‹ -Texte. Géographie militaire (volume 2)Chapitre 196 sur 256 · CHAPITRE VIII. — LA SAVOIE. âOd · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — LA SAVOIE. âOd

Chamanix (cote 1050) et Entrèves (1285), serait plus court que celui du pic de Fréjus; mais il serait très difficile à percer; on aurait à vaincre la dureté du granit et en outre la difficulté du tracé, car on ne pourrait avoir sur la masse de glace toujours variable des repères sulTisamment fixes pour permettre d'aligner la galerie et d'assurer sa direction rectiligne.

Les tunnels des Alpes orientales au Brenner et au Semmering n*ont que quelques centaines de mètres, mais les chemins de fer gravissent comme dans le Jura des pentes très raides qui augmentent beaucoup les frais d'exploitation.

MASSIFS SECONDAIRES. — Les principaux massifs secondaires qui sé- ()arent les vallées de la région moyenne de la Savoie sont ceux des Dranses, des Bornes, des Bauges et de la Grande- Chartreme,

Les Dransea. — Les Dranses forment un massif triangulaire qui recouvrent la plus grande partie du Chablais, depuis la Gi/fre affluent de TArve jusqu'au lac de Genève, et qui est découpé par les trois ruisseaux de la Dranse d'Abondance, de la Dranse du Biot et de la Dranse de Bellevaux; ils se réunissent auprès de la Forclaz pour former la rivière de Dranse, affluent du lac Léman. Les plus hauts sommets sont : la pointe de Grange (2,438°^) vers la source de la Dranse d'Abondance, le Roc d'Enfer (2,240*") et la pointe de Chaltme (2,119™) aux deux autres sources de la Dranse. Le mont d'Hermone forme une longue crête qui se termine entre Thonon et le confluent des trois Dranses; en occupant cet éperon, on maîtriserait toutes les communications de la contrée.

Les Voirons sont un massif isolé entre Boêge et Genève ; ils atteignent i,486 mètres au point culminant, leurs pentes sont douces et partant d'un ac^ès facile, le versant ouest est couvert de pâturages, le versant est a seul conservé ses beaux bois de sapins.

Le massif des Dranses est traversé dans toute son épaisseur, du nord au sud, par la route stratégique de Thonon à Grenoble qui part du littoral du lac, passe au Biot et à Taninges, débouche sur l'Arve à Cluses, remonte le défilé de l'Arve jusqu'à Sallanches, puis suit ensuite la ligne de TArly et de risère par Mégève, Ugines, Albertville, Montmélian et Grenoble; elle est encore inachevée sur 3 kilomètres vers Flumet. D'autres chemins plus à l'ouest ont la même direction; ils font communiquer Thonon avec la vallée de l'Arve au-dessous de Bonneville et se prolongent vers Annecy et vers le Rhône, à travers les Bornes ou en suivant le pied du Salève,

Les hautes vallées des Dranses et le val de Sixt communiquent avec le Valais par de nombreux sentiers dont les plus importants, celui du col de Morgin entre autres, débouchent par le val d'Illies à Monthey en arrière de

Saint-Maurice. Ces cols constituent des positions très fortes. Les communications des vallées des Dranses avec le lac de Genève ne se font que par d'étroits défilés ou par des cols qui seraient aussi faciles à défendre. La rive du lac est longée par une route qui forme le prolongement vers Genève de celle du Simplon, elle traverse en Savoie le défilé de Heillerie formé par des rochers qui plongent à pic dans le lac ; ce défilé qui fut défendu en 1815 par le général Dessaix, peut être tourné par la route qui réunit Locon à Évian en passant par ThoUon ; il faudrait donc aussi occuper cette dernière et surveiller les sentiers qui passent au nord de la Denl cTOche.

lies Bornes. — Le massif des Bornes recouvre la plus grande partie du Faucigny; il est découpé par la Borne f petite rivière qui se jette dans TArve à Bonneville, par le Fier et par le Nom, affluent du Fier qui descend du col des Aravis. Les crêtes calcaires qui le forment ont toutes la direction du nord-est au sud-ouest ; la chaîne la plus élevée est celle des AraYis (2,752", qui s'étend du Mont-Charvin (2,414") à la Pointe Percée (2,752™) et à la PoinU (TAren (2,468™); elle est traversée en son centre, au col des AraYis, par un chemin qui fait communiquer Saint- Jean-de-Sixt et Plumet sur l'Arly et qu'on devait rendre carrossable, mais le génie s'oppose à son achèvement dans rintérêt de la défense.

