CHAPITRE XI. — FRONTIÈRE BES PTRÉNÉES
Deux attaques tentées par les Français, en octobre, échouèrent coinplèlement. En novembre on laissa échapper une belle occasion d'anéantir les troupes du camp du Boulou qui, après un orage épouvantable, se trouvèrent privées de toute communication avec le reste de l'armée, sauf par le pont en pierre de Goret. Ce pont ne fut attaqué que tardivement et sans succès '28 novembre).
Ricardos fit au contraire subir un désastre complet le 7 décembre aux divisions françaises qui se trouvaient sur la rive droite du Tech au-dessous du Boulou et qui étaient privées de communication avec la rive gauche ; puis le 19 décembre, après avoir repoussé une attaque très mal conduite par le général français, les Espagnols s'emparèrent de Port-Vendres et de Collioure, se portèrent ensuite sur Banyuls-des-Aspres où était le centre des Français, lès mirent en pleine déroute et les refoulèrent sous Perpignan. Ce fut là le dernier succès de Ricardos, ce général appelé à Madrid y mourut pendant l'hiver.
Comme on le voit par ce qui précède, ces opérations de Tannée 1793 présentent d'un côté comme de l'autre plus de fautes à éviter que d'exemples à imiter. Les Espagnols ne connaissaient que les guerres de position et leurs hésitations les empêchèrent de profiter des occasions favorables. Chez nous, on ignorait les principes de la vraie guerre ; tout n'était que désordre ; les troupes étaient composées de volontaires indisciplinés et sans instruction, les généraux étaient soumis aux commissaires de la Convention et ^ étaient remplacés à chaque instant. Il n'est donc pas étonnant que les résul^tats n'aient pas été plus brillants. Il faut constater que les habitants du Koussillon et des Corbières se levèrent en masse à rapproche de l'ennemi et lui opposèrent partout une énergique résistance.
Au commencement de 179i, après la prise de Toulon, Dugommier vint prendre le commandement en chef de l'armée des Pyrénées orientales et consacra d'abord toute son activité et tous ses soins à réorganiser l'armée qui était dans un état déplorable; il disposait de 30,000 combattants et de 30,000 recrues ou troupes do garnison. Le 27 mars, il prit l'offensive, so porta en avant et réoccupa Banyuls-des-Aspres. EnCerdagne, Dagobert avait aussi commencé les hostilités en refoulant les Espagnols jusqu'à la Seu do Urgel, après le combat de Monteilla; mais, épuisé par celte expédition, il mourut au retour h Puigcerda.
Dugommier plus habile et plus manœuvrier que ses prédécesseurs changea de manière de faire et débuta par gagner la belle bataille du Boulou (30 avril), qui rejeta l'armée ennemie au delà des montagnes : dans cette journée, tout en faisant inquiéter l'ennemi du côté de Céret, il sut tourner par l'est le camp du Boulou en passant le Tech au gué de Brouilla, en s'emparant do Montesquieu et en se portant par les Albères sur la chaussée de Bellegarde.
Tout le matériel de l'armée espagnole fut pris, et la déroute ne s'arrêta qu'à Figueras.
Dugommier, au lieu de poursuivre Tannée battue, voulut d'abord reprendre les places; il investit Bellegarde et Collioure. Dès le 26 mai, le fort Saint- Elme, Port-Vendres et Collioure étaient réoccupés par nos troupes, et Dugommier franchissait les Pyrénées pour descendre en Catalogne. Tout Tété fut employé à faire le siège de Bellegarde, et les opéralions se réduisirent à quelques combats en Cerdagne, sur le Llobregat et sur la Muga, ce qui donna le temps aux Espagnols d'organiser de très ferles lignes en avant de Figueras. Enfin, après plusieurs tentatives infructueuses de La Union pour faire lever le siège de Bellegarde et après la bataille de la Muga, cette place qui était le dernier point de notre territoire occupé par la coalition, nous fut remise le 17 septembre après une belle défense.
Malgré ces victoires, l'armée était dans une gi'ande détresse, et Dugommier se trouva bientôt dans la nécessité de marcher en avant pour faire vivre ses troupes. Après une bataille de deux jours (17 et 20 novembre 1794), où les deux généraux en chef furent tués, les quatre-vingt-dix-sept ouvrages que les Espagnols avaient accumulés en avant de Figueras pour nous barrer tous les passages, furent enlevés. L'armée ennemie fut mise en pleine déroute, Rosas et Figueras furent investies. Cette dernière place capitula honteusement dès le 28 novembre, tandis que la première beaucoup moins forte ne se rendit qu'après une héroïque résistance (9 février 1795).
Eu 1795, tout se borna a quelques combats sur la Fluvia, à deux tentatives infructueuses que nous fîmes pour passer cette rivière et à la reprise de la Cerdagne par les Espagnols. Le traité de Bâle vint mettre fin à cette lutte impolitique, où les deux partis s'épuisaient inutilement.
On voit, d'après le récit qui précède, que sur cette partie de la frontière les opérations militaires n'ont ni un théâtre, ni un but unique. Les deux grandes routes d'invasion du col de la Perche et du Perthus sont séparées par un massif très difficile » celui du Ganigou ; de plus, la route de la Cerdagne se bifurque et conduit soit dans la vallée de TAriége, soit dans la vallée de l'Aude, soit dans la vallée de la Têt. Toutes ces vallées sont complètement distinctes et séparées par des montagnes élevées, âpres, où les communications sont rares et difficiles, ce sont autant de petits théâtres d'opérations différents. De même en Espagne, la Cerdagne ne communique que difficilement avec les bassins côtiers de la Muga, de la Fluvia et du Ter; elle forme donc un théâtre d'opérations distinct de celui de l'Ampurdan et de la côte.
Réttumé. — Défense aetnelle. — Eu i*ésumant ce qui est relatif à lu