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CHAPITRE IV. - FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE. 1G

Le défilé du Chêne-Populeux, où passent le canal des Ârdennes et la route fie Mouzon ou de Sedan à Vouziers.

Au sud, entre la grande forêt de TArgonne et celle de Belval, se trouve encore un défilé facile à défendre, celui de Brizeaux et de Villers-en-Argonne où passe une bonne route ; puis on rencontre les nombreux chemins des vallées de TOrnain et de la Marne, mais entre ces vallées et jusqu'aux monts «le la CôtoKi'Or il existe une ligne presque continue de grandes forêts : forêts de Trois-Fontabies, du Val, du Der, de Blinfeix^ de Clairvaux, etc.

La ligne défensive de TArgonnc, regardée à la fin du siècle dernier comme les Thermopyles de la France, fut pourtant forcée à cette époque comme nous venons de le dire, mais elle avait retardé la marche de Tennemi et permis à nos troupes de se réunir. Aujourd'hui elle a perdu beaucoup de sa valeur par suite des déboisements et des dessèchements inconsidérés qui y ont été faits, par suite du grand nombre de chemins forestiers qu'on y a laissé ouvrir et qui la sillonnent en tous sens, en sorte que les points de passage sont bien plus nombreux. Du reste, elle ne barrait pas complètement toutes les routes d'invasion et elle pouvait être tournée soit par le nord, soit par le sud. C'est encore aujourd'hui son principal inconvénient et c'est pour cela qu'on ne la renforce pas par la fortification.

Charles-Quint n'avait pas commis la faute où tombèrent les Prussiens en 1792 en venant se heurter inutilement à cet obstacle ; il l'avait évité en prenant plus au sud et il ne fut arrêté que par la résistance héroïque que lui opposa Saint-Dizier. Le temps perdu sous les murs de cette place l'empêcha de pousser plus loin sa marche vers Paris ; aussi, pour se venger, fit-il raser de fond en comble cette malheureuse ville après s'en être emparé. Dans la guerre de 1870, c'est encore par le sud que l'armée du prince royal tournait les forêts et les chemins toujours boueux de l'Argonne. Les colonnes de la IIP armée atteignaient Vassy et Saint-Dizier, le 24 août, quand on fut informé du mouvement de l'armée française vers Sedan et Montmédy. Les troupes allemandes firent alors un changement de front et eurent à traverser l'Argonne dans toute sa longueur; cette marche par des chemins détrempés et défoncés par les pluies de la fin du mois d'août 1870 fut extrêmement pénible, et ce n'est qu'au prix des plus grands eflbrts que ces troupes arrivèrent à temps pour nous enfermer dans le cercle de fer de Sedan.

Quoi qu'il en soit, le pays étant partout coupé et boisé, une armée y trouverait encore aujourd'hui de bonnes positions pour arrêter l'ennemi ; celle df Sainte-Menekould à Revigny au nord du coude que forme l'Ornain entre Bar-le-Duc et Vilry a été indiquée comme très avantageuse par le général (\e Maureillan ; au nord il faudrait occuper les défilés de l'Argonne ; au sud se trouve la ligne des grandes forêts que nous avons déjà signalée et c'est

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à Saint'Dizier qu'on devrait masser les troupes destinées à couvrir le flanc droit.

En arrière, la cinquième crête est formée par la moulure peu accentuée qui termine le terrain crétacé à Test des plaines de la Champagne ponilleuse ; elle passe par Vitry et Troyes et vient se confondre avec les hauteurs qui terminent au sud-est le plateau tertiaire de la forit éCOthe entre la Seine et F Yonne.

Falaise tertiaire de la Brie ou Falaise de Champaipie '• —

La sixième crête, qui correspond à l'extrémité du terrain tertiaire au centre duquel est assis Paris, et qui borde à Test le plateau de la Brie, est beaucoup plus marquée que la précédente et fournit un obstacle plus sérieux. Elle s'appuie au sud à la Seine, à la forêt de Fontainebleau , elle longe la rive droite de ce fleuve entre Montereau et Nogent, puis se relève vers le nord par Sézanne et Vertus; elle est coupée par la Marne à Êpernay, par l'Aisne au nord-ouest de Reims; elle se dirige ensuite à l'ouest vers Laon et vient s'appuyer à l'Oise vers La Fère.

C'est la dernière position militaire que rencontre l'ennemi avant d'arriver devant le grand camp retranché de Paris, et elle ne peut guère être tournée à cause de son étendue. En avant, l'ennemi ne trouverait pas de bien grandes ressources dans les plaines crayeuses de la Champagne, plaines assez pauvres où les villages sont très clair-semés. Quant à la position elle-même, considérée dans son ensemble, les sommets dominent la plaine d'une centaine de mètres, l'extrémité du plateau est presque partout couverte de forêts et, au bas des pentes, se trouvent en certains points de grands marais; elle est donc généralement forte; mais par suite de son grand développement, il serait bien diflicile d'en empêcher partout l'accès à l'ennemi, surtout si on considère que les routes et les chemins qui la traversent sont extrêmement nombreux et qu'en bien des points les pentes sont praticables à toutes les armes. En somme, il n'y a pas là un obstacle naturel assez puissant pour qu'un faible corps de surveillance puisse arrêter l'ennemi bien longtemps et permettre à la défense de se servir des lignes intérieures pour masser toutes ses forces en temps utile sur le point menacé. Néanmoins, comme la dernière guerre nous a privés de nos meilleures défenses, on cherche aujourd'hui à utiliser cette ligne de collines et on va la renforcer au moyen de forts et de batteries établis au points les plus importants.

Les parties les plus fortes sont :

1» Celle comprise entre Moret, Montereau et Nogent, où l'obstacle est doublé par le cours de la Seine qui forme un véritable fossé en avant;

2? Celle qui est comprise entre les marais de Saint-Gond, aux sources du

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