GALERIE DES TUILERIES, CHAMBRE DE L'EMPEREUR, ETC
La galerie des Tuileries termine les grands appartements du palais et sert de dégagement à l'habitation de l'Empereur du côté de la cour; elle a été construite et décorée, comme nous l'avons dit précédemment, pendant la régence d’Anne d'Autriche. Plusieurs peintres habiles du temps concoururent à l'achèvement de cet ouvrage; les tableaux du plafond, à l'exception des quatre qui se trouvent à chaque extrémité, sont des copies exactes et très soignées des peintures dont Annibal Carrache avait orné la célèbre galerie Farnèse; elles ont été faites d’après les originaux sous les yeux de Charles Errard, premier directeur de l'académie de France à Rome. On pourrait attribuer à cet artiste, peintre et architecte, la composition d’une grande partie des décorations intérieures du palais des Tuileries et par conséquent celles de la galerie. La faveur dont il jouissait à la cour, les succès qu'il obtint dans sa concurrence avec Lebrun, lequel, jeune alors, entrait dans la carrière qu’il parcourut depuis avec tant de gloire, viennent à l’appui de cette assertion. Errard avait été envoyé à Rome pour y former l'établissement d’une école des beaux-arts et surtout pour veiller à l'exécution de copies, tant en peinture, sculpture, qu’architecture, dont M. Sablet Desnoyers, surintendant des bâtiments, voulait, d’après les vues du Primatice, sous le règne de François I”, enrichir les maisons royales.
On remarquait, dans l’ensemble de la galerie des Tuileries, les mêmes défauts d’incohérence que nous avons été trop souvent forcé de dévoiler, en décrivant les différentes constructions faites par la nécessité du moment et ajoutées successivement aux premières dispositions de l'ancien palais.
Cette partie avait été également bâtie sans aucune liaison avec les distributions anciennes et elle avait encore par suite éprouvé des changements peu favorables à son ordonnance. La galerie qui se trouvait à la suite des grands appartements, et qui devait former la jonction avec celle du Louvre, était très imparfaitement subordonnée aux distributions des appartements d’habitation; ses ouvertures s’accordaient mal avec les différentes pièces dans lesquelles il fallait communiquer; le sol de son carreau se trouvait à quatre pieds et demi au-dessous de celui de l'étage principal du Louvre, on n’avait rien fait de ce qui pouvait tendre à rendre plus commode et moins inconvenable ce point de réunion si désiré et obtenu par des dépenses et des sacrifices sans nombre. Enfin la décoration extérieure de la facade avait seule réglé le nombre des croisées et lorsque l’on s’apercut qu’un espace de cent trente pieds de long était mal éclairé par cinq ouvertures seulement, on pensa à détruire le mur de séparation de la première division du côté des appartements pour, en augmentant l'étendue de la galerie, ajouter une croisée de plus; mais on n'avait pas remarqué que cet avantage était acquis aux dépens de la symétrie ou
de l’ordonnance et que pour obtenir une galerie plus longue, un peu moins mal éclairée, il était resté des divisions et des trumeaux inégaux. Ces défectuosités avaient paru rebuter les
peintres chargés de la décoration et ils avaient pris le parti de ne la subordonner à aucune des
divisions dont l’irrégularité semblait présenter un obstacle insurmontable; ainsi le plafond de la galerie des Tuileries avait été orné de tableaux et d’encadrements, disposés symétriquement
entre eux, mais sans accord ave
le plan de la pièce qui d’abord fut nommée la galerie des Ambassadeurs, parce que Louis XIV, pendant sa jeunesse, y recevait les ministres des puissances étrangères.
M. le duc de Villeroi, pendant la minorité de Louis XV, avait fait construire dans cette partie des divisions et des distributions d'habitation pour y loger les personnes attachées à l’éducation du jeune roi. Le comité de Salut public ÿ avait établi, en 1793, sous le régime de la Convention, le dépôt général de ses archives, et lorsque l'empereur Napoléon occupa le palais des Tuileries, cette galerie n’était plus qu’une longue salle sombre et irrégulière dont les plafonds en ruine conservaient encore les traces, dégradées et en lambeaux, de ses anciennes peintures; on y reconnaissail à peine les couleurs des différents sujets dont elle avait été pré-
cédemment décorée; cette pièce, comme toutes celles que nous avons eu jusqu'ici à décrire,
portait les empreintes de l'abandon le plus désastreux; elle semblait menacée d’une destruetion très prochaine, lorsque par les ordres de l'Empereur elle à été entièrement restaurée.
