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CHAPITRE V. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE D'ALLEMAGNE. lîH

par le canal du Rhône aif Rhin et par une ligne de vastes forôts ; de pins, en arrière de ces obstacles, une voie ferrt^e permettait de transporter des troupes partout où besoin était. Aussi est-ce contre la Basse-Alsace que les Allemands ont dirigé leur attaque et ils l'avaient préparée par la création tic Rastadt et de Gerinersheim.

Nous n'avions guère besoin de place défensive dans la Haute-Alsace, si la neutralité de la Suisse était respectée. Neuf-Brisach\ créé par Vauban en 1698 après la perte de Vieux-Brisach, était une place offensive et favorisait le passage du Rhin en face du principal défilé de la Forêt-Noire qui, [iar Fribourg et le val d'Enfer, mène ^ux sources du Danube. Cette petite l)lace de Neuf-Brisach, située elle-même sur le canal, à proximité du Rhin, permettait de tenter un coup de main sur Vieux-Brisach et de s'y créer une tête de pont. Comme ouvrages dépendant de Nouf-Brisach, il existait une petite redoute couvrant un pont sur un petit bras du Rhin et le fort Mortier sur la rive du fleuve; ce dernier n'était qu'une demi-lune oubliée lors de la démolition des fortifications de Vieux-Brisach à qui elle servait de tête de pont sur la rive gaucho. Vieux-Brisach, situé dans une position dominante sur un rocher basaltique, pourrait aujourd'hui, entre les mains de l'AUoraagne, devenir le réduit d'une grande place assise sur les doux rives du Rhin et étendant son action sur les principaux débouchés des Vosges et de la Forêt-Noire et sur toutes les voies de communication qui viennent aboutir a ce point, dont la valeur stratégique est fort grande. Les Allemands ont conser\'é les fortifications de Neuf-Brisach qui couvre un de leurs ponts sur le Rhin et ils viennent d'y créer une de leurs grandes gares militaires.

Enfin, aux portes de Baie, Huningue était jadis fortifié et complété par une tête de pont sur la rive droite du Rhin ; le traité de Ryswick nous enleva cette annexe importante surtout pour l'offensive, néanmoins la place nous était encore utile, car de ses remparts on pouvait jeter des bombes jusqu'au milieu de Baie et elle nous était un sûr garant de la neutralité de la Suisse. En 181 i, le général Barbanôgre s'y défendit héroïquement pendant treize jours avec une garnison de 135 hommes contre 26,000 Autrichiens; aussi les alliés en exigèrent-ils le démantèlement complet et nous interdirent-ils de la reconstruire. Les Allemands ont jeté dernièrement sur le Rhin un pont de chemin de fer auprès d'Huningue et ils créent pour le Jéfendre quatre tours défensives, deux sur chaque rive.

En arrière du col de Valdieu, se trouve la place de Belfort*, qui fut si habilement défendue en 1815 par le général Lecourbe et qui lui servit de base dans ses petites opérations contre les armées d'invasion ; mais plusieurs succès qu'il remporta furent rendus inutiles par le désastre de Waterloo et l'affaissement général qui le suivit. On sait qu'en 1871 l'énergique

1, Consulter la carte 90. j 2. Consulter la carte 40.

défense du colonel Denfert nous conserva celte précieuse position. A cette époque, cette place ne bouchait pas la trouée de Belfort, les routes passant loin d'elle et la trouée étant fort large ; aussi aujourd'hui s*est-on décidé, comme nous lo verrons, à construire un grand nombre d'ouvrages pour arriver à ce but.

Belfort a été de tout temps fortifié ; les Romains y avaient un camp et les plus célèbres ingénieurs depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ont travaillé à renforcer cette importante position. La ville est sur la rive gauche de la Savoureuse et dominée au sud par le Château^ citadelle très forte située au haut d'escarpements à pic; à l'est se trouve le Vallon, traversé par la roulo do Strasbourg et que Vauban avait déjà eu le projet de comprendre dans lo rayon des ouvrages de la place; après 1815, le général Haxo éleva dans ce but les forts de la Miotte et de la Justice. En 1870, après la déclaration de guerre, on construisit en fortification passagère les redoutes des Hautes et des Basses-Perches au sud en avant du Château et la redoute de Bellevue au sud-ouest de l'autre côté de la Savoureuse ; le fort des Barres fut également achevé.

Campaf^ne de 1870. — Nous avons déjà à plusieurs reprises rappelé divers événements de la dernière guerre ; maintenant que nous avons décrit les accidents du sol et énuméré les places qui existaient sur la frontière à cette époque, nous pouvons retracer l'ensemble des opérations des armées au début de cette campagne ; cela fera ressortir le rôle de ces obstacles naturels et de ces places.

Au début de la guerre de 1870, c'est-à-dire au commencement du mois d'août, l'armée française occupait les positions suivantes : cinq corps, forts de 128,000 hommes, étaient en arrière de la Sarre à l'ouest des Vosges; le premier corps et une partie du septième, d'un effectif de 47,000 hommes, étaient en Alsace ; le sixième corps encore à Châlons comptait avec la cavalerie de réserve 35,000 honunes. Nous disposions donc en première ligne de 180,000 hommes dispersés sur un front de 40 lieues de Thionville au Rhin, de plus nous avions quelques milliers d'hommes du 7* corps à Belfort et la réserve en formation à Châlons.

A ces forces trop faibles et ainsi disséminées, les Allemands opposaient trois armées, formant une masse de 420,000 combattants et concentrées sur un front de 30 à 45 lieues : sur la basse Sarre se trouvait la première armée commandée par le général Steinmctz (70,000 hommes) ; en arrière, entre la Nahe et le Rhin, la deuxième armée sous les ordres du prince Frédéric- Charles (180,000 hommes) ; puis, dans le Palatinat Rhénan, la troisième armée ayant pour chef le prince royal de Prusse (170,000 hommes). Ces armées étaient au début en contact les unes avec les autres, mais, quanti

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