GHAPITKE VIII. — LA SAVOIE
hauteur de la Grande-Croix pour battre le plateau et maîtriser la route ; ces ouvrages se composent du fort de Varizelle ou de Câte-Bosée à l'ouest, d*une grande batterie appelée ouvrage de Grande-Croix^ et enfin dn fort de la Ronche^ au-dessus de Thospice, qui enfile le sentier du Petit-Mont-Cenis; à Test de la route, ils sont reliés par un chemin carrossable ; ils peuvent être tournés par le sentier du col de Clapier ^ qui conduit de Bramans à Suse. Le sentier du Petit-Mont-Cenis, qui part également de Bramans, rejoint la grande route sur le plateau auprès du lac.
La défense tactique de la Maurienne est très facile, comme nous Tavons vu, par suite des étranglements et des escarpements que forment les versants des montagnes de chaque côté. Aussi le général Ledoyen, attaqué en 1793 par des forces supérieures, put-il s'y maintenir quatorze jours en défendant successivement tous les obstacles, ce qui donna le temps à Kellermann, qui assiégeait Lyon révolté, d'accourir et de refouler l'armée sarde au delà des Alpes.
La route du Mont-Cenis est défendue par les forts de rEsseillon \ construits après 1815 avec l'argent de la contribution de guerre imposée à la France. Ces forts sont situés sur la rive droite de l'Arc, un peu en amont de Modane, sur un plateau de 1,500 mètres de longueur et de 1,000 mètres de largeur qui barre complètement la vallée ; il ne laisse qu'un étroit passage à la route, qui est suspendue en coroiche sur l'autre rive, et il est limité à l'ouest, au sud et à l'est par des escarpements rocheux. Ces forts, au nombre de quatre sur le plateau, sont liés par des murailles crénelées, un cinquième se trouve sur l'autre rive de l'Arc; ils sont tout à fait inabordables du côté de la France, contre laquelle leurs feux étaient dirigés. Ils nous ont été cédés en 1860, à la condition d'être démantelés, ou du moins de ne pas recevoir de canons, mais on se contenta de faire sauter quelques murailles sans grande valeur. Il y a 5 forts : 1® Marie-Thérèse, qui ferme la route, sur la rive gauche de l'Arc, c^est une simple redoute casematée; 2^ YieUyr-Emmanuel, le plus important de tous, il a de nombreux abris et est encore capable d'une bonne défense; il bat bien la route, mais son action est plus forte vers le bas que vers le haut de la vallée; 3® Charles-Félix, qu'on a détruit en partie et qui était situé au-dessus du précédent, sur la barre rocheuse qui coupe la vallée ; 4^ Marie*Christine, au sommet de la même barre et en ligne droite avec les précédents; il voit l'entrée du tunnel de Fréjus; 5® Charles-Albert, situé'plus en amont au bord de la ravine orientale qui limite le plateau, et simplement ébauché; c'est le seul qui aurait des vues de quelque importance vers le haut de la vallée et sur le village d'Aussois.
Au débouché de la Maurienne et à l'extrémité de la haute chaîne qui la