On à consérvé avec précaution tous les ornements et les tableaux, qui ont été remis sur des toiles neuves. La forme et l'ordonnance du plafond n’ont éprouvé aucun changement, on a seulement cherché à retrouver dans la nouvelle décoration des faces une disposition qui parüt régulière; on a à cet effet substitué au mur qui avait été supprimé un avant-corps de pilastres, et on a décoré les deux extrémités avec des colonnes de marbre, qui réfléchies, par les glaces en avant desquelles elles sont placées, prolongent à l'œil l'étendue de la galerie; des
croisées feintes répétant celles de la face, sur le mur du fond, contribuent aussi à répandre
dans un espace aussi étendu, la quantité de lumière dont il avait besoin. Les trumeaux entre les ouvertures sont revêtus de stuc et décorés de tableaux qui représentent les actions mémo-
rables du siècle présent; ainsi la galerie du palais des Tuileries doit être considérée aujourd’hui
comme un ouvrage ancien sauvé des ravages du temps et des caprices de l’inconstance, elle est
entièrement rétablie à neuf. La magnificence et la perfection de son ensemble feront sans doute oublier le défaut d'ordonnance et le manque d'originalité qu'on peut lui reprocher.
La chambre à coucher de l'Empereur a été entièrement faite à neuf sur l’espace de l’ancienne chambre et du cabinet qui en dépendait; elle est revêtue de lambris d’appui enrichis d’ornements dorés, avec une tenture de brocart de Lyon au-dessus; des pilastres sculptés encadrent les ouvertures et recouvrent les angles. Le plafond est décoré de peintures et de dorures divisées en compartiments variés et égaux entre eux; le sujet du centre représente l’armoirie de l'Empereur avec les emblèmes de son nom, lesquels se trouvent alternativement repétés sous différentes formes et produisent dans cet ordre des distributions symétriques. Les figures de la Majesté, du Courage, de la Sagesse et du Génie, sous les allégories de Jupiter, de Mars, de Minerve et d’Apollon, remplissent le milieu des quatre faces principales de la partie droite; et des
génies ail
g s'appuyant sur des trophées de guerre, composent les sujets dont la voussure entre le
à corniche et le plafond est décorée.
Le lit de l'Empereur, entouré d’une balustrade dorée, élevé sur une estrade recouverte en velours, occupe le fond de la chambre en face des croisées, et répond, par la richesse des ornements dont il est formé, à la magnificence de toute la pièce.
La salle à manger et la salle des concerts du palais des Tuileries se trouvent au rez-de-chaussée,
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au-dessous de la galerie des grands appartements. Le peu de croisées que la décoration de la facade extérieure avait données et la forme des voütes qui soutiennent le plancher du premier étage dans cette partie, rendaient extrémement difficile l’arrangement de ces deux pièces, dans un espace qui semblait ne devoir convenir qu’à des magasins ou à des dépendances de service. Cependant, comme la nouvelle distribution du palais ne permettait pas de les projeter ailleurs, il a fallu chercher les moyens de les rendre aussi commodes qu'il était possible de le faire dans un local aussi peu convenable. Il a fallu parvenir à rendre lumineuse la salle à manger, qui n’a pour ouverture extérieure qu’une seule croisée sur la cour; des glaces répétant la décoration
des arcades qui ornent les faces, multipliant l'effet des pilastres qui recoivent les corniches et
réfléchissant la lumière qu'il était nécessaire de ménager, sont les moyens principaux que l’on a employés pour parer aux inconvénients du local. On a recouvert les murs en stuc, on a divisé les corniches et les voussures des plafonds en compartiments d’arabesques dont les ornements légers et dont les couleurs brillantes pouvaient, par leurs reflets, ajouter encore à l'effet des glaces qui sont répétées sur toutes les faces. Enfin, on est parvenu à rendre presque nul le défaut que la disposition du lieu devait faire craindre, et la salle à manger ainsi que celle des concerts ne le cèdent point en magnificence à toutes les autres parties des nouveaux appartements du palais des Tuileries.
Ces deux pièces sont échauffées sans cheminée et par les mêmes moyens que la chapelle et la salle du conseil d’État dont nous avons donné la description précédemment ; mais comme nous n'avons pas fait connaitre le mécanisme de cette manière de chauffer les appartements, et qu'on pourrait peut-être désirer en connaître les détails, nous avons ajouté aux plans de la
planche 15 l'explication ci-après.
