CHAPITRE IX. -• VALLÉE DE LA BURANGE, ETC
Toutes ces sages mesures en imposèrent à Tennemi, car le 8 septembre Viefor-Amédée reprit le chemin du Piémont par le col de la Vanoise et le Mont-Cenis.
Le maréchal résolut alors de tenter un coup de main sur Exilles, espérant y devancer le gros des forces ennemies et, une fois placé, pouvoir en faire le siège sans crainte que la place pût être secourue. Une colonne commandée par les généraux d'Asfeld et Dillon devait passer le col du Mont- Genèvre, pénétrer dans la vallée de Pragelas, puis, franchissant Tarête montagneuse qui la sépare d'Exilles, se montrer au-dessus du camp de Saint- Colomban occupé par les Sardes; une autre colonne, sous les ordres du marquis de Broglie, devait passer par le col Clapier, au sud du petit Mont- Cenis, et se trouver le même jour que la première sur les hauteurs qui dominent le camp au nord. Ce mouvement si bien combiné échoua faute de simultanéité dans les mouvements des deux colonnes : le marquis de Broglie, trop impatient, attaqua un jour plus tôt qu'on n'était convenu et fut repoussé.
Réflexions sur ces eampai^nes. — Comme on le voit d'après le récit que nous venons de faire, ces campagnes ont la régularité d'une manœuvre dont le programme est arrêté d'avance ; elles ont le mérite de faire ressortir les avantages tactiques des positions de la Savoie et des Alpes. Le duc regarde ses opérations comme limitées au Rhône ; il ne se décide ni à le franchir après avoir fortifié Conflans pour couvrir sa ligne de retraite, ni à attaquer le camp de Barraux pour pénétrer sur Grenoble ou sur Lyon. Les hostilités ne durent que deux mois chaque année, en juillet et août; l'automne sépare les combattants; tout se borne souvent d'un côté comme de l'autre à s'assurer de quelques otages pour en tirer de fortes rançons. A la fin de 1711 et en 1712, nous ne fîmes qu'une suite de courses en Piémont sans autre objet que d'y lever des contributiohs.
La ligne du maréchal de Berw^ick était un peu longue et faible partout; l'ennemi ne lui était pas supérieur en nombre et n'avait pas d'artillerie, ce qui eut pu lui inspirer des manœuvres plus hardies. Les marches, les mouvements de troupes, montrent que les communications étaient meilleures alors qu'elles ne le sont aujourd'hui; l'usage plus répandu des voitures, la dépopulation des hauteurs en sont la cause ; il n'y a plus d'équipages de mulets comme autrefois et les chemins pratiqués par ces animaux se sont perdus. Le maréchal de Berwick avait réuni tous les points de sa ligne de défense par de bons chemins ; on vit alors de l'infanterie et de la cavalerie passer au col Agnel et aux cols du haut Guil, où les touristes seuls se risquent aujourd'hui. En somme, Berwick ne fît qu'une guerre de positions et ne se signala par aucun grand mouvement stratégique ; cette défensive doit plutôt être étudiée qu'imitée.
Campag^ne de 11193. — En 1793, Lyon déclaré rebelle était assiégé par Kellermann; nno armée sarde, voulant secourir cette ville, pénétra par le Monl-Cenis et le Petit Saint-Bernard. Les généraux français disputèrent pied à pied le terrain en Taréntaise et en Maurienne, ils purent même conserver le débouché de ces vallées jusqu'à l'arrivée des secours. Kellermaim accouru en toute hâte, reprit TofTensive, s'empara d'abord du col de la Madeleine qui était la communication la plus directe entre les deux colonius ennemies, juiis, cherchant à gagner leurs flancs en se maintenant sur les hauteurs, il les força à rétrograder et à repasser les Alpes.
Dans cette campagne, la défense se fit de front et les positions de flanr occupées par le maréchal de Berwick ne jouèrent tout d'abord aucun rôle Le peu de vigueur de rattacjue rendit toute autre manœuvre inutile, cl, quelque défectueuses que fussent les mesures prises par la défense, elles furent couronnées de succès. Quand il reprit l'olTensive, Kellermann revint aux navettes du maréchal de Berwick; il fit occuper Vnlloire et inquiéta sans cesse les flancs de l'ennemi.
Le général Jomini, en constatant les fîiules commises par les Sardes dan-» cette attaque, fait remarquer qu'en pays de montagne, celui qui iirend l'offensive ne doit pas séjourner dans les vallées étroites sans communication latérale, qu'il lui faut agir avec vigueur et se porter rapidement aux dél)OMchés des vallées. Dans le cas qui nous occupe, ces débouchés pour Ns troupes sardes étaient d'abord Conflans et Aiton, puis Montmélian.
Campai^ne de 1815. — En 1815, la défense dut se faire dans de tout autres conditions qu'un siècle auparavant : nous étions attaqués par dis forces beaucoup plus considérables qu'à cette époque et nos ressource"étaient bien disproportionnées en comparaison de celles dont disposait IVnnemi ; de plus l'ouverture de la roule du Simplon donnait à Tennemi une base d'opérations beaucoup phis large et reportait l'attaque plus au nord, eu faisant de (îenève son premier objectif après le passage des Alpes, puis le point de départ de ses mouvements sur Lyon.
Les alliés abordèrent la frontière de tous les cotés à la fois et il nous fallut tout couvrir. Cinquante mille hommes franchirent le Simplon; Iront»' miUe pénétrèrent en Savoie par le Mont-Genis et le Petit-Saint-Bemard, c< pays ayant dû être évacué par les garnisons sardes dès le début des hostilités; enfin une armée de r/serve de cinquante mille hommes qu'on rt»uni>sait en Lombardie devait plus tard se porter par le col de Tende sur le Var. Pour arrêter tous ces ennemis, le maréchal Suchet ne disposait que de deux faibles divisions, avec lesquelles il dut occuper une ligne de plus de trente lieues, des Rousses à Grenoble.
Le défilé de Saint-Maurice n'ayant pas été occupé, la colonne qui suivait