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CHAPITRE XI. — FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES

La vallée de la Têt franchit un peu plus bas, à VillefrancheS une véritable cluse entre la montagne de Belloc au nord et les montagnes de Saint- Jacques et d'En Bulla au sud; la ville, munie d'une enceinte, barre le fond (le la vallée; au sommet d'une hauteur, sur la rive gauche de la rivière, se trouve un fort taillé dans le roc, qui voit très bien la route; malheureusement ce château est dominé par la montagne d'En-BuUa où les Espagnols établirent leurs batteries en 1793, et d'où ils auraient pu bombarder la ville si elle n'avait pas capitulé.

Vers PradcSj la vallée devient plus large, mais au-dessous de Vinça elle est encore resserrée par les montagnes au défilé de Ternère, où s'arrête aujourd'hui le chemin de fer qui doit aller de Perpignan à Prades. La Tôt arrose ensuite de riches plaines qu'elle fertiUse avant d'aller se jeter dans la mer au-dessous de Perpignan.

Perpignan*, située sur la rive droite de la Tôt, est une grande ville, où viennent converger toutes les routes qui traversent la frontière entre le col de la Perche et la Méditerranée ; c'est le centre de la défense du Roussillon et c'est une bonne place quoique ancienne. Ses fortifications dominent la vallée de la Têt et en particulier la rive gauche qui est beaucoup plus basse, parfaitement irriguée, couverte de pépinières et de riches cultures. En avant (le la citadelle, sur la rive droite, s'étend une magnifique position qui, pendant les guerres de la Révolutionna servi d'assiette au camp de l'Union; si on avait à craindre une guerre sur cette frontière, ce sont ces hauteurs qu'il faudrait couronner d'ouvrages de manière à créer une grande position fortifiée dont Perpignan serait le réduit. De plus, pour compléter la défense de la Têt et pour empêcher l'ennemi de franchir cette rivière entre les montagnes et Perpignan, il faudrait établir un ouvrage entre Millas et Pézilla, (•lever des retranchements autour de Thuir et pousser jusqu'à Toulouges et Saint-Estève les ouvrages avancés de Perpignan.

La vallée de la Tôt qui, dans sa partie inférieure, peut jouer le rôle de ligne de défense contre une invasion venant du sud, est au contraire une ligne d'opérations dans sa partie haute. Si elle n'est pas défendue, si l'ennemi peut la suivre, elle lui permet de déboucher dans la plaine en tournant les places des Albères et du Tech et môme en coupant la retraite aux troupes qui surveillent ces lignes de défense; elle a donc une très grande importance au point de vue militaire. Inversement elle permet aux Franc;ais d'entrer en Catalogne par les vallées du Sègre et du Ter en évitant les places de la Muga, de l'Ampurdan et du bas Ter.

Massif de Carlitte. — Les Corbières. — Au nord de la Ccrdagne et du Confient^ nom de la haute vallée de la Tôt, les montagnes prennent 1. Consulter la carte 90. | 2. CoDsuUer la carte 89.

une élévation considérable. Un vaste massif rocheux, reposant sur une base granitique, d*oii descendent un affluent du Sègre par la vallée de Carol, la Têt, l'Aude et F Ariége, atteint 2,920 mètres à son sommet le plus élevé, le pic de Carlitte. La haute vallée de l'Ariége sépare ce haut plateau granitique des montagnes d'Andorre; une route carrossable qui passe au col de Puymorens (1,931»"), à Touest du massif de Carlitte, met en communication la Cerdagne avec Ax, Tarascon, Foix et Toulouse; elle part de Bourg-MadamCj le dernier village français sur la route de la vallée du Sègre, remonte la vallée de Carol, en laissant au nord Tenclavc espagnole de Llivia^ et descend celle de TAriége ; cette dernière rivière est resserrée par les montagnes en plusieurs endroits et on a eu un moment Tintenlion de construire un fort à la troisième Bazerque au-dessus d'Ax pour interdire à l'ennemi le passajce do la vallée de l'Ariége, mais on y a renoncé jugeant que Mont-Louis était suffisant pour surveiller cette route et empêcher les pointes que l'ennemi pourrait tenter sur Foix ou Carcassonne.

A l'est du massif de Carhtte, les montagnes s'abaissent et forment souvent de hauts plateaux graniticpes profondément ravinés par les rivières; VAude coule au fond d'une cluse continue jusqu'à Quillariy ses affluents ne sont pas moins profondément encaissés. Une route carrossable qui part de Mont-Louis et passe au col de la Quillanne (1,720°>), permet de communiquer du Conflent avec le Caspir ou haute vallée de l'Aude, mais la fissure que suit ce fleuve est si étroite que la route ne la suit pas; de Quèrigut, ancienne capitale du Donezan^ une route assez mauvaise conduit aux bains de Carcanières, franchit successivement le ravin de l'Aude, le col de Caravelle, le col du Bousquet, passe à Roquefort-de-Sault, à Sainte-Colombe, et rejoint l'Aude au-dessus d'Axat, Une autre route suit à partir de Quérigut la direction du nord, passe par Campagna dans le pays de Sault, par Rodome, par Belfort, et rejoint l'Aude à Axât. A partir d'Axat une grande route descend l'Aude, en traversant le défilé de Pierre-Lvt, et conduit à Ouillan, Limoux, Carcassonne. La vallée ne s'élargit qu'à partir de Limoux; à Carcassonne, l'Aude, qui vient se heurter contre les derniers contreforts des Cévennes, change brusquement de direction et coule vers l'estjusqu'à la Méditerranée.

Les montagnes de 1,800 à 2,000 mètres qui se trouvent entre les hautes vallées de l'Aude et de la Têt, ne sont traversées, à l'est du col de la Quillanne, que par des chemins difficiles et de mauvais sentiers, ce sont :

1® Le chemin carrossable d'Olette à Formiguères par le col de Créa.

2* Le chemin de Prades à Roquefort-de-Sault par le col de Jau (1,513"); au passage du col depuis Mosset jusqu'à Cotinozouls, ce n'est qu*un simple sentier muletier.

3® Le chemin carrossable de Prades à Soumia (Agly) et à Saint-Paul de Fenouillct (Baulzane).

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