D'ALLEMAGNE
La guerre de 1870-71 enleva à la France le Rhin, les Vosges, la Moselle et ses principales places fortes ; il fallut, aussitôt la paix signée et le territoire évacué, songer à couvrir par la fortification cette frontière qui se trouvait tout aussi ouverte et tout aussi dépourvue d'obstacles naturels que celle de Belgique; le but qu'on se proposa fut de transformer le théâtre d'opérations où doit s'engager tôt ou tard la lutte entre les armées allemandes et françaises, de manière à faciliter l'action de ces dernières. Rappelons que toutes les décisions relatives à l'organisation nouvelle de la défense de nos frontières ont été prises par le conseil de défense sur la proposition du général de Rivières, alors directeur du génie au ministère de la guerre, et que les idées de cet officier général furent presque toujours adoptées par le conseil.
Les principes suivis furent les mômes que sur la frontière du nord ; ils reposent sur l'organisation : 1® de positions très fortes en première ligne, comprenant plusieurs places et de nombreux forts destinés à relier ces dernières et à intercepter les routes que l'ennemi pourrait suivre dans leur inter%'alle; 2* de trouées à peu près dépourvues d'obstacles artificiels où les armées ennemies s'engageront, ce qui dévoilera leurs projets; 3® de posi-
lions de halte en seconde ligne pour arrêter la poursuite entre la frontière et Paris. En somme, les places qu'on crée ou qu'on améliore et les positions qu'on fortifie, ont trois rôles à jouer : 1** augmenter les facultés offensives de Tarmée de campagne, en couvrant sa concentration, en permettant son déploiement sur la fronticro et en Taffranchissant de toute inquiétude pour ses communications; 2° faciliter les changements de base une fois les opérations commencées ; 3® assurer la défense des lignes successives et barrer les roules d'invasion vers rinlérieur.
Places et positions de ppemière lif^eU — Au centre de notre nouvelle frontière avec l'Allemagne, à peu près à égale dislance des Vosges et du Luxembourg, se trouve une position qui est également importante au point de vue de l'offensive et de la défensive, c'est celle du plateau de Haye ; ce dernier est compris dans la boucle que forme la Moselle entre Toul et Nancy. On a fait dernièrement à travers les vastes forêts de ce plateau quelques percées destinées à favoriser les mouvements de troupes. Les bois qui le couvrent et les pentes qui le limitent sont des obstacles sérieux et de défense facile ; à l'ouest cette position s'appuie à la grande place de Toul ; à l'est vers Nancy elle est plus abordable que partout ailleurs. Le général de Rivières avait eu le projet, pour la renforcer de ce côté, de créer un certain nombre de forts en avant de Nancy sur la ligne des hauteurs boisée^; qui s'étendent de Custines sur la Moselle à Janville sur la Meurthe.en passant par Bouxières-aux-Chènes, Amance et Pulnoy; quelques batteries construites à l'extrémité du plateau entre Nancy et Pont^Saint^ Vincent eussent fermé la position à Test. On aurait ainsi formé un immense camp retranché englobant la grande et populeuse ville de Nancy, on aurait dominé directi^ment la vallée de la Seille et on se serait ménagé des débouchés commodes sur le plateau de la Lorraine. Ce projet n'a pas été exécuté ; pour le moment, on ne construit que deux ouvrages qui maîtriseront les voies ferrées convergeant à Nancy et qui pourront aussi, en cas de besoin, appuyer l'occupation de la forêt de Haye : l'un sera situé au-dessus de la gare de Fronard, Tautre au-dessus du village de Pont-Saint-Tincent à Textrémité d'un petit plateau de la rive gauche de la Moselle.
L'ensemble de l'organisation défensive de la frontière se composera : 1® d'une ligne de forts barrant toutes les routes qui traversent les Côtes de Meuse entre Toul et Verdun; 2° d'une seconde ligne fortifiée s'étendant d'Épinal à la frontière suisse. Il y aura par suite deux trouées : l'une entre Verdun et la frontière belge, l'autre entre la forêt de Haye et Épinal; les voies ferrées qui passent dans ces trouées seront elles-mêmes maUrisée> par des forts d'arrêt. Nous allons successivement passer en revue les places 1. Consulter la carte 3L