‹ -Texte. Géographie militaire (volume 2)Chapitre 146 sur 256 · CHAPITRE V. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE D'ALLEMAGNE. 2n · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE D'ALLEMAGNE. 2n

vers Touest sur Paris; raulrc vers le sud, la droite appnyoe aux Vosges, sur le plateau de Langres et le bassin de la Saône. Il n'y a rien d'absolu dans le choix à faire entre les retraites directes et les retraites latérales; c'est là un de ces grands problèmes de stratégie dont la solution dépend des circonstances. Aujourd'hui il faut tenir compte de l'immense développement des fortifications de Paris et de toutes les régions fortifiées qu'on crée sur d'autres points ; ces nouveaux engins de guerre pourront bien amener des modifications profondes dans les combinaisons de la stratégie. Comme nous allons le voir, il existe des positions de halte pour nos armées battues dans louleslesdirections,cequidonneraànosgénérauxune grande liberté d'action. La retraite directe sur Paris s'impose en cas de retraite générale, après une grande défaite ; mais si nos places sont munies de garnisons suffisantes, si nous avons sur la falaise tertiaire une armée de réserve encore intacte, il peut Y avoir avantage è opérer une retraite latérale dans le but de menacer ou d'envelopper l'aile gauche de l'ennemi, ou bien dans le but de l'attirer vers le sud dans une direction excentrique à ses lignes d'invasion. Grâce à la grande place d'Epinal et aux forts d'arrêt de la Haute-Moselle, cette retraite se ferait dans de bonnes conditions, et les armées allemandes ne sauraient marcher assez vite pour empêcher l'armée battue de se réunir et de se réorganiser dans une des positions de halte de l'est : Langres, le massif du Morvan ou le plateau Séquanais. Il faut observer que, l'armée défensive s'étant retirée momentanément dans un de ces refuges, les autres lui sont à peu près inutiles; si on cherche à les occuper tous, il devient fort difficile de combiner des opérations simultanées contre l'ennemi qui occupe une position intérieure et qui, une fois instruit des projets de la défense, peut se mouvoir par des lignes plus courtes et s'assurer le succès. Pourtant avec les masses d'hommes dont on dispose aujourd'hui, masses qui formeront forcément plusieurs armées opérant dans un but commun, on peut être obligé d'occuper à la fois plusieurs de ces positions de halte pour en partir bientôt et reprendre la campagne; les lignes intérieures dont dispose l'ennemi entre nos positions lui deviendront alors désavantageuses par suite de l'efTectif des armées et l'exposeront à être enveloppé.

Positions de seconde li^ne. — Il nous reste, pour terminer l'étude de cette frontière, à voir comment ont été organisées les secondes positions de défense, c'est-à-dire les positions de halte sur les lignes principales d'invasion ou sur leur flanc sud; nous nous occuperons ensuite de l'objectif principal qui est Paris.

Lang^res*. — La position de Langres est intermédiaire entre les deux l. Consulter les cartes 43 et 44.

tliéâtres d'opérations du bassin de la Seine et du bassin do la Saône et so trouve sur la voie de communication la plus directe de Bàle à Paris; elle participe à la fois du rôle des positions de première et de Sfeconde ligne, car d'une part elle se trouve opposée à la trouée que suivraient les armées d'invasion entre Toul et Epinal, et de l'autre elle aurait à soutenir la retraite de nos troupes après une défaite, les premiers engagements devant avoir lieu probablement en avant de cette place. Par suite du grand développement de ses fortifications qu'il serait facile d'étendre jusqu'à Ghaumont, elle forcerait l'armée ennemie à de grands détours et lui ferait certainement perdre le contact avec l'armée battue qui pourrait se réorganiser sous sa protection.

La ville de Langres est située sur un petit plateau qui se termine au nord, à l'est et à l'ouest par des escarpements extrêmement raides, et qui domine les vallées de la Marne et de la Bonnelle ; ce n'est qu'au sud que se trouve un isthme reliant la ville aux plateaux qui dominent la Saône. Cette langue de terre est barrée par la citadelle construite sous le règne de Louis-Philippe. La place avait déjà été renforcée avant la guerre de 1870 par la construction de deux forts, ceux de Peigney et do la Bowielle établis sur le type des forts de Metz; ils n'étaient pas encore achevés au début des hostilités, néanmoins ils furent mis en état de défense. Pendant la guerre même, on construisit plusieurs redoutes, en sorte qu'à l'approche des armées ennemies la place était protégée par les ouvrages suivants : au nord le retranchement de Champigny aujourd'hui rasé et la batterie du chemin de fer; à l'est, le fort de Peigney y la batterie des Franchises et la redoute de Corlèe aujourd'hui abandonnée ; au sud de la citadelle, le fort de la Mamotte, construit en semi-permanente ; à l'ouest, le fort de la Bonnelle, la lunette et le fort de Buzon, V ouvrage de Brévoine; ces trois derniers ne sont encore que des ouvrages de fortification passagère ; la lunette de Buzon a même été déclassée. Avec ces défenses rapprochées, Langres pouvait être tournée à faible distance; elle le fut en effet en 1870.

Depuis, on a cru devoir transformer Langres en une place capable de servir d'appui à une armée entière qui pourra trouver des ravitaillements de tous genres dans ses magasins. Cette position, limitée par les escarpements est et sud du plateau de Langres, comprend les vallées de la Bonnelle, de la Marne, de la rivière de Neuilly et de la Charmoille, où se trouvent de très beaux cantonnements. Les forts qui l'entourent ont été construits a de grandes distances pour favoriser les débouchés de l'armée. Au sud -est, le fort du Cognelot (30 pièces) maîtrise le nœud de chemins de fer de Chalindrey; au nord-est, à 16 kilomètres de la place, celui de Dampierre (45 pièces), véritable petite place, bat la route de Neufchâteau, la vallée de Nogent et les plateaux qui commandent l'intérieur de la position. Entre ces deux forts, on construit pour les relier et pour fermer la position à l'est les forts de Montlandon et de Ptesnoy; chacun de ces ouvrages comporte

Page 1