POÈLES DE CHALEUR
Les poëles qui échauffent la salle à manger ainsi que la salle des concerts du palais des
Tuileries, et dont on voit les détails planche 15 du numéro 3, sont formés de différents com-
partiments de brique d’une seule épaisseur posés sur mortier de terre franche, avec une en-
veloppe de faïence qui entoure le mécanisme intérieur et un dernier revêtement en brique qui enferme le tout jusqu’au sommet. Le foyer est composé de deux plaques en fonte percées chacune de seize trous ; l’une sert à former le plancher inférieur du poêle, et l’autre le plancher supérieur de l’espace dans lequel on met le bois. Les plaques recoivent dans leurs seize trous un nombre égal de tuyaux de fonte ou tubes destinés à contenir l'air que le feu doit échauffer;
cet air qu'il faut nécessairement tirer d’un lieu sain et sans mauvaises odeurs, qu'il faut enfin
prendre autant qu’on le peut au dehors, se trouve, à l’aide d’un tuyau ordinaire et par l'isolement que l’on pratique sous la plaque inférieure du foyer, introduit dans les tubes et dans le réservoir que la flamme et la fumée entourent. Il est naturellement poussé dans la pièce que l’on veut échauffer, par la colonne extérieure qui remplace successivement celle que le feu a rendue plus légère. Ainsi, on peut remarquer que tout le mécanisme des poêles de chaleur dont nous donnons les dessins consiste en :
1° un foyer dans lequel on fait le feu dont la flamme et la fumée, après avoir parcouru
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différents conduits au pourtour intérieur du poële et réchauffé l'air renfermé dans les tubes ou dans le réservoir des bouches, s’échappent par des tuyaux et des conduits souterrains dans le canal destiné à cet usage. La fumée, en circulant dans les conduits sous le carreau, sert elle-même à entretenir une chaleur douce dans l’espace qu'elle parcourt; elle est attirée par l'aspiration d’une pompe ou d’un poêle auquel le conduit doit aboutir pour ensuite prendre verticalement la direction qui lui est donnée; l’espace qu’elle peut parcourir est au moins de cent pieds, et lorsqu'elle est arrivée à ce terme, elle n’est plus qu’une vapeur humide dégagée de toute espèce de calorique, et par conséquent elle ne porte plus de trace de suie; c’est pourquoi l’on n’est jamais forcé de nettoyer les conduits; il faut seulement, dans le cas où le sol serait humide, observer sous le canal un isolement de quatre pouces pour empécher que la fumée, trop tôt refroïdie, ne perde de son activité et ne puisse parcourir l’espace qui lui est donné.
2° Tubes ou réservoirs d’air échauffé par le feu du poéle dont la fumée parcourt sans communication les enveloppes intérieures. Cet air est enlevé, ainsi que nous l'avons dit, par la colonne extérieure qui sans cesse tend à le remplacer; on doit prévenir que, dans le cas où le feu serait trop actif et l'air extérieur plus abondant qu'il ne convient, l'air peut s’enflammer; c’est pourquoi il convient d’écarter les bouches de toutes matières combustibles qu’elles pourraient incendier, et proportionner le conduit de l’air extérieur avec celui de l'air chaud dans la dimension de cinq à huit, c’est-à-dire cinq pour l'air du dehors et huit pour l’air du dedans.
3° Deux conduits qui doivent porter, l'un la fumée au dehors et l’autre l'air qu'elle a échauffé au dedans; nous avons indiqué la proportion du conduit de chaleur et la dimension de la bouche de sortie, celle-ci peut être entourée d’un cercle en cuivre et décorée de manière à se lier avec la décoration de l'appartement; on doit aussi la fermer d’un petit grillage en laiton pour empêcher l'introduction de corps qui intercepteraient la chaleur ou apporteraient en se consumant des odeurs désagréables. On remarquera que les conduits de la cha-
ible, une direction verticale et peu tortueuse, qu’ils ne peu-
leur doivent avoir, autant que pos vent s’écarter horizontalement et en suivant un plan incliné qu’à la distance de quinze pieds du foyer, et qu’à celle de trente pieds, au plus, en s'élevant verticalement au-dessus du réservoir intérieur. Les conduits pour la fumée doivent être construits en brique avec des isolements sur les deux faces et souvent sous le plafond, quand on craint l'humidité du sol; il est nécessaire d'éviter dans leur marche les angles droits et d’arrondir les passages dans lesquels on voudrait faire tourner la fumée, comme aussi de ne laisser qu’une épaisseur de deux pouces entre le dessus du carreau et la fumée, si l’on veut profiter de ce second moyen de chaleur. Il est inutile d'indiquer les différentes formes dont on peut faire usage pour couvrir avec des marbres et des compartiments de carreaux les conduits de fumée, qui ne doivent pas recevoir des parquets en bois; la nature des marbres que l’on aura à employer et la forme des pièces donneront des motifs variés pour faire de cet objet utile un sujet d'agrément.
Cette notice sur les poêles que l’on emploie dans les édifices publics et dans les grands appartements, à Paris, peut donner une idée de cette invention, qui, bien qu’elle ne soit pas nouvelle et que les habitants du Nord l’aient longtemps mise en usage avant les Français,
s’est cependant beaucoup perfectionnée de nos jours.