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CHAPITRE XI. — FRONTIÈRE DES PTRÉNÉES

(limiuué. La civilisation n'est plus comme autrefois concentrée sur les rivages de la Méditerranée ; elle s'est répandue sur les côtes de TOcéan, et c'est à la dépression occidentale des Pyrénées, bordée par TOcéan Atlantique, que se sont reportées les grandes voies commerciales et les lignes d'opérations principales. Elles suivent la ligne directe de Paris à Madrid.

Le Roussillou, qui se trouve sur le revers septentrional des Albères, avait, comme nous Tavons vu, des limites naturelles très fortes et resta pendant longtemps séparé de la France. Ce pays réuni à TAragon au douzième siècle appartint à TEspagne jusqu'au dix-septième. L'Espagne regrettait cette province, et, contrainte à la guerre en 1793, elle crut le moment favorable pour reprendre ce qu'elle avait perdu un siècle et demi auparavant ; elle réunit donc la plus grande partie de ses forces disponibles en Catalogne, se contentant de rester sur une défensive absolue à l'autre extrémité de la chaîne. Vingt-cinq mille hommes sous Ricardos furent réunis dans TAmpurdan entre Gérona, Rosas et Figueras, et formèrent ce qu'on nomma l'armée du Roussillon; cinq mille en Aragon durent servir de réserve; dix-huit mille, dont moitié de milice, furent chargés de couvrir à l'ouest la ligne de Fampelune à Saint-Sébastien. C'étaient là les seules troupes que l'Espagne avait pu mettre sur pied ; il est vrai que celles qui lui étaient opposées étaient encore moins nombreuses et moins exercées. Nous n'avions que dix mille hommes en avant de Perpignan ; aussi Ricardos prit-il l'offensive et franchit- il les Albères par le col des Orts ou de Coustouges qui conduit à Saint-Laurent-de-Cerdans et à Arles sur le Tech, après avoir masqué le fort de Beliegarde et fait surveiller les autres passages. Quelques troupes envoyées de Perpignan furent culbutées le 20 avril 1793 au pont de Céret; Ricardos, au lieu de profiter de la désorganisation complète des faibles forces qui lui étaient opposées, perdit plusieurs semaines à rendre praticable à Tartillerie la route du col de Porteill, en même temps qu'il bloquait Bellegarde. Ce temps de répit permit au général Fiers, qui venait de prendre le commandement dans les Pyrénées orientales, d'organiser son armée; le général Dagobert, qui commandait une division sous ses ordres, voulait prendre une position de flanc dans les Aspres pour empêcher l'ennemi d'avancer; mais cette proposition fut repoussée, parce qu'on craignit de découvrir Perpignan. La division Dagobert composée des meilleures troupes prit position au Mas d'Eu, dans la presqu'île du Réart, au sud de Perpignan ; attaquée par Ricardos le 19 mai, elle fut complètement battue et mise en pleine déroute.

Après une victoire si complète, Ricardos devait tenter un coup de main

sur Perpignan, il n'en fit rien, il se replia sur le Boulou et perdit son temps

au siège des petites places du Tech. Le fort des Bains et Prats-de-MoUo ne

tirent pas une longue résistance, le fort de Beliegarde capitula le 25 juin

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après une assez belle défense, une tentative sur Collioure et Port-Vendres fut repoussée.

Le général Fiers avait profité du temps employé à ces sièges pour organiser fortement le camp de T Union au sud de Perpignan et pour exercer ses jeunes troupes ; aussi, quand les Espagnols vinrent Tattaquer vers le milieu de juillet, il leur fit subir une sanglante défaite et les força à rentrer dans leur camp du Mas d'Eu.

Ricardos ayant réorganisé ses bataillons conçut le projet de tourner Perpignan par Fouest, en passant entre le Canigou et la ville, et d*y enfermer l'armée française ou du moins d*isoler la place. Pour ne pas avoir à craindre d'être inquiété sur son flanc ou sur ses derrières par les troupes françaises réunies en Cerdagne sous le commandement de Dagobert, troupes qui eussent pu venir l'attaquer en débouchant de la vallée de la Têt, il envoya une petite colonne faire le siège de Villefranche, qui se rendit à la première soiumation. Maître ainsi du cours de la Têt et de la route de Mont-Louis à Perpignan, il commença à la fin d'août le mouvement tournant qu'il avait projeté, passa la Tôt, sépara l'armée française en deux, en rejeta une partie vers Salses, l'autre dans Perpignan, établit un camp fortifié à Peyrestortes et détacha des postes jusqu'à Rivesaltes.

Pendant ce temps, la fortune n'était pas aussi favorable aux Espagnols en Cerdagne. Dagobert attaquait le 28 août le camp de la Perche et refoulait l'ennemi jusqu'à la Seu de Urgel, puis il méditait une expédition sur Camprodon pour menacer la ligne de retraite de l'ennemi. Rappelé à Mont- Louis par les démonstrations d'un corps espagnol venu de Villefranche, il le battit et le chassa du plateau des Lançades sur Olette, malheureusement il n'était pas assez fort pour reprendre Villefranche et pour venir couper la retraite à l'ennemi en descendant la Têt.

Les revers continus de l'armée du Roussillon exaspéraient les délégués de la Convention qui, pour la' seconde fois, destituèrent le général en chef; prenant une offensive énergique, ils firent attaquer et enlever le camp de Peyrestortes (17 septembre) dont les troupes furent mises en pleine déroute. Ricardos revint à son camp du Mas d'Eu et Dagobert prit, pour quelques jours seulement, le commandement en chef de l'armée française. Ce général ayant échoué le 22 septembre dans l'attaque des camps de Ponteilla el de Truillas dut résigner ses fonctions et retourna en Cerdagne où il remporta de nombreux succès. Il avait toutefois fait occuper les Aspres pour menacer le flanc de l'ennemi, ce qui, joint à la reprise de Villefranche et à l'arrivée de renforts assez considérables, décida Ricardos à abandonner ses positions pour se retirer sur le Tech et même à lever le blocus de Collioure et de Port-Vendres pour ce concentrer davantage dans la forte position d» Boulou.

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