RÉUNION DES PALAIS DU LOU TUILERIES
Les palais du Louvre et des Tuileries, bâtis dans leur origine isolément, l’un dans l’in-
térieur et l’autre à l’extérieur de Pari
semblaient peu faits pour être un jour réunis. Le Louvre était un palais de grande résidence et les Tuileries une maison d'agrément; leur situation respective, le disparate des alignements dans les entrées principales, la différence des hauteurs d’étages et surtout la discordance que l’on remarquait dans la décoration des façades, présentaient des obstacles qui devaient nécessairement écarter le désir de rattacher ces deux monuments à un ensemble général pour en former l'habitation du souverain.
Henri IV, après avoir augmenté l'étendue des deux édifices, projeta le premier de les réunir
en un seul palais. Louis XIV voulut donner suite à cette grande entreprise; mais bientôt, les
difficultés dont nous venons de parler, et surtout les énormes dépenses que nécessitait l’acquisilion des terrains aliénés et des maisons bâties successivement dans l’espace entre le Louvre et les Tuileries, effrayèrent au point que l’on n’osa plus mettre la main à l’œuvre, et la pensée de Henri IV resta en projet.
Per
de réunion; il n’admettait pas comme son prédécesseur la possibilité de laisser entièrement
ault, à qui l'achèvement du Louvre fut confié, avait présenté après le Bernin deux plans
vague l’espace entre les deux palais. Cette première proposition avait été rejetée parce que l’on s'était aperçu que tout le bien d’un semblable parti consistait dans une vaine apparence de grandeur ; qu’en l’adoptant on se privait des moyens d’ajouter les dépendances utiles au ser-
vice, que d’ailleurs la disparité des hauteurs d’étages et la discordance des facades restaient à
découvert, que l’on ne remédiait pas aux défauts de parallélisme et d’alignement, et qu’enfin toutes les convenances d'utilité et de raison étaient sacrifiées, dans le projet de cet étranger, au faible et inutile avantage de procurer une esplanade disproportionnée, qui toujours aurait paru trop grande pour une cour el trop petite pour un jardin. Cette pensée avait été regardée comme l’une de ces conceptions spécieuses et séduisantes dont l'exécution peut seule dé-
montrer tous les inconvé ients.
On avait donc reconnu que les premières conditions à remplir sur cette importante matière étaient d'ajouter aux deux palais tout ce qui pouvait en compléter l’ensemble et surtout de parvenir à cacher les défectuosités dont l'aspect choquant aurait beaucoup nui à l'effet que doit produire l’exécution de ce grand ouvrage.
Perrault, d’après ces objections, essaya de satisfaire aux données de la chose et du lieu. Pé-
nétré du besoin d'ajouter aux deux édifices tout ce qui devait les rendre plus habitables, il
chercha les moyens de se mettre à l'abri des reproches que lon faisait à son rival; mais il faut
avouer que cet artiste, avec une intention qui paraissait sage, est lui-même tombé dans un excès contraire. Si le Bernin faisait trop peu entre le Louvre et les Tuileries, Perrault chargeait l'intervalle entre ces deux monuments de constructions immenses et en grande partie inutiles; toujours occupé du soin particulier de se faire un nom, il oubliait les choses essentielles, et au lieu de placer convenablement les dépendances sans lesquelles on ne pouvait habiter, il cherchait à créer des choses nouvelles; il proposait des cirques, des amphithéatres, des salles de grande représentation dont l’étendue et la multiplicité formaient un plan embrouillé et contrastait d’une manière remarquable avec la trop simple et insuffisante conception du Bernin.
Il faut cependant convenir que dans les deux plans qu'il a laissés et qui sont rapportés par Blondel, jamais il n’a perdu de vue la nécessité de remédier aux défectuosités que présente la situation respective des deux édifices; il a reconnu que le Louvre et les Tuileries, bâtis isolément sur des alignements différents, ne devaient pas rester en regard l’un de l’autre, et que, pour parvenir à cacher toutes les irrégularités que lon pouvait remarquer, le seul moyen était de donner à chacun une avant-cour distincte et de perdre dans la décoration extérieure d’un batiment de séparation les faux alignements et les discordances que l’on avait à couvrir. Le point
de cette division était indiqué d’une manière précise et même impérieuse : la jonction des deux
ordonnances au pavillon qui avait été élevé vers le milieu de l’aile du musée pour recevoir au levant la décoration de Henri IV et au couchant celle de Louis XIV.
Il restait ensuite à trouver un moyen de communication simple et commode pour pénétrer d’une avant-cour dans l’autre; il fallait surtout qu’en passant des Tuileries au Louvre on crût
parcourir les dépendances du même palais et que la subdivision, loin de diminuer à l'œil l’é-
tendue, servit au contraire à la faire paraitre plus grande. Cette dernière condition à remplir, indique suffisamment la nécessité de trouver une communication directe et vaste en même temps; elle obligeait surtout à rejeter les formes circulaires dont le développement donne lieu à des pénétrations difficiles et à des divisions peu commodes.
