CHAPITRE IV. — FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE
MoseUeà Frouard; elle est elle-même grossie de la Mortagne à gauche, de la Yezouse et du Sanon à droite; ces deux dernières rivières, qui servent d'écoulement aux étangs des environs de Réchicourt, sont assez marécageuses; entré elles se trouve une longue crête couverte par la forêt de Paroy. La vallée de la Meurthe est large et d'un parcours facile ; elle est suivie à partir de Fraise par une voie ferrée qui dessert Saint-Dié, Raonl'Etape, Baccarat, Lunéville, puis plus bas par la grande ligne de Paris- Strasbourg, entre Lunéville et Frouard. Le canal de la Marne au Rhin^ qui alteint la Moselle à Toul, après avoir passé les côtes de Meuse sous un tunnel parallèle à celui du chemin de fer, la suit jusqu'à Frouard, puis remonte la Meurthe et emprunte la vallée de son affluent le Sanon pour se dirijîpr vers la Sarre. La Meurthe coule d'abord au milieu des granits de la partie méridionale des Vosges, au milieu du grès rouge des environs de Saint-Dié, traverse le gros des Vosges et les divers étages du trias, arrose vers Lunéville une plaine d'alluvions et atteint Toolite inférieur à Nancy. La Meurthe devient navigable à Nancy, le passage en est partout facile, on compte 25 ponts fixes depuis sa source jusqu'à son confluent.
La Moselle reçoit la Saille à Metz ; cette rivière, dont les bords sont presque partout marécageux, sert d'écoulement à Vélang de Lindre^ passe dans les fossés de la place de Metz et permet de créer sous cette place une inondation destinée à rendre inabordables les fronts du sud-est. Elle forme une ligne continue qui coupe toutes les routes d'invasion à l'est de Metz entre la Moselle et les Vosges. Plusieurs généraux l'ont préconisée, et ont pensé qu'elle pourrait être facilement défendue, si elle était organisée et renforcée, mais elle n'a jamais joué aucun rôle. Après les événements de IftU et de 1815, on avait pourtant créé ou du moins reconstruit la place de Marsal destinée à servir d'appui à la ligne et à soutenir un des principaux barrages de la vallée. Nomény est le seul point du cours de la Seille qui soit resté à la France.
La Sarre a sa source au Donon, elle coule du sud au nord parallèlement aux Vosges dans une vallée assez ouverte, mais boisée et marécageuse, elle est suivie par la voie ferrée de Sarrebourg à Sarreguemines et Sarrebriick, qui est établie sur la rive gauche entre Sarralbe et Sarreguemines, et sur la ri\B droite sur tout le reste du parcours; à quelque distance à l'ouest de Sarrebourg, le canal des Houillères ou canal de la Sarre s'embranche sur le lanal de la Marne au Rhin, atteint la Sarre à Sarralbe et la suit jusqu'à Sarrefjuemines où cette rivière devient navigable. Au delà de Sarreguemines, son lit est souvent encaissé et dominé par des rives élevées. Avant de chanirer de direction à Sarrebriick, la Sarre longe le pied des hauteurs qui terminent à l'est la forte position de Spickeren, défendue par le général Frossard dans la journée du 6 août 1870 ; c'est par la petite vallée de la Bosselle
que la 13^ division prussienne tourna la gauche de la position. En arrière de Spickoren se trouve une seconde position très forte, mais qu'on ne put occuper par suite de la trop grande désorganisation des corps après Féchec de Forbach, c'est celle de Calembronn; elle est signalée dans les mémoires des généraux de Maureillan ot Haxo. Sarrebruck, où se trouvent trois ponts, est un point de passage favorable de la rive gauche à la rive droite ; c'est le principal débouché de la Lorraine vers le Palatinat, c'est de là que rayonnent les chemins de fer de la Nahe et de la Bavière Rhénane, ce qui en fait un point stratégique fort important.
La Sarre coule d'abord au milieu du terrain de trias, elle coupe entre Sarrebriick et Sarrelouis le grès des Vosges et l'extrémité du riche bassin houiller qui a pris son nom, puis elle retrouve le grès bigarré du trias ot coule à la limite du grès bigarré et du terrain de transition avant de se jeter dans la Moselle à Conz un peu au-dessus de Trêves. A partir de Sarrelouis, elle devient très sinueuse et est bordée de hauteurs; sur la rive gauche, le plateau compris entre la Bisten et la Nied forme une bonne position défensive contre un assaillant venant du Nord, c'est-à-dire cherchant à déboucher de Sarrelouis ; au delà de Merzig^ point de passage de la rive droite à la rive gauche, la vallée devient très étroite et souvent ne laisse de place ni au chemin de fer, ni à la route. Dans l'angle compris entre les rives droites de la Sarre et de la Moselle, se trouve l'importante position de Conzarbrùcke. La Sarre reçoit à droite à Sarreguemines la Blies qui passe à Neunkirchen et à Blieskastel et qui prolonge au sud les dépressions des vallées de la Nahe et de la Glan ; la Blies a pour affluent le Schwarzbach qui vient du plateau de Firmasens, et ce dernier ruisseau reçoit lui-même le Hornbach qui prend sa source auprès de Bitche. La Sarre reçoit encore à gauche au-dessous de Sarrelouis la Nied, dont les deux bras, la Nied française et la Nied ailemandCf baignent le plateau de la Lorraine ; les berges de ces deux rivières forment des positions qui auraient pu être défendues en 1870 pour couvrir Metz.
Les afduents de gauche de la Moselle : le Rupt-de-Mad, la Mance, l'Ôme, traversent la grande plaine couverte de forêts et d'étangs qui se trouve entre les Côtes de Meuse et la Moselle ; ils forment quelques bonnes positions défensives.
Presque en face de l'embouchure de la Sarre, se trouve celle de la Sure qui vient des Ardennes; elle reçoit VÀlzette qui passe à Luxembourg; elle coule au milieu de prairies dans une vallée étroite et boisée, elle est navigable dans la partie inférieure de son cours. Ces rivières et leurs aflluents arrosent le Luxembourg hollandais, pays montueux et couvert de vastes forêts, dont la partie centrale présente d'énormes masses de rochers surplombant au-dessus des vallées.