Cousullcr les cartes ÔG, 57 et dH
114 Livre il. — la fhance. — prontiéhes de terre.
entre la France et TAllemagne, et fit alternativement aussi la grandeur de celui des deux peuples qui la domina, ou qui, du moins, en posséda la pluî> grande partie. L'Allemagne, aujourd'hui, convoite ce pays et pourrait bien, un jour ou Tautre, faire valoir ses prétentions historiques sur les cercles de Bourgogne et de Lotharingie.
Séparée de la Bourgogne en 1477 pour passer à la maison d'Autriche, la Pranche-Comté fut négligée par les successeurs de Charles-Quint, qui n'y concentrèrent pas tous leurs efforts et qui la perdirent en 1674. Elle nous servit alors à couvrir la Bourgogne, à relier l'Alsace et à entourer la Lorraine. En 1814, d'après les instructions de Napoléon, l'armée de Lyon devait s'appuyer sur ce plateau pour couper la ligne d'opérations de l'anni'o de Bohême. En 1870, il ne joua qu'un rôle bien funeste, mais peut-être aurait-il pu en être autrement, si on avait songé à l'utiliser plus tôt et si les opérations avaient été mieux conduites. Plusieurs militaires ont pensé que si, après Reichshoffen, les 1**", 5*et 7* corps s'y étaient réfugiés au lieu d'aller se réorganiser à Châlons, ou même si, plus tard, on avait concentré les efforts de la défense dans l'est et non sur la Loire, la face des choses aurait pu être changée, mais il eut fallu pouvoir compter sur la résistance de Paris et être assuré aussi de la possession de la vallée de la Saône, pour ne pas avoir à craindre d'être enveloppé et acculé à la frontière suisse. Aujourd'hui, ce plateau couvre contre les attaques de l'Allemagne tout ce qui reste à la France de l'ancien royaume de Lothaire; sa conquête par l'Allemagne détruirait la neutralité de la Suisse au profit du nouvel empire.
Le Jura, comme nous le verrons; est formé par une suite de crêtes parallèles dirigées du sud-ouest au nord-est, la plus élevée de ces crêtes étant du côté de la Suisse. Au milieu du massif jurassique, les chaînes se rapprochent et se soudent de manière à former un vaste plateau ondulé, élevé de près de 1,000 mètres et qu'on désigne sous le nom d'exhaussement central du Jura; mais à cet exhaussement central correspond la plus faible épaisseur du massif, en sorte que c'est là où la chaîne est la plus facile à traverser. Le plateau Séquanais se trouve au nord de cet exhaussement central, il se termine en escarpements du côté de la France et est di\isé par les crêtes jurassiques en plateaux successifs et étages de l'ouest à l'est. Les cours d'eau, tantôt sont parallèles aux crêtes et coulent dans de profondes vallées, tantôt leur sont perpendiculaires et les percent en des points nommés cluses^ qui forment d'étroits défilés faciles à défendre.
Le front nord du plateau Séquanais s'étend de Baume-les-Dames au Mont- Terrible; il a une longueur de plus de 60 kilomètres; il est formé par le Lomont, qui est une des crêtes continues du Jura, exceptionnellement dirigée de l'ouest à l'est, et qui domine la plaine de 500 mètres. Cette crête est coupée par le Doubs à Pont-de-Roide et n'est traversée que par cinq chemins :
GHAFlT'KE IV. — FRONTIÈRE DU NORD ESÎ OU D'ALLÉ» AGNE. ITi
Coupes du Plateau Séquanais.
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EïbelU' de^ longueurs, 1/l,n00,WO. — Écbclk des hauteurs, 9(1 Tol:^ |ilu.- erHndï.
1*76 LiVitt: It. — LÀ FÈAMGE. — FROKTIÈREâ tZ TERRÉ.
i^ La route et la voie ferrée de Montbéliard à Besançon par la vallée du Doubs, elles seraient facilement barrées aux défilés de Clerval et de BaumeleS'Dames ;
2** La route de Clerval ou d'Isle-sur-le-Doubs à Pierre- Fontaine par le col ouvert de Glainans entre les deux branches du Doubs ;
3"* La route de Montbéliard à Maiche par le défilé du Doubs, elle serait facilement défendue à Pont-de-Roide et à Saint^Hippolyte ;
4" Le mauvais chemin de Pierre-Fontaine-lès-Blaimont à Saint-Hippolytc par le col de Montecheroux, la descente sur Saint-Hippolyte est très roide;
6^ La route suisse de Porrentruy à Saint-Ursanne par le col de la Croix; elle est doublée d'un chemin de fer qui franchit le Lomont sous un tunnel de 3,000 mètres. C'est une des sections de la ligne de Porrentruy à Délémoul et à Baie nouvellement ouverte.
