CHAPITRE V. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE D'ALLEMAGNE
elles prirent roffeosive, elles furent amenées par les positions des corps français à opérer suivant des lignes divergentes. Les Vosges divisaient en deux les forces allemandes comme les forces françaises ; mais, par suite de ]a configuration du terrain et des dispositions prises, en cas d*échec d'une des ailes françaises, nos corps se trouvaient séparés et même risquaient d'avoir leur retraite coupée, tandis qu'un succès des Français ne faisait que refouler l'armée battue sur les autres. Les Allemands, prenant Toffensive, avaient à franchir les uns la Sarre, les autres les Vosges, puis à effectuer le passage de la Moselle.
Nos corps d'armée, surpris en formation par la rapide offensive de Tennemi, furent accablés séparément. Après la reconnaissance du 2 août qui aboutit au combat de Sarrebriick, nous n'eûmes plus à enregistrer que des revers. Le 4 août, la division Douai détachée sur la Lauter fut assaillie par la III* armée prussienne et écrasée à Wissembourg après une résistance opiaiâtre. C'est par ce point que la gauche ennemie pénétra en France à la i^uite de la division battue et, le 6 août, elle attaquait les 45,000 hommes du maréchal de Mac-Mahon dans la position de Frœschwiller. Après une lutte héroïque, mais par trop inégale, les divisions françaises épuisées effectuaient leur retraite par Saverne et repassaient les Vosges. Strasbourg découvert par ce mouvement était immédiatement investi.
Le même jour, 6 août, le deuxième corps, commandé par le général Frossard, fut attaqué et débordé dans la position de Spickeren. Les secours demandés au maréchal Bazaine n'arrivèrent pas à temps pour le dégager; il dut se reployer et l'on résolut de concentrer sous Metz tous les corps français campés le long de la Sarre. On avait l'intention de se retirer sur la Meuse et, conjointement avec l'armée qui se formait à Châlons, de défendre directement les lignes d'invasion sur Paris; mais on était suivi à courte distance par la première et la deuxième armée allemande, et, comme on effectuait le passage de la Moselle, les corps restés sur la rive droite furent attaqués par Sleinmetz à Borny. Ils résistèrent victorieusement; néanmoins le but des Allemands était atteint : notre marche avait été retardée, la deuxième armée allemajide avait pu passer la Moselle au-dessus de Metz sans être inquiétée, et elle se portait sur nos lignes d'opérations.
Le 16 août, l'armée française reprenait sa marche sur Verdun, quand elle fut attaquée en flanc à Rezonville par les corps allemands qui venaient de passer la Moselle. Une lutte violente s'engagea, et nous étions parvenus à gagner du terrain par notre droite, quand la nuit vint séparer les combattants. Un effort renouvelé le lendemain aurait peut-être pu rejeter les Allemands dans la rivière ; on ne jugea pas possible de le tenter et le maréchal Bazaine ordonna la concentration de toutes nos forces sur un nouveau champ de bataille. Il vint occuper la forte position qui se trouve à l'ouest de la val-
lée de Châtel, la gauche à Gravelotte, la droite à Saint-Privat, non loin de notre dernière voie de communication avec Verdun par Briey.
Les généraux allemands, résolus. d'enfermer l'armée du FUiin dans Metz, firent aborder cette position de front en même temps qu'ils s'étendaient vers notre droite. Le sixième corps, commandé par le maréchal Canrobert, qui occupait Saint-Privat, se vit bientôt aux prises avec des forces supérieures. Malgré les pertes sanglantes infligées à l'ennemi, notre réserve générale n'ayant pu iatervenir à temps pour entraver le mouvement tournant que les Allemands avaient réussi à prononcer, l'armée dut se retirer dans le camp retranché. Telle fut la bataille de Saint-Privat ou d'Âmanvillers (18 août), l'une des plus meurtrières des temps modernes; ses résultats furent décisifs : les meilleures troupes de la France se trouvaient bloquées, et, bien qu'elles immobilisassent un nombre supérieur de forces allemandes, leur épuisement qu'amena bientôt la famine entraîna le 27 octobre la perte de notre plus belle place forte.
Pendant ces événements, les débris du l»*" corps (Ducrot), le 7* corps (Félix Douai), le 5* corps (de Failly), s'étaient réunis à Châlons, s'y réorganisaient et allaient former avec le 12* corps (Lebrun) une nouvelle armée aux ordres du maréchal de Mac-Mahon qui devait d'abord couvrir Paris, puis qu'on se décida à envoyer dégager le maréchal Bazaine.
De leur côté les Allemands prenaient les dispositions suivantes : pendant que la 1" et la IP armée bloquaient Metz, le prince royal qui avait atteint la Moselle, reprenait sa marche sur Paris; il opérait conjointement avec une IV* armée qu'on venait de former (armée de la Meuse) et dont on avait donné le commandement au prince de Saxe. Cette armée passa la Meuse vers Verdun, pendant que la troisième franchissait cette rivière à Commercy.
L'armée de Châlons, voulant gagner par Carignan et Montmédy la route de Metz, se dirigea vers Stenay, où elle devait traverser la Meuse. Une marche rapide eût peut-être pu lui permettre d'atteindre Metz en gagnant deux jours sur l'ennemi, mais les Allemands finirent par être informés de la présence de nos forces sur leur flanc, ils opérèrent aussitôt une rapide conversion à droite en traversant toute l'Argonne. Les têtes de colonnes de l'armée de la Meuse attaquèrent nos troupes à Busancy et à Nouart dès le 29 août. Le lendemain, 80 août, le 5* corps épuisé par une marche de nuit se laissait surprendre à Beaumont et subissait un échec grave. Il fallut donc descendre plus bas pour passer la Meuse à Mouzon et à Remilly.
L'armée prussienne, nous suivant de près, franchit la Meuse à notre suite. Le premier corps, qui était déjà à t^larignan, dut rétrograder, et toutes les forces françaises se trouvèrent, le 81 au soir, réunies autour de Sedan, occupant une position ayant la forme d'un triangle dont le sommet est au Calvaire d'Illy, dont les deux côtés sont couverts par les ravins deGivonne et