CHAPITRE V. — DÉPENSE DE LA PRONTIÈRE D'ALLEMAGNE
place, on a renforcé les lignes nalurelles du terrain par des ouvrages à profil de fortification passagère. Les ennplacements de toutes ces batteries intermédiaires entre les forts ont été décidés sur place par le général commandant la brigade destinée à former la partie active de la garnison; ses troupes sont continuellement exercées aux opérations et aux travaux qu'elles devraient exécuter en temps de guerre, ce sont elles qui ont, en grande partie, construit les ouvrages de campagne qu'il nous reste à énumérer.
Vers le nord, la ligne de défense est à la lisière do la forêt d'Arsot; le fort de Roppe lui sert de réduit.
A l'est, le pli de terrain qui sépare la Savoureuse du ruisseau de Saint- Nicolas est couvert par une vaste forêt appelée les Grands-Bois; les quatre roules et les deux voies ferrées qui traversent la ligne de faite et la forêt, <m[ battues à leur débouché par les batteries suivantes : 1® celle de Péroust ;cote462) en avant de la Justice, elle enfile la route de BAle; 2<» celle du Haut-Taillis en avant des Hautes-Perches, elle enfile la ligne de Mulhouse; ;3* celle rfe Chevremont qui remplit le même objet; 4* celle de Vézelois qui bat les deux routes venant d'Eschènc ; 5° celle de Mérovx qui enfile le nouveau chemin de fer de Délie et la route qui vient de Bourogne ; 6® celle de Sèvenans qui, avec celle de Bermont située sur Tautre rive, maîtrise la vallée de la Savoureuse. Ces dernières batteries forment une ligne de défense avancée en avant du Bosmont.
Sur la rive droite de la Savoureuse, les batteries ne sont pas moins nombreuses : l^ celle de Botans, au sud du cours marécageux de la Bouce, tire sur Sévenans et Méroux ; 2® et 3<> celles de Dorans et de Bermont enfilent vers le sud la vallée de la Savoureuse ; 4® celle du Châtelet en avant du fort de Bellevue bat la vallée de la Bouce et les chemins qui partent de Bavilliers vers les positions plus avancées ; 5® celle du Piton ou de Brevilliers maîtrise la route et le chemin de fer d'Héricourt; 6° et 7° celles de la Charme et dt la Côte relient le Mont-Vaudois au Salbert et battent la dépression de Bue à Chalonvillars.
Tel est Tensemble des défenses de Belfort, elles assurent des débouchés faciles en avant de la ligne de défense du Ballon à la frontière suisse.
Offensive sur la flpontière d'Alleinafçne. — Après avoir énuméré les places fortes que possède TAllemagne. et les défenses de première ligne qui viennent d'être organisées sur la frontière, si nous recherchons les points qui se prêtent le mieux à Toffensive de notre part, nous en trouvons fort peu et nous rencontrons partout de grandes difficultés.
Le plan qui consisterait à partir de Belfort, à envahir le duché de Bade •^ù TAllemagne n'a pas de place forte, à s'établir fortement à Fribourg, à passer les défilés de la Forêt-Noire et à renouveler la campagne d'Iéna en
traversant le Franken-Wald ou le Tliuringer-Wald, peut paraître séduisant au premier abord, mais on ne dispose que d'une base beaucoup trop étroite dont on serait bientôt coupé. Pour tenter une pareille opération, il faudrait être maître de la Suisse et pouvoir se baser sur le Rhin de Bâle à Constance. Les opérations partant de Belfort ne peuvent guère dépasser TAlsace et le duché de Bade, c'est-à-dire la plaine du Rhin, avant qu'on ne se soit emparé de Strasbourg.
Marcher sur un large front, en traversant de l'ouest à Test la partie des Vosges qui nous sert de frontière, n'offre également aucune chance de succès. Tout d'abord on s'exposerait à être pris en flanc par les troupes allemandes occupant le plateau de la Lorraine ; puis, en admettant même que nos colonnes aient pu franchir les montagnes, elles seraient écrasées séparément avant d'avoir pu se réunir. De ce côté, il n'y a que les routes de la vallée de la Briiche qui aient de l'importance au point de vue des grandes opérations; elles débouchent sur Strasbourg et on ne peut s'y engager que si on est absolument maître de la Lorraine.
Il ne reste donc à examiner que la contrée qui s'étend depuis Sedan jusqu'à Lunéville. Nous avons déjà étudié ce pays, nous avons vu qu'il est sillonné par de nombreuses routes et qu'un grand nombre de chemins de fer y aboutissent ; c'est donc sur cette zone de terrain que s'avanceront nos armées après s'être concentrées un peu en arrière si, par suite d'alliances ou de toute autre circonstance, nous sommes prêts à prendre l'offensive. On sera en face des armées allemandes qui se rassembleront ou qui, rassemblées, marcheront elles-mêmes à notre rencontre. La gauche de nos armées sera couverte par la Meuse, Verdun et les Côtes de Meuse; le centre sera protégé par les positions de Commercy, de Toul et de la forêt de Haye; la droite, plus exposée, ne sera couverte que par des obstacles d'assez peu de valeur, mais faciles à surveiller dès la déclaration de guerre au moyen des quatre régiments de cavalerie légère de Lunéville ; cette droite trouvera du reste un appui dans le fort de Manonvilliers.
Nos corps d'armée fornieront plusieurs armées qui s'avanceront à la fois sur la Moselle au nord et au sud de Metz, les communications seront assurées par les positions fortifiées de Toul, de Verdun et des Côtes de Meuse, la gauche sera appuyée à un pays neutre. L'armée principale débouchant de la position de Nancy se portera sur le plateau de la Lorraine en faisant bloquer Metz et surveiller les défilés des Vosges. Le premier objectif sera de s'assurer de suite par une grande victoire la possession de la Lorraine, de manière à isoler Metz et à faciliter le siège de Strasbourg, pendant qu'on se portera sur la Sarre et dans le Palatinat.
En cas d'insuccès, si l'armée française, contrainte à la retraite, est forcée d^abandonner la frontière, elle peut suivre deux directions distinctes : l'une