Au nord-est de Pont-de-Roide, le plateau de Blâment forme, en avant du Lomont, un bastion qui flanque la trouée du col de Valdieu. Cette trouée n'était pas du tout barrée par la place de Belfort, notre seule défense permanente jusqu'à ces dernières années; anciennement, les Romains pos>sédaient Mandeure sur le Doubs au nord de Pont-de-Roide ; aujourd'hui, on a intercepté toutes les roules venant d'Alsace, en reliant Belfort aux Vosgo et à la frontière suisse par de nouveaux forts. A l'ouest, en arrière du Lomont, se trouve la profonde vallée du Cuisancin^ qui double l'obstacle dan^ cette partie.
Le front nord-ouest s'étend de Baume à Quingey sur une longueur (k* 50 kilomètres ; il est protégé par le cours du Doubs et par les hauteurs ocarpées qui bordent sa rive gauche, puis, en avant, par les monts Chailluz, qui sont couverts de forêts sur une longueur de 15 kilomètres, et qui dominent rOgnon de 350 mètres. Au sud de Besançon, la forêt de Chaux prolonge ce front sur une longueur de 30 kilomètres. La place forte de Besançon garde les principales routes qui de ce côté donnent accès sur le plateau : un chemin de fer en construction doit relier cette ville à MorteaUy en le tniversant dans toute sa largeur. Pour pénétrer par Quingey à l'intérieur de la position, il faut traverser entre le Doubs et la Loue, Visthme de Busy, qui n'a que 3 kilomètres de largeur sur 8 de longueur ; c'est là que le 17* corp«allemand subit un échec le 25 janvier 1871.
Le front ouest se trouve formé par les falaises au pied desquelles er>l tracé le chemin de fer de Lyon à Lons-le-Saunier, Poligny, Mouchard; c'est là que se trouvent les gorges profondément découpées de Salins^ d'Àrbois, de Poligny^ de Voiteur^ etc.
L'intérieur de la position est divisé en 3 i)lateaux distincts par les crèlr-* jurassiques.
Le premier plateau, ou plateau Byzontin, a 150 ou 550 mètres d'cK'va-
CHAPITRS IV. — fRONTIÉRS BU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE. 177
lion; il est limité au sud par la profonde vallée de la Loue et à Test par une crête courant à'Omans au Cuisancin appelée le Mont^ côte d'Anroz et le Petit'BarboL
Le second plateau a 700 mètres environ d'élévation au-dessus du niveau de la mer; il est limité à Test par la profonde vallée du Dessoubre et par Tarète du mont Chaumont qui rejoint par le mont Pelé l'extrémité de la gorge de la Loue; il comprend aussi le plateau d'Amancey entre les gorges de la Loue et de la Lison et le plateau t Alaise sur la rive gauche de la Lison. Celle dernière position dispute à Alise-Sainte-Reine en Auxois Thonneur d'avoir été le dernier emporium des Gaulois dans leur lutte contre César. L'arête du mont Chaumont n'est franchie par aucune route carrossable.
Le troisième plateau, plus pauvre et présentant moins de ressources que les deux premiers, a environ 850 mètres d'élévation, il est formé des plaleaiuc de Maiche et du Russey sur la rive gauche de la haute vallée du Doubs et de celui de Pontarlier qui s'étend jusqu'aux sources de l'Ain. A l'est, de Tautre côté du profond couloir que suit le Doubs se trouve le plateau des FraneheS' Montagnes j qui s'étend jusqu'aux vallées industrielles du Jura suisse; puis des crêtes de 1,200 à 1,500 mètres terminent le massif du Jura sur l'Aar.
Les deux premiers plateaux se prêteraient parfaitement à l'établissement de corps de troupes nombreux ; ils présentent des places d'armes très fortes, mais il faudrait construire des ouvrages pour augmenter la force de résistance des obstacles et barrer les routes.
A la suite de l'échec de l'armée de l'Est à Héricourt, en 1871, on songea à défendre cette position, où on s'était si malheureusement laissé envelopper, mais on en fut empêché par la trop grande désorganisation des corps. Voici quel était le plan d'occupation de toute la partie nord du plateau : le ti* corps devait défendre le Lomont, de Blamont au Cuisancin; les troupes de Besançon le Doubs, du Cuisancin à l'isthme de Busy; le 15* corps, la rive droite de la Loue, la Lison et Salins ; la division Crémer devait s'étendre de Salins aux défilés du Pont-d'Héry et d'Andelot-en-Montagne ; le 20* corps, d'Andelot a la frontière suisse. Le 18* corps et la réserve générale devaient se tenir entre Besançon et la Loue. Le développement de toute cette ligne était de 150 kilomètres, ce qui ne faisait pas un homme par mètre courant, réserve comprise ; la défense eut donc été beaucoup trop faible.
