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CHAPITRE I«'. — GRANDES DIVISIONS DE LA GÉOGRAPHIE

pluies, la nature du sol et le relief d'une contrée, connaît par cela même les bassins des rivières; il voit, avec les pluies et les neiges, les torrents se former dans les montagnes; il les voit courir en minces filets dans les gerges, se réunir dans les vallées, devenir fleuves ou rivières, se grossir des sources qui à droite ou à gauche naissent à la limite des terrains perméables et imperméables, promener avec plus de lenteur leurs eaux dans la plaine, arrondir leurs méandres tortueux et envelopper de nombreuses îles, quand la pente devient presque insensible.

Au siècle dernier, les géographes militaires, de Maillebois, de Bourcet et plusieurs autres, parlaient à tout propos du pendant des eaux, expression nouvellement imaginée pour désigner le versant des montagnes sur lequel s'écoulent les eaux et à laquelle on attribua une importance exagérée. Depuis lors on a basé l'étude de la géographie uniquement sur celle des grands bassins hydrographiques, ce qui peut servir à introduire un certain ordre dans les idées, mais ce qui présente de nombreux inconvénients. Celte méthode peut donner des idées fausses, puisqu'il arrive souvent, comme nous l'avons dit, que les bassins fluviaux ne sont limités par aucun accident de terrain ; de plus, la description successive des divers bassins du nord au sud ne peut pas donner une idée exacte des divers pays, elle ne présente en somme qu'une série d'études isolées qui ne sont liées par aucune idée générale. Au point de vue militaire, l'inconvénient est bien pire et on ne conçoit guère comment ces sèches descriptions peuvent éclairer et faire embrasser les grands échiquiers stratégiques. Quel caractère en effet peuvent donnera la contrée qu'elles traversent ces gouttières errantes dont l'ensemble constitue les réseaux des bassins hydrographiques? Sur les divers points de leurs cours, les fleuves ne traversent-ils pas des pays bien différents? Prenons par exemple le Rhin : il prend sa source dans les glaces éternelles de la grande chaîne des Alpes; au sortir des montagnes il arrose le plateau suisse ; puis, après le coude que fait le fleuve à Bàle, il traverse du sud au nord la riche plaine de terrain moderne de l'Alsace; à Mayence, il change encore de direction et suit une profonde déchirure entre les masses de terrains de transition du Hunsriick, de l'Eifel et du Westerwald; puis à Bonn il entre dans la plaine de la basse Allemagne pour se perdre dans les terrains bas de la Hollande. La nature du sol, l'aspect du pays, la nature des cultures, les difficultés qu'aurait à surmonter une armée, sont donc très variables aux divers points des cours et, sous ce rapport, on peut dire que le Rhin traverse quatre pays distincts. Les différences sont encore plus grandes entre les diverses contrées arrosées par le Danube.

On doit pourtant dans les études géographiques s'occuper des eaux et des grands bassins, mais il ne faut pas prendre uniquement pour base l'hydrographie, il faut aussi tenir compte de l'orographie, de la géologie, de

la météorologie. Ce n'est que Tensemble de tous ces caractères qui peut donner une idée exacte et juste d'une contrée.

Cette étude du globe terrestre étant terminée au point de vue physique, on peut introduire l'homme qui habile cette terre, qui y vit, qui s'y meut depuis nombre de siècles. A côté des effets produits par les lois fixes qu'on vient d'énumérer, apparaît alors un nouvel ordre de phénomènes avec la réunion des hommes à l'état de société. On est donc conduit à s'occuper d'ethnographie, de géographie historique, politique et administrative, études dont F objet est essentiellement variable et soumis à de fréquentes transformations.

1® Ethnoippaphie* — L'ethnographie ou l'ethnologie est la science qui s'occupe de la distribution des races sur le globe et qui, par suite, tient à la géographie et à la statistique.

La connaissance des races aide à comprendre la raison des limites des divers Etats, la variation de ces limites, les luttes dont elles ont été si souvent la cause. La race celtique et la race t^utonique, deux branches issues d'une même souche, se sont, depuis 2,000 ans, maintes fois mêlées et heurtées entre la Marne et le Rhin, depuis l'invasion d'Arioviste dans la Gaule jusqu'aux guerres contemporaines, et ce mélange a tantôt porté sur la ligne même du Rhin, tantôt ramené sur la Meuse, tantôt promené entre ces deux limites extrêmes, selon les alternatives de revers et de succès, la frontière politique des deux peuples. A Test, la race teutonique se trouve de même avoir pénétré la race slave et avoir été pénétrée par elle sur tout l'espace compris entre la mer Baltique et l'Adriatique ; les mêmes causes ont donné naissance à des incertitudes politiques de même genre. La Bohême est une des contrées qui ont été le plus battues parle flux et le reflux des invasions germaniques et slaves, mais là les races ne se sont pas confondues, mélangées; et on retrouve encore aujourd'hui, dans la plaine, la population agricole qui est tchèque, et, dans les villes, dans les montagnes, la population industrielle qui est germanique; langage, habitudes, manière de vivre, tout diffère.

2® Géoipraphie histopiqae. — On ne connaît une nation qu'après avoir étudié la manière dont se sont formés, à travers les siècles, par suite des migrations, des guerres, des combinaisons politiques, la population et l'État. La géographie historique est à ce titre une des parties les plus essentielles

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de la géographie générale ; mais, pour qu'elle soit intelligible, il faut qu'elle soit précédée de Tétude approfondie de la géographie physique. Les révolutions de TAsie sont dépourvues de sens pour celui qui ignore Texistence du plateau central. La grande échancrure qui existe entre TOural et la Caspienne, les steppes de la Russie méridionale , font comprendre la marche des migrations. La connaissance du terrain, des centres habités, des places fortes et généralement de tout ce qui constitue un pays, peut seule donner avec clarté la clef des événements que l'histoire enregistre, et permettre d'en tirer un enseignement utile. Cette étude doit toiyours précéder celle des guerres, des campagnes, des batailles; elle est indispensable pour rendre intelligibles les mouvements stratégiques ou tactiques.

L'histoire et la géographie sont intimement liées et ne peuvent se passer l'une de l'autre; ce sont elles qui nous apprennent la vérité sur la nature et Porganisation de chaque pays, ainsi que les besoins et les aspirations de chaque peuple.

3® Géofppaphie politiqae« — La géographie politique complète la géographie historique en indiquant les limites des Etats et de leurs circonscriptions administratives, telles que les derniers traités, les derniers événements les ont faites ; elle n'est pas fixe, elle varie après chaque guerre, après chaque bouleversement. Elle signale également les grands travaux exécutés par les peuples, travaux de culture, de communication et d'utilité publique; elle étudie les grands centres de population : capitales, chefs-lieux de provinces, etc.

4"" Géofppaphle administrative. — A la géographie politique se rattache la géographie administrative qui étudie le gouvernement central de l'État, l'administration communale et départementale, la manière dont sont administrés et fonctionnent les grands services : justice, cultes, finances, instruction publique, guerre, marine, travaux publics, agriculture, industrie, commerce. Elle recherche également la raison des limites des diverses circonscriptions administratives, judiciaires, ecclésiastiques, et les relations plus ou moins fondées de ces divisions avec la topographie.

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