Au nord de Faverges et à Touest de la dépression du Serraval s'élève le massif de la Tournette (2,357"») ; au nord de la dépression de Thones à Saint-Jean-de-Sixt s'élèvent les crêtes rocheuses de Lâchai (2,028") de la pointe de la Balme (1,918"), de la poinU de Thones (2,058") et dix pic de Tallouvre (2,438") ; la Borne les franchit dans d'étroites cluses. Le massif se termine au nord vers Bonneville, Thorens et Annecy par la pointe d'Andey (1,879"), la montagne de Sous^-Dine (2,003"), le massif de Parmelan (1,835») et la montagne du Veyrier (1,300").

Le massif des Bornes considéré dans son ensemble forme un excellent appui pour l'aile droite d'une armée qui voudrait barrer la vallée du Rhône à une invasion venant de la Suisse, et inversement, si la Suisse veut faire respecter la neutralité du Faucigny et du Ghablais, il peut servir d'appui aux diverses lignes de défense que cette puissance défendrait contre nous ; le» meilleures seraient celle du Fier et celle de l'Arve.

Les routes qui donnent accès dans le massif des Bornes sont en nombre restreint et franchissent toutes des défilés de défense facile ; elles convergent dans le Val de Thones qui est au centre du massif; ce sont :

1** La route de Bonneville à Saint-Jean-de-Sixt;

2« La route d'Annecy à Saint-Jean-de-Sixt par Thones ;

8* La route de Faverges à Thones par le col de Serraval ;

4<* Le sentier de Flumet à Saint-Jean-de-Sixt par le col des Aravis-

GHA)»ITRE VIII. — La SAVOIE. 305

()e (Jeriiior passage permet à une colonne italienne ayant franchi leMont- Cenis ou le Saint-Bernard et ayant remonté TArly de pénétrer jusqu'au centre du massif; dans Tétat actuel du chemin, on ne pourrait y faire passer que des fantassins un à un et des mulets.

u — Le massif des Bauges forme une forteresse naturelle, située entre les profondes dépressions du lac d'Annecy, du lac du Bourget ol de la vallée de l'Isère, contre laquelle viennent se heurter les deux grandes voies de communication des Alpes par le Petit Saint-Bernard et le Monl- Cenis. Malheureusement cotte position ne convient qu'à de petits corps; une armée nombreuse ne pourrait y subsister et n'en pourrait déboucher à cause du petit nombre de chemins.

Les Bauges forment un plateau argilo-calcaire d'un millier de mètres d'aïlilude environ et de 20 kilomètres de longueur sur 12 de largeur; il est traversé du sud-est au nord-ouest par le Chéran^ il est entouré d'une enceinte de rochers escarpés et est divisé par une suite de crêtes dirigées à peu près du nord au sud. Ces crêtes ont de 1,500 à 2,100 mètres d'altitude; la Roche du Guet (1,210™) domine Montmclian; le plateau se termine brusquement au-dessus de Chambéry et d'Aix-les-Bains par la dent de Nivolet (1,558") et le mont de la Cluse (1,568'") ; au nord vers Annecy s'étend la longue crête boisée du Semenoz (1,704'"), d'où on jouit d'une vue superbe, ce qui l'a fait Rirnommer le Rigi de la Savoie.