HYDROGRAPHIE «
La SaAne. — Le Doubs. — La Saône et le Doubs appartiennent au 1. Consulter les cartes 21 et 22.
Géographie. — 1" partie. 12
bassin du Rhône et nous ne nous occuperons de ce théâtre d^opératîons que plus tard; mais comme les routes qui passent par la trouée de Belfort viennent déboucher dans la partie supérieure de leurs vallées, nous allons décrire de suite ces dernières.
La Saône qui coule au centre d*une longue bande d'alluvions modernes, prend sa source dans les monts Faucilles ; elle possède de suite un volume d'eau considérable et ne peut pas être franchie sans pont ; elle devient navigable à Port-sur-Saône. Jusqu'à Chalon, elle suit la direction du sud-ouest en faisant de nombreuses sinuosités ; à partir de cette ville, elle se dirige directement vers le sud jusqu'à Lyon où elle se jette dans le Rhône.
Elle longe les versants orientaux des montagnes de la Côte-d'Or, duCharolais, du Beaujolais, et sa vallée n'est ouverte que sur sa rive gauche. Son cours est assez calme, mais elle déborde après de longues pluies.
Le principal affluent de la Saône est le Doubs qui a un cours extrêmement bizarre et sinueux entre les crêtes du Jura; il prend sa source au mont Risoux près de Mouthe et se dirige vers le nord-est; il traverse le lac de Saint- Pointy vient déboucher à Pontarlier par la cluse de Mijoux, et suit un étroit couloir avant d'arriver à Morteau ; puis, au-dessous de cette ville, il s'élargit en une nappe d'eau qu'on appelle lac des Brenets o\x lac de Chaillexon, il se rétrécit bientôt et forme une cascade de 27 mètres, connue sous le nom du Saut dit, Doubs; la rivière sert ensuite de limite à la France et à la Suisse et coule au fond d'un étroit couloir entre des escarpements de 300 et même de 500 mètres; le coude qu'elle forme à Saint-Ursanne appartient à la Suisse, mais bientôt elle redevient entièrement française et se dirige directement à l'est en longeant les pentes méridionales du Lomont. Le Doubs reçoit à Saint-Hippolyte le Dessoubre au courant rapide, puis il rencontre la cluse de Pont-de-Roide où il s'engage et où il coupe le Lomont ; dans la cluse même il reçoit à gauche la Barbèche dont la vallée sera sans doute sui\ie par la voie ferrée très importante qui doit rejoindre Pontarlier à Pont-de-Roide. Le Doubs forme un nouveau coude à Montbéliard où il reçoit VAllaine et la SavoureusCf et alors il se dirige vers le sud-ouest en longeant les escarpements du plateau Séquanais jusqu'à la forêt de Chaux; au sud de Besançon, il quitte le terrain jurassique et coule en plaine; au-dessus de Dôle, il reçoit la Lou^ qui vient du Jura, puis il va se jeter dans la Saône à Verdun. Un canal rejoint Ddle sur le cours inférieur du Doubs à Saint-Symphorien sur la Saône, presque en face de Saint- Jean-de^Losne où débouche le canal de Bourgogne. La largeur du Doubs auprès de Besançon est de 64 mètres et sa profondeur de 4 mètres : il est navigable ou canalisé à partir de Pont-de- Roide. Il y a 44 ponts ou passerelles depuis la source du Doubs jusqu'à Montbéliard ; les points de passage sont donc nombreux ; la seule partie où ils soient rares est celle où la rivière sert de limite à la France, des Brenets
GHiPITEE IV. - FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE. 179
à Goumais. Les ponts ne sont pas moins nombreux au-dessous de Montbé- Ijard, mais la falaise de la rive gauche est d'un accès difficile.
Un autre affluent de la Saône, situé un peu plus au nord, rOgnon, prend sa source au Ballon de Servance et coule parallèlement au cours inférieur du Doubs dont il est séparé par des collines souvent boisées ; il couvre Besançon contre les attaques venant du nord-ouest et les défenses de cette place s'étendent jusqu'à cette rivière par la construction des forts de Chailluz et de Châtillon-le-Duc.
C'est par la Saône et le Doubs que le Rhône est mis en relation avec les bassins voisins : par le canal du Rhône au Rhin qui suit ou emprunte le lit du Doubs jusqu'à Montbéliard, il communique avec le Rhin ; par le nouveau canal de l'Est avec la Moselle ; par le canal de Bourgogne avec la Seine ; par le canal du Centre, qui commence à Chalon-sur-Saône et finit à Digoin, avec la Loire. On doit prochainement, comme nous l'avons dit, construire un canal qui ])assera au pied des remparts de Langres et qui fera communiquer directement la Marne avec la Saône qu'il atteindra à Gray ; ce canal et celui de l'Est détourneront à leur profit des canaux d'Alsace- Lorraine la navigation entre les villes de Belgique et la Méditerranée, en lui offrant une voie plus courte.
