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CHAPITRE V. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE D'ALLEMAGNE

de Metz et le plateau à Touest du ravin du Châtel où s'est livrée la bataille du 18 août. Le fort de Plappeville, aujourd'hui fort Alvensleben, bat tout le plateau des Carrières et le débouché des routes qui descendent au nord vers Saulny et Woippy dans la vallée de la Moselle. Les Allemands ont construit ripiix nouveaux forts; l'un au-dessus de Woippy pour voir le ravin de Saulny Pi enfiler la route de Thionville, on l'appelle fort Kameke, il vient d'être muni de deux tourelles cuirassées; l'autre à Saint-Eloy dans la plaine de la Moselle au nord de Metz. Enfin ils ont eu soin d'établir près de la gare d'immenses magasins toujours remplis pour l'approvisionnement de la place et ils ont réuni directement par de nouvelles voies ferrées Metz à Berlin et à Strasbourg.

Les deux ouvrages de BellecroiXy aujourd'hui fort Steinmet2, et du Fort- ]fose.lle, aujourd'hui fort Voigtz-Retz , construits par Cormontaigne, ont été con>er\'és, ils font pour ainsi dire partie de l'enceinte; à la gorge de Bellecroix les Allemands ont construit une grande caserne à l'épreuve de la bombe. Les nouveaux forts que nous avions commencés avant la guerre, ont une enceinte basse avec escarpe et contrescarpe revêtues, puis un grand cavalier armé d'artillerie pour la défense éloignée et muni de casemates pour les logements et les magasins.

La place exige pour sa défense une garnison de 23 à 30,000 hommes ; la meilleure position à occuper pour couvrir Metz du côté de l'ouest est celle iyAmanvillers, en avant du ravin du Châtel, où s'est livrée la bataille du 18 août 1870.

Metz, aujourd'hui grande place offensive contre la France, est donc devenue une menace continuelle pour nous; elle forme un excellent appui pour les opérations des Allemands slir Paris et, en cas d'offensive de notre part, elle exige que nous laissions devant ses murs une partie considérable de nos forces. Avant 1870, c'était entre nos mains une place mieux placée pour l'offensive que pour la défensive, mais, vu son importance, l'ennemi, pour envahir la Lorraine, devait ou l'assiéger, ou y laisser plusieurs corps d'observation. Elle assurait le passage de la Moselle et, conjointement avec Thionville et Tout, situés également sur cette rivière, elle barrait les voies ferrées se dirigeant vers Paris.

Thionville ^ dont les fortifications ont été complétées et améliorées par Cormontaigne, était entourée d'une première ligne bastionnée avec dehors, puis d'une seconde ligne de lunettes reliées par un chemin couvert; sur la rive droite de la Moselle se trouvait une double couronne, et, en avant, de l'autre côté d'un bras canalisé de la rivière, une seconde double couronne appelée le Fort, qui renfermait des casernes et des magasins. Déjà avant la ;aierre on avait créé un certain nombre de casemates sous les terre-pleins

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de Tenceinte ; les Prussiens ont rasé la première enceinte du côté de la porte de Luxembourg pour permettre à la ville de s'étendre au nord, ils ont de plus augmenté le nombre des abris, mais ils n*ont pas encore construit de fort détaché pour protéger la ville. Les voies ferrées qui viennent se croiser à Thionville sont ou seront au nombre de six : celle de Metz sur la rive gauche de la Moselle, celle des Ardennes, celle de Luxembourg, celle do Bouzonville et Sarreguemines, celle de Trêves et celle de Metz par la rive droite de la Moselle. On vient de construire une grande gare militaire dans Tîle formée par la Moselle et le canal du Fort; la double couronne qui s'y trouvait a été rasée. Les hauteurs dangereuses d'où la ville a été bombardée en 1792 et en 1870, sont celles de Guentrange à deux kilomètres sur la rive gauche et celles Sllange à 1,500 mètres sur la rive droite.

