CHAPITRE IX. - VALLÉE DE LA DURANGE. ETC. :m
Campas^ne de 1709. — C*est en 1709 que les coalisés imaginèrent (le pénétrer en France à la fois par l'Alsace et par les Alpes pour se réunir en Franche-Comté vers Hesanoon ; ce plan est remarquable parce que c'est le premier exemple de ces grandes marches d'armées qui, parties de points rlilTérents, se donnent rendez- vous en pays ennemis pour coopéi'er à un but commun.
Les Ausiro- Sardes, comuumdés par le comte do Thaun, franchirent au iin)is de juillet le Mont-Cenis, dont ils avaient réi)aré la route; un autre corps sarde vint camper à Oulx pour menacer Brian(,*on.
Le comte de Thaun, ne pouvant descendre la vallée de la Maurienne sans s'exposer à être arrêté d'abord au poste de la Sourdiôre, entre Saint-Michel et Saint-André, puis à être pris en flanc par les troupes campées à Valloire, îîe décida à |)Osser en Tarentaise par le col de la Vanoise en même temps qu'une petite colonne franchissait le Petit Saint-Bernard.
Les troupes franraises (|ui occupaient la Tarentaise avaient ordre de se replier devant l'ennemi, de défendre la ligne de l'Arly et, si elles y étaient forcées, de se retirer au camp de Fréterive, où on avait un pont sur l'Isère, «n|)rès avoir jeté ([uelques bataillons et quelques escadrons vers Faverges par le col de Tamié. Ces troupes se laissèrent battre à la Roche-Gevins, avant d'avoir mis TArly entre elles et l'ennemi, et furent refoulées sur Fréterive sans occuper le col de Tamié.
Le maréchal qui, craignant quelque brusque retour sur Briançon par le col de la Roue et le pas de rKchelle, était resté jusque-là immobile au Laularet, accourut en toute hâte à MontméUan et jeta 1,600 hommes dans les Bauges.
Les ennemis s'avancèrent jusipi'à Faverges et Annecy, leur cavalerie occupa même tout le pays jusqu'au Rhône; mais ils ne purent nous déloger des Bauges et ils n'osaient trop s'affaiblir à Conflans de crainte de se voir privés de leur seule ligne de retraite. La nouvelle de la défaite du comte de Mercy dans la Haute-Alsace les força à se retirer en Piémont en passant partie par le Petit Saint-Bernard, partie par le Mont-Cenis. Le mauvais temps enleva toute crainte d'être attaqué de nouveau et les troupes furent envoyées en quartier d'hiver.
Campafl^e de 1710. — L'année suivante, la vallée de la Durance fut choisie comme route d'invasion, de manière à se porter sur Gap et à faforiser la révolte des malintentionnés et des nouveaux convertis du Dauphiné qui devaient se réunir à Die. Cette opération devait se combiner avec une descente de la flotte anglo-hollandaise à Cette. Les ennemis, qui comptaient que la révolte se communiquerait par la vallée de la Drôme dans tout leVivarais et les Cévennes, espéraient ainsi couper toute coramunica-
tion entre le Dauphiné et la Provence et se rendre maîtres de tout le midi.
Pour s'opposer à ces projets, Berwick envoya quelques troupes dans le Diois qui empochèrent les mécontents de remuer ; Tarmée du Roussillon se porta en toute hâte dans le Languedoc et força Tennemi à se rembarquer; enfin Berwick occupa fortement le col de Vars et la position de Tournoux, ce qui contraignit bientôt le comte deThaun, qui avait franchi le col del'Argentière, à retourner sur ses pas sans oser s'aventurer dans la vallée de Barcelonnette.
A la fin d'août de cette même année, un fort détachement ennemi se porta de la Stura dans la vallée d'Oulx pour renforcer le général Bender; cette troupe traversa le val Morin, le col Longet, la vallée de Château-Dauphin, entra dans le Queyras par le col Agnel et en sortit par le col de la Mayt pour gagner Oulx. On voit par là combien ces communications étaient faciles.
Campagne de 171 1. — A la fin de juin 1711, les coalisés firent de grands préparatifs à Coni, ce qui semblait dénoter des projets contre le comté de Nice ou contre la vallée de Barcelonnette. Le maréchal s'établit avec 24 bataillons à Guillestre et disposa ses troupes sur la ligne qu'il avait déjà occupée les années précédentes de manière à pouvoir arriver en cinq jours sur le Var avec des forces suffisantes.
Au commencement de juillet toute l'armée ennemie se porta vers Suse, le duc de Savoie vint en prendre le commandement et passa le Mont-Cenis en même temps qu'une petite colonne descendait par le Petit Saint-Bernard. Les opérations de l'assaillant et les dispositions du défenseur dans cette campagne furent la reproduction exacte de ce qui s'était passé en 1709.
Pendant que le maréchal de Ber\vick se portait en toute hâte à Monlmélian et faisait occuper les Bauges, le duc Victor-Amédée, ne croyant pas pouvoir pénétrer par la Maurienne, franchissait le col de la Vanoise, continuait sa marche sur Moutiers, passait l'Arly et rejetait notre cavalerie en désordre sur Montméiian. L'ennemi s'étant môme emparé du massif des Bauges et occupant par suite les hauteurs qui dominaient le camp français, le maréchal dut abandonner Montméiian et évacuer Ghambéry; il alla prendre position au camp de Barraux qu'il fit fortifier, conservant par le pont qu'il avait sur l'Isère à Pontcharra sa communication avec la Maurienne ; il fit occuper fortement les Échelles pour barrer à l'ennemi la route de Lyon et envoya un fort détachement à Entremont pour empêcher les partisans de se glisser du côté de Grenoble. Il pourvoyait en même temps à la défense du Rhône au moyen de la cavalerie et de la milice du pays, de plus les bourgeois montaient de fortes gardes aux ponts de Lyon oti l'alarme était grande.