Après avoir reconnu que l’espace entre le Louvre et les Tuileries ne peut rester entière-
ment vague, que les convenances de service et les besoins de l'habitation exigent des construc-
üons intermédiaires, que ces constructions nécessaires au complément des deux palais doivent servir en même temps à cacher les irrégularités dont ils sont entachés, et que dans cette grande
entreprise, il faut prendre soin de conserver l’apparence de grandeur que des subdivisions F PI L) 1
mal conçues peuvent diminuer, on à pris le parti d'élever entre les deux palais, au point qui sépare les différentes ordonnances dans la facade de la galerie du musée, une aile de bâtiment transversale qui formant de l’un et de l’autre côté, les limites des avant-cours, complète au couchant l'enceinte des Tuileries, et au levant celle du Louvre. En consultant la planche 1° du numéro 1 et la planche 46 du numéro 9, on voit que les irrégularités et les défauts de parallélisme se trouvent cachés dans l'épaisseur de l’édifice intermédiaire, que le rez-de-chaussée à jour sur les deux faces forme une grande galerie où promenoir publie et que le premier étage est destiné au dépôt des livres de la Bibliothèque impériale. Deux ailes prolongées en avant du Louvre, à l'alignement du pavillon de l'entrée du musée, entourent l’avant-cour de ce ‘palais et laissent derrière elles toutes les dépendances nécessaires au service et à l’habitation. Cet arrangement, ainsi que les constructions premières, donnent les moyens de cacher à l'œil toutes les défectuosités que présente la position des deux monuments, accorde les différentes ordonnances de leur décoration, complète leur service respectif, rend faciles et
commodes les communications publiques à travers les cours du palais. Enfin, en présentant
l'avantage de ne point embarrasser l'espace de bâtiments qui en diminueraient l'étendue, il
offre un ensemble de plan simple, commode, dont les proportions harmonieusement observé
doivent paraître préférables à la vue monotone d’un grand espace de 1,500 pieds sur 800,
espace que l’œil aurait de la peine à mesurer et qui, s'il existait, serait bientôt peuplé de bä-
timents de service que la nécessité ferait élever pour en as
avoir trouvé dans les subdivisions motivées par l'arrangement des avant-cours, les dépendances
urer la police.
\près avoir entrepris de satisfaire aux conditions que l'utilité et la raison prescrivent, après sans lesquelles le palais ne peut être habité, on regrettait encore de n'y point ajouter quelquesunes de ces conceptions brillantes que Perrault avait opposées à la trop simple et insuffisante proposition du Bernin.
Le nouveau projet offrait il est vrai, après les choses de premiére utilité, un grand promenoir publie et une bibliothèque, mais on n’y trouvait pas les cirques, les amphithéâtres et les galeries nombreuses qui semblaient devoir mettre le comble à la magnificence d’un aussi vaste palais ; c'est pourquoi, voulant concilier en ce point les intérêts de convenance et y ajouter ceux de l'agrément, on a fait de l’aile des bâtiments au midi, dans l’avant-cour du Louvre, un promenoir d'hiver qui conduit à une salle d'opéra. Ce monument attenant ainsi au palais dont il devient accessoire, se trouve bâti isolément sur la place du Palais-Royal. Voyez planche 46.
Ainsi, le grand palais de la capitale de l’empire sera composé d’une habitation double, pour deux souverains, leur famille et leur suite, d’une aile au nord servant de logements pour les grands officiers et les administrations de la maison, d’une aile au midi dans laquelle se trouve la galerie du musée renfermant une immense collection de tableaux et autres richesses. d’art, d’un édifice transversal servant de promenoir et de bibliothèque publique, enfin de deux corps de bâtiments qui achèvent l’avant-cour du Louvre; celui faisant face au midi contient la promenade d'hiver, l'appartement des fêtes au-dessus et communique à la grande salle de l'opéra ; celui du côté du nord sert aux écuries, remises, logements d’écuyers, pages et autres personnes attachées au service de la maison impériale.
Cette disposition, quoique très simple, ne peut être exécutée sans de longs travaux ; déjà l’aile du nord qui doit former l’avant-cour du palais des Tuileries est très avancée; une grande partie
des maisons bâties entre les deux édifices est détruite, on se dispose à jeter les fondements de
tout ce qui complètera ce grand ouvrage, et bientôt le Louy re.et les Tuileries, ne formant plus I F Lo) 5 ; j!
qu'un seul palais, attesteront la grandeur et la magnificence du souverain à qui la postérité devra leur achèvement.
Nous ne terminerons pas ces notices sur les Tuileries et sur le Louvre sans parler encore des
nouveaux embellissements qui tous les jours sont ajoutés à ce dernier palais, et bien que nous
nous soyons proposé de revenir par la suite sur ce sujet, pour les faire connaitre plus en détail à mesure qu'ils s’exécuteront, nous ne croyons pas devoir passer à un autre édifice sans payer notre tribut d’éloges aux artistes qui nous ont aidé de leurs talents dans cette vaste entreprise; c’est pourquoi nous croyons qu'il est de notre devoir de dire que les. belles sculptures, les bas-reliefs qui ornent le fronton de la colonnade, ceux des couronnements des avant-corps du bâtiment ancien de la grande cour et ceux de la facade du côté du midi sont les ouvrages de MM. Lemot, Moite, Rolland et Chaudet, sculpteurs habiles, membres de l’Institut de France, et de MM. Cartellier, Fortin, Dupasquier et Espercieux. Voyez planche 43.
La planche 47, qui termine cet article, représente différentes coupes, traits et autres détails de charpentes employées jusqu'ici dans les constructions du Louvre.
On a pensé que l’on ne verrait pas sans intérêt quelques-uns de ces ouvrages, à l’exécution
desquels on à apporté un soin qui peut les rendre remarquables ; on y a joint quelques ré-
flexions sur la manière de composer la charpente des bâtiments.