CHEMINS DE FER*
Ghemlns de fer. — Tunnels et viaducs qu'ils firanchissent*
— Les voies ferrées ont acquis une importance capitale, en sorte que leur tracé décide souvent la marche des armées et la direction des lignes d'invasion. Pour empêcher l'ennemi de les utiliser, on détruira un ou deux grands ouvrages d'art impossibles à tourner par une voie de raccord, mais il sera inutile de multiplier les destructions comme on l'a fait dans la dernière guerre. Il faut donc connaître l'emplacement des principaux tunnels, des grands viaducs, des profondes tranchées, et nous allons énumérer ceux que traversent les lignes d'Allemagne à Paris. Quatre voies ferrées conduisent de la frontière vers Paris, ce sont : l'^La ligne des Ardennes de Thîonville à Mézières, prolongée par celle de Mézières à Paris par Reims. Elle est trop près de la frontière belge pour que l'ennemi puisse s'en emparer et l'utiliser dès le début des hostilités. Cette Ugne pourrait être barrée par la destruction du tunnel de Fontoy (323™), mais ce dernier est aujourd'hui en Allemagne ; un peu plus à l'ouest et en France elle passe auprès du village de Uercy^-k-Uaut sous un tunnel de 1. Consulter les cartes 11 et 21.
200 mètres qui ne pourrait être tourné. Au delà, on rencontre un tunnel de 817 mètres sous le canon de Montmédy, de profondes tranchées entre Mézièrcs et Rethel, un tunnel de 750 mètres au sud de Rethel^ le tunnel de Rilly-la- Montagne de 3,450 mètres entre Reims et Épernay. Cette ligne n'a qu'une voie entre Sedan et Thionville ; elle doit être prolongée en Allemagne au delà de Thionville et rejoindra la ligne de Bening, Sarreguemines, Bitche, Haguenau.
2^ La ligne de Metz, Verdnn, Châlons, qui traverse les Côtes de Meuse sous le tunnel de Tavanne (1,190"^], au-dessus duquel on a construit un fort qui le protège et qui se lie à la défense de Verdun. Cette même ligne traverse l'Argonne aux IsletteSy par de profondes tranchées, puis sous un tunnel de 790 mètres; elle vient d'être munie d'une seconde voie de Châlons à Verdun. Elle rejoint à Metz la grande ligne à deux voies de Paris à Hayence par Frouard, Metz et Forbach,
La ligne Metz, Forbach, Neunkirchen, Kaiserslaûtern et Mayence traverse de profondes tranchées à Saint-Avold et à Forbach et le tunnel d'Heiligenbergy long de 1,547 mètres, au delà de Kaiserslaûtern. Un nouvel embranchement qui part de Kaiserslaûtern évite ce tunnel en passant plus au nord. Entre Hochspeyer et Neustadty la voie ferrée franchit un grand nombre de tranchées et de tunnels le long du Speyerbach.
A Nennkirchen se bifurque vers le nord une ligne qui descend la Nahe jusqu'à Bingen où elle se soude à la voie ferrée de la rive gauche du Rhin; cette ligne traverse une profonde tranchée entre la Blies et la Nahe ; elle passe sur 27 ponts et sous 10 tunnels le long de la Nahe.
A Hombourg se bifurque vers l'est une autre voie ferrée qui passe à Deux- Ponts et qui, franchissant le Hardt un peu au nord de Pirmasens, aboutit dans la vallée du Rhin à Landau.
S"* La grande ligne à deux voies de Strasbourg à Paris, qui traverse les Vosges sous plusieurs tunnels dont le principal est celui d'Arschwiller (2,700"). Ces tunnels ainsi que le grand viaduc de la Zorn sont maintenant en Allemagne. En France, cette ligne franchit la Moselle sur les ponts de Liverdun et sur le viaduc de Fontenoy qui fut détruit au commencement de 1871; elle traverse, les Côtes de Meuse aux tunnels de Foug (1,122") cl de Pagny (572"), et les monts du Barrois par des tranchées qui ont 22 mètres de profondeur. Le tunnel de Nanteuil (944"), près de la Ferté-sous-Jouarre, qui a été ruiné pendant la dernière guerre et que les Prussiens n'ont pas pu rétablir, peut être tourné comme il l'a été dans cette circonstance; du reste il est trop près de Paris et laisse à la disposition de l'ennemi une trop grande partie de la voie ferrée.
A^ La ligne à deux voies de Mulhouse, Belfort, Langres, Paris. Avant d'arriver à Belfort, elle a déjà franchi en Allemagne le viaduc de Dame-