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CHAPITRE y. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE D'ALLEMAGNE

Celte ligne est formée par YArgonne, les forêts qui s'étendent encore au sud de Yillers et de Passavant, et le cours encaissé de VOmain; elle s'appuie au sud aux escarpements qui dominent la dépression de Liffol et elle rejoint la Marne vers Chaumont, se liant ainsi à la position de Langres. C'est sur cette ligne qu'après s'être portées en avant, nos armées, forcées de battre en retraite, pourraient trouver des positions avantageuses pour arrêter la poursuite de l'ennemi ; mais il serait important que la défense des principaux points de passage et les abatis dans les forêts pussent être organisés d'avance.

Nous avons vu quelles sont les principales routes qui traversent les forêts de VArgonne et quelle est la valeur de ces forêts comme obstacle. Au sud, on peut encore occuper comme ligne de défense la lisière de la grande forél de Belval sur les 16 kilomètres qui séparent Villers-en-Argonne de Nettencourt sur la Chée, et on peut facilement barrer les 5 chemins qui traversent ces bois; mais, sur les 5 kilomètres compris entre Neltencourt et VOrnainy il n'y a aucun obstacle où puisse s'appuyer la défense et ce serait là le point faible de la ligne. La place de Vitry-le-Français située en arrière de cette trouée, au confluent de la Marne et de l'Ornain, a ses escarpes et ses maisons vues de toutes parts; elle n'a plus aucune valeur.

L'Ornain forme de Gondrecourt à Revigny une assez bonne ligne de défense pourvu qu'elle soit occupée par des forces suffisantes et que la rivière ne soit pas réduite à un simple filet d'eau comme cela a lieu de juillet à septembre ; la vallée a de 200 à 800 mètres de largeur et elle est souvent limitée par des coteaux à pentes raides. De décembre à février, après les pluies, l'Ornain déborde, inonde toute sa vallée et forme alors un obstacle sérieux. La rivière est doublée du canal de la Marne au Rhin qui a 10 mètres de largeur et 1",60 de profondeur, la largeur n'est que de 5™,20 aux écluses et celles-ci se succèdent à peu près de kilomètre en kilomètre. La vallée est encore suivie par une voie ferrée qui est tantôt en déblai, tantôt en remblai, ce qui forme des parapets et des abris et peut faciliter la défense. Les ponts sont nombreux sur le canal et sur l'Ornain; il y en a 45 sur le canal et 56 dont 13 en bois sur l'Ornain en amont de Revigny; plusieurs devraient être détruits; les principales localités qu'arrose l'Ornain sont Gondrecourt, Ligny-' tn-Barrois et Bar-k-Duc; il faudrait les protéger.

En arrière de l'Ornain, existent de grandes forêts avec de faibles intervalles entre elles ; elles forment un excellent rideau pour masquer les mouvements de troupes et pourraient servir à retarder la marche de l'ennemi. La foret de Tr ois-Fontaines entre l'Ornain et Saint-Dizier fut organisée défensivement le 19 août 1870, les routes qui la traversent furent toutes barrées par de profonds abatis, mais ces travaux restèrent inutiles, le corps du général de Failly ayant continué sa retraite sur Châlons sans chercher à arrêter l'ennemi.

âOg LIVRE II. - LA FllANGE. — FRONTIÈRES DE fERRË.

Au milieu de ces forêts, la Saulx coule parallèlement à rOrnain; elle forme une ligne d'arrêt encore plus médiocre que celle de TOrnain; le volume des eaux est plus faible; la rivière est encaissée, il est vrai, mais la rive droite domine souvent la rive gauche.

Troaée entre la forêt de Haye et les Vos^es^ — Entre Pont- Saint- Vincent et les forts avancés d'Épinal, existe un intervalle de 48 kilomètres, où on n'a pas créé de défense artificielle. C'est par les routes qui traversent cette trouée que les armées allemandes s'avanceraient, si elles voulaient éviter d'entreprendre des sièges dès le début des hostilités et d'en attendre le résultat pour envahir notre territoire. Si on songe que par suite de la portée efficace des canons de nos forts, l'espace laissé aux colonnes ennemies ne serait que de 38 kilomètres, on voit que celles-ci ne pourraient suivre qu'un nombre restreint de routes, qu'elles ne disposeraient que de 5 ou 6 points de passage sur la Moselle et que par suite elles opéreraient sur un front très restreint eu égard à l'effectif considérable des troupes.

Du reste, notre cavalerie, nos avant- gardes, les corps mobilisés sur place et par suite concentrés de suite disputeront le terrain pied à pied à l'ennemi ; ils y trouveront des appuis assez sérieux : d'abord les rives escarpées de la Moselle, les bois et les hauteurs plus en arrière, les collines de la rive gauche de la Meuse avec le fort d'arrêt qu'on construit sur la côte de Bourlemont, à l'ouest de Neufchâteau, pour maîtriser ce noeud de chemins de fer; puis, plus au sud, la grande place de Langres.

Dans les premières études relatives à la défense du territoire qui furent faites après 1870, on se proposa de conserver au début des hostilités tout le pays qui nous appartient encore à l'est de la Moselle ; on voulait ainsi localiser la guerre à la frontière et se ménager un débouché à l'est de la ligne de la Moselle. Dans ce but, il fallait se rendre maître d'une façon absolue du pays compris entre Nancy et le Donon, où les obstacles naturels ne sont pas bien .sérieux et ne couvrent d'un coup de main de l'ennemi, ni la voie ferrée de Lunéville à Saint-Dié, ni la voie beaucoup plus importante de Blainville à Epinal. Ces obstacles naturels sont : l*»les hauteurs assez accentuées et pauvres en communications qui limitent au sud la vallée delaSeilîe; 2® le canal de la Marne au Rhin qui suit la vallée du Sanon ; 3® la forêt de Paroy au nord de Lunéville ; 4° la vallée marécageuse de la Yezouse qui forme le prolongement vers l'est de la basse Meurthe.

Pour remédier à l'insuffisance de ces obstacles et pour appuyer la défense de cette zone par les partisans, on étudia l'emplacement d'un fort d'arrêt à Manonvilliers, à l'est de Lunéville, entre les forêts de Paroy et de Mondon; ce projet parut abandonné pendant plusieurs années, mais on l'a repris

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