Harsal, reconstruite sous le gouvernement de Juillet, était destinée à soutenir le centre de la ligne marécageuse de la Seille, mais on n'avait pas organisé d'autre appui sur cette rivière et les inondations ne purent être tendues en 1870 d'une manière efficace, parce que l'étang de Lindre dont les dix millions de mètres cubes servent à produire ces inondations, était justement mis en culture cette année-là, comme cela avait lieu tous les trois ans; le débit de la Seille est tellement faible en été qu'un mois après la pose des barrages, il y avait à peine quelques centimètres d'eau dans les prairies et seulement à 200 mètres en amont de la place. Du reste la ligne de la Seille était loin d'être entièrement organisée : il eut fallu des retenues à Dieuze, à Marsal, à Vie, à Chambey; à gauche, elle eut dû être prolongée jusqu'à la Moselle par des abatis dans les bois de Fays et de Faulx et par une redoute en avant de Bouxières-aux-Chènes ; la droite s'appuyait à la Sarre par le canal des Salines qui coule au milieu d'une contrée marécageuse et boisée. La rapidité de nos revers nous empêcha de compléter cette organisation et d'utiliser cette ligne de défense. Les Allemands ont déclassé Marsal et ont fait des expériences sur la dynamite et la nitroglycérine en démolissant les ouvrages avancés (ï Harrau4;ourt et d'Orléans.

En plus de ces places, nous possédions sous Louis XIV sur cette frontière de Lorraine plusieurs forteresses et postes abandonnés ou perdus depuis : Sierck sur la Moselle qui, avec Sarrelouis, servit d'appui aux opérations du maréchal de Villars pendant la guerre de la Suc<îession ; Rodemark qui en est voisin; Sarrelouis, à un point de passage important de la Sarre, qui fut perdu en 1815; Luxembourg qui nous a appartenu quelques années et qui nous fut enlevé par le traité de Ryswick ; Mont^Boyaly fort construit par Vauban sur un escarpement dominant la Moselle auprès de Trarbach entre Trêves et Goblenz et destiné à soutenir nos opérations vers le Rhin à travers le Hûnsriick et l'Eifel.

Luxembourg occupe une très belle position, au nœud de toutes les voies

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de communication entre les Ardennes et la Moselle. Cette forteresse, qui faillit devenir un prétexte de guerre entre la France et la Prusse en 1867, fut déclassée à cette époque et dut être démantelée, mais on se contenta tout d'abord de faire une brèche de 60 mètres de largeur dans le front correspondant à la grande rue de la ville; aujourd'hui, les anciens remparts sont transformés en promenades. Les escarpes et les contrescarpes subsistent sur bien des points, et les fortiflcations qui dominaient les vallées de TÂIzette et du Petrus de près de 70 mètres, seraient donc faciles à remettre en état ; elles comprennent une enceinte et de nombreux ouvrages (ouvrages de la r^are au sud, fort sur le front d'altaque à l'ouest, ouvrage de Bhan et citadelle sur les escarpements de la rive droite de TAlzette) ; néanmoins la ville n*est pas à Tabri d'un bombardement du côté de Vouest ou du côté du sud. Cette forteresse, nœud de routes et de voies ferrées importantes, couvrait Trêves et la ligne d'invasion sur Goblenz, quand elle avait une garnison allemande. Après l'avoir évacuée, les Prussiens songèrent à fortifier Trêves ou Conz; les événements se précipitèrent et il ne fut pas donné suite à ce projet.

Parmi les places que nous venons d'énumérer, Sarrelouis^ est encore entourée de fortifications construites par Vauban et Choisy de 1680 à 1685; la ville est située sur la rive gauche de la Sarre et possède une tête de pont sur la rive droite; les Prussiens y ont construit depuis 1840 deux ouvrages, la lunette de Roden au nord et le fort Rauch au sud; ils sont destinés à cou- Mir les inondations de la place. Des hauteurs dominantes situées à 3,000 mètres à l'ouest et à 1,500 mètres au sud permettraient de bombarder la ville. Sarrelouis entre les mains de la France défendait l'entrée de la Lorraine et était un important débouché sur la vallée de la Nahe; Louis XIV la garda à la paix de Ryswick tout en rendant le duché. Cette place a perdu beaucoup de son importance depuis que toutes les voies ferrées et les routes de la contrée viennent converger à Sarrebrùck ; cependant le prolongement de la voie ferrée de la Nahe jusqu'à Sarrelouis, Bouzon ville et Courcelles, en fera un nœud de voies ferrées et empêchera qu elle ne soit déclassée.

En 1705, Sarrelouis contribua à préserver la France de l'invasion étrangère. Villars prit position : sa gauche à Sierck, son front couvert par les forêts de Bouzonville et par le ruisseau de Kœnigsmacker, sa droite à Sarrelouis, et il attendit là avec des forces inférieures l'attaque de Marlborough. En vain le duc fit-il des démonstrations sur la rive gauche de la Moselle et sur la rive droite de la Sarre. Maître du cours de ces rivières par les places de Thionville et de Sarrelouis, Villars fut inébranlable et, après quelques jours d'indécision pendant lesquels la division se mît au camp des alliés, Marlborough fut contraint de se replier et d'abandonner son plan de campagne.

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