubles qui terminérent le règne de ce monarque et les maux qui affligèrent la France après lui, ne permirent pas que l’on s’occupât alors de monuments utiles; on fit de grands
projets, on ne rétablit rien; le système de régénération qui prévalait dans ces temps désas-
treux semblait vouloir s'établir sur les ruines de tout ce qui existait, mais les destinées de la Il ?