SALLE DES MARÉCHAUX
La salle des maréchaux de l'Empire occupe tout le pavillon du centre du palais des Tuileries ; l’espace qu’elle embrasse renfermait autrefois, ainsi que nous l'avons dit, le vestibule et le principal escalier du palais que Philibert Delorme avait construit par les ordres de Catherine de Médicis, et que M. de Colbert fit détruire dans les premières années de son ministère, sous le règne de Louis XIV. Elle a servi longtemps de salle des Gardes pour les grands appartements, mais devenue aujourd’hui la première pièce de représentation du palais, elle a été disposée à cet effet et décorée en entier; elle contient les portraits en pied des maréchaux de France, les bustes de plusieurs généraux morts à l’armée et les tableaux représentant
te. Une tribune, dont la disposition in-
les principales batailles de la guerre d'Italie et d'Ée dique la place de l'Empereur et de la famille impériale dans les jours de bal et de concert,
orne la face au couchant, du côté des jardins ; elle est soutenue par des cariatides copié près celles dont Jean Goujon avait décoré, sous Henri IT, la salle des Gardes du palais du Louvre. Cet ajustement s'accorde avec l'ordonnance d’un balcon qui orne le dessus du premier rang des croisées au pourtour de la pièce, couvre les constructions de deux poêles destinés à échauffer ce grand espace, et présente un point principal qui semblait manquer à sa décoration.
Le trône de l'Empereur est placé dans la quatrième salle des grands appartements de représentation; il est formé d’une couronne de feuilles de chêne et de laurier en or surmontée d’un heaume ombragé de panaches; le tout est suspendu sur la face opposée aux croisées à la hauteur de la corniche et sous la voussure du plafond; de larges draperies en velours cramoisi, ornées de broderies et de franges en or, se développent à droite et à gauche de la couronne et viennent se rattacher aux enseignes impériales qui sont placées sur des socles en or aux deux côtés du trône.
Le siège de l'Empereur, orné de sculptures et de broderies très riches, occupe seul le
milieu du trône; il est élevé sur trois marches recouvertes de tapis en velours cramoisi, avec galons et franges en or; un large carreau en velours bleu parsemé d’abeilles sert de marchepied sur l’estrade, et les armoiries impériales, dont la broderie en or est relevée en bosse se détachant sur un fond de satin violet, au centre du revers de la draperie, en forment le point principal et ajoutent par leur éclat et par la perfection de leur travail à la magnificence de tout ce qui compose cet important objet.
Le plafond de la salle des Gardes de l'appartement d'habitation de l'Empereur, représenté planche 20, a été refait entièrement à neuf; celui qui avait élé peint sous la minorité de
Louis XIV, et qui tombait en ruine, représentait Minerve foudroyant les Vices; elle paraissait sur un fond de ciel, à travers l'ouverture de la voûte d’un temple, dont les colonnes peintes
en perspective sur un corps incliné et les corniches tendantes vers un seul point de vue, ne
produisaient qu'un effet faux et incorrect. On à rejeté celle disposition qui ne peut convenir qu'au théâtre et qui est Loujours très déplacée dans l'intérieur d’un appartement où le spectateur ne reste pas à un seul point fixe et où l'illusion d'optique à laquelle, par ce moyen, on a prétendu atteindre, se trouve à chaque pas détruite. Cette ordonnance est remplacée par des compartiments subdivisés selon la forme de la voussure du plafond, dont le sujet principal représente Mars vainqueur, la lance en main, parcourant sur un char le zodiaque et signalant chaque mois de l’année par une victoire. Des attributs militaires et différentes figures, sous l'emblème de vertus guerrières, enrichissent cette composition et remplissent les voussures du pourtour sur les quatre faces.
Le meuble serre-bijoux de l’Impératrice dont nous donnons le dessin est remarquable parmi tous ceux de l'appartement de Sa Majesté, tant par la richesse que par la perfection des parties qui le composent; les bois y sont travaillés avec une adresse particulière; les bronzes dorés, les incrustations, sont faits d’après les modèles d’artistes habiles et ont été exécutés avec le plus grand soin. On remarque surtout la disposition des cases, la division des compartiments intérieurs et les moyens ingénieux employés pour les fermer. Ce meuble et la plus grande partie de ceux qui décorent le palais des Tuileries sont l'ouvrage de M. Jacob, ébéniste célèbre à Paris.
Nous avons cru ne pas devoir nous étendre aussi longuement que le sujet pouvait le permettre sur la description du palais des Tuileries, et nous avons fixé aux quatre numéros que l’on vient de voir les détails et les explications des embellissements que Empereur y a fait ajouter. Nous nous sommes hâté de passer à un motif nouveau, tant pour varier la collection qui nous est demandée, que pour chercher à atteindre plus rapidement au but qui nous est indiqué. En conséquence, nous avons essayé de terminer ces articles par quelques réflexions
générales sur la décoration de l’intérieur des bâtiments.