Le massif des Bauges est contourné par de bonnes routes : au nord-est, parla route d'Albertville, Ugiîies, Favergcs, Annecy, qui est le prolongement naturel de la voie de la Tarentaise; à l'ouest par la route et le chemin de fer de Montmèlian, Chambéi*y, Aix-les-Bains, qui prolongent les voies de la Maurienne; au nord-ouest par la route et le chemin de fer d'il /x à Annecy; au sud par la route qui suit l'Arly et l'Isère d'Utjines à Alontmelian, route qui est doublée d'un chemin de fer depuis Albertville ; cette dernière ville sera bientôt réunie à Ugines et à Annecy par une voie ferrée qui complétera la ceinture de rails autour des Bauges.

Les chemins qui pénètrent djins le massif des Bauges viennent tous converger dans la vallée du Chéran vers Lcscherainrs, village situé un peu audessous du Chatelardy la capitale du pays, ce sont :

1^ La route d'Annecy au Chatelard par l'étroit défilé que franchit le Chéran au sortir du massif;

2^ La route d'Aix au Chatelard par Grésy, le défilé des Combes et la même Cluse du Chéran ;

3' La route do Chambéry à Lescheraines par le col de Planpalais (1,180'"] ;

4« La route de Chambéry à Lescheraines par le col des Prés M,t iâ"*) et la cnmbe d'Aillon ;

G''Ofjrnph{c, — 1'^ j>ailit*. 20

50 La route de Saint-Pierre d'Albigny au Chatelard par le t)ol dn Frêne (056«).

&* La route de Lescheraines à Annecy par le col de Leschanx (923°^) ;

7^ La route d'Albertville à Faverges par le col de Tamié (908"») qui ne faii que traverser rextréraité du massif.

Il existe aussi un grand nombre de sentiers que pourraient suivre les faotaô&ins pour pénétrer dans les Bauges, les deux plus importants sont : 1* celui qui part de Montmeillan et pénètre dans la combe d'Aillon par la Thuile et \v col de Lindar (1,192™); 2* celui d'Albertville au Chatelard par le col du WauN dtt-faar(l,506°>).

Dans toutes les guerres dont la Savoie a été le théâtre, ce massif des Bauges a toujours été le premier objectif d*une armée austro-sarde après la prise de Gonflans et du défilé d'AiguebelIe. L'occupation de celte position avait pour but de faire lever le siège de Montmélian, en menaçant les communications de l'armée française, et de s'assurer la route de Seyssel par Annecy en couvrant la gauche de cette ligne d'opérations. Elle avait aussi l'avantage d'assurer la retraite de l'armée par Gonflans de quelque côté que vînt l'attaque.

Inversement, au cas où les Italiens auraient pénétré en France, l'occupation de ce massif par la France serait aujourd'hui le plus sûr moyen de faire lever le siège de Grenoble et de forcer l'ennemi à évacuer toute la Savoie, en menaçant ses lignes de retraite. 11 est vrai qu'on arriverait au même résultat plus sûrement en faisant un retour offensif en Maurienne par le Galibier ou bien par la combe d'Olle et les cols du Glaudon ou de la Croix de Fer.

Montiuiéllaii. — Au pied des pentes des Bauges sur l'Isère et au débouché du bassin de Ghambéry, se trouvait, sur une butte isolée, l'antique forteresse de Montmélian, jadis considérée comme une des plus fortes de l'Europe. Elle barrait la vallée de l'Isère et commandait les routes venant du Grésivaudan et de Ghambéry.

Ge fort, dont on voit à peine les ruines aujourd'hui, subit plusieurs sièges mémorables. En 1600, Lesdiguières et Sully l'assiégèrent en présence de Henri IV avec une artillerie formidable pour l'époque et s'en emparèrent au bout de deux mois ainsi que de toutes les autres places de la Savoie. Le château de Gharbonnière en Maurienne, Gonflans, Miolans, les forts de Briaoçon et de Saint-Jacomont en Tarentaise ouvrirent leurs portes aux Français; le fort de Sainte-Gatherine que le duc de Savoie possédait aux portes de Genève, fut détruit de fond en comble; la ville de Bourg fut prise, mais le château résista à Biron qui trahissait déjà sa patrie et son roi ; c*est à la suite de ces succès et des savantes opérations de Lesdiguières que le dur

Page 1