OBSTACLES ARTIFICIELS
Les obstacles artificiels qu'une armée peut rencontrer en campagne et qui peuvent entraver ses mouvements, sont les fortifications et les destructions de ponts, de routes ou de chemins de fer, qui interceptent les communications.
foptesf forts. — L'emplacement des forteresses, des forts isolés, des places à forts détachés et des positions retranchées, est déterminé par des considérations stratégiques et topographiques, dont l'examen détaillé demanderait une étude spéciale. Il nous faut pourtant dire quelques mots de cette question, pour pouvoir apprécier le rôle des places fortes.
La défense d'un grand Etat doit être considérée dans son ensemble ; car, aujourd'hui que les communications sont si faciles et les armées si nombreuses, la guerre ne restera pas localisée dans utie province. L'envahisseur aura deux objectifs : 1® battre les armées de la défense, 2® s'emparer de la capitale et de tous les réduits intérieurs; par suite toutes les provinces du pays seront menacées; de plus on voit que le premier objet de la fortification doit être d'appuyer les mouvements des armées, ce sont donc les emplacements occupés par les armées et désignés d'après le plan de càtnpagne ou de défense qu'il faudra tout d'abord fortifier.
32 LIVR£ l^r. GÉNÉRALITÉS.
Les localités qu'on considère aujourd'hui comme devant être fortifiées de préférence à toute autre sont celles qui sont situées sur les grandes lignes d'invasion aux points de convergence de deux ou de plusieurs vallées, c'està-dire au confluent de deux grands cours d'eau et à des croisements de routes; puis, tout particulièrement, les nœuds de chemins de fer dont la possession a une si grande importance qu'on empêchera toute expédition sérieuse de l'ennemi, si on peut garder toutes les voies ferrées pénétrant vers l'intérieur du pays. En effet, avec les grandes armées modernes, il faut absolument des chemins de fer pour les ravitailler, pour les reher à leur base d'opérations, et, dans le cas où l'objectif décisif est une capitale fortifiée , il est certain que l'ennemi ne pourra en entreprendre le siège que quand il sera maître de plusieurs lignes ferrées en arrière pour faire venir ses approvisionnements, ses renforts, ses munitions et tout le parc de siège. Une seule ligne ne pourrait suffire, puisqu'une ligne à deux voies permet à peine de satisfaire aux besoins journaliers d'une armée de 250,000 hommes ; or, dans le cas du siège d'une grande position fortifiée, analogue à celle de Paris, il faudrait une armée bien plus nombreuse et il y aurait à faire venir un matériel considérable; l'ennemi devra donc disposer de plusieurs lignes.
Si la ligne do défense qui couvre un pays et qui forme sa frontière militaire est très forte par elle-même et très difficile à franchir pour les armées, les fortifications qui protégeront les grandes villes et les principaux points de passage suffiront à la défense de l'Etat; tel est le cas pour l'Allemagne, ce pays est très bien protégé contre une attaque venant de l'ouest par la ligne du Rhin et par les grandes places à forts détachés qui renforcent cet obstacle ; ces mômes places constituent contre nous une excellente base offensive. Si la frontière est formée par une grande chaîne de montagnes, on gardera les rares cols praticables aux armées par des forts d'arrêt, puis on organisera en arrière des places fortes couvrant les grands centres de population, ou plutôt des positions fortifiées formées de plusieurs places; ces dernières situées encore en pays accidenté seraient destinées à servir d'appui à des opérations ayant pour but d'arrêter l'ennemi de front ou de menacer ses flans une fois qu'il aurait rompu la première ligne d'obstacle.
Si au contraire la frontière est ouverte, il faudra beaucoup multiplier les ouvrages de fortification et les points fortifiés ; c'est malheureusement le cas de nos frontières du nord et du nord-est. On admet aiyourd'hui, et c'était là du reste déjà l'opinion de Vauban, qu'une place isolée n'a d'action qu'à l'extrême portée de son cai>on et que dans la guerre actuelle une telle place, quelle que soit sa force, pourrra être tournée ou négligée par les armées d'invasion ; mais il n'en est plus de même si on considère des groupes de places renforçant une position naturellement forte, se soutenant réciproquement et pouvant appuyer soit de front, soit sur une aile, soit sur l'autre, les
gHAFITKE n. — DÉFINmON ET VALEUR RELATIVE DES OBSTACLES. 33
mouvements des années mobiles. L'ennemi ne pourra pas investir cet ensemble de places, ni pénétrer entre elles ; si même elles ne barrent pas toutes les routes d*invasion, mais seulement les principales, l'ennemi néanmoins ne pourra pas les dépasser sans laisser un corps d'observation considérable pour veiller à la sûreté de ses communications.
Il faudra donc établir sur chacune de nos frontières un ou deux centres ainsi puissamment fortifiés et comprenant une région plus ou moins grande de manière à appuyer les mouvements de Tarmée défensive, puis entre ces barrières existeront des tronées où passeront les. seules routes qui pourront suivre les armées envahissantes ; cela aura encore l'avantage de réduire le nombre des combinaisons de Tennemi et de le forcera dévoiler ses projets dès le début des hostilités. Les fortifications ne devront jamais être considérées comme devant servir d'abris aux armées battues et jamais celles-ci ne devront se laisser enfermer dans des places, quelque grandes qu'elles soient.
Ce système de barrières et de trouées avait déjà été préconisé par le général de Maureillan qui, dans ses savants mémoires écrits en 1814 et en 1816, avait repris les belles traditions de Yauban et avait, il y a plus d'un demisiècle, exposé les idées qu'on applique seulement aujourd'hui sur l'organisation des armées, sur le rôle des places fortes et sur l'organisation défensive d'une frontière. Si ces mémoires ainsi que ceux du général Haxo avaient été plus connus, peut-être n'aurions-nous pas à regretter la perte de l'Alsace et de la Lorraine. Le général de Maureillan avait signalé toute l'importance de la position de Frœschwiller pour la défense de la Basse- Alsace et avait demandé à ce qu'elle fût renforcée par la fortification, ce qui n'avait pas été fait ; le général Haxo avait montré tout le parti qu'on pouvait tirer des lignes de la Seille, néanmoins elles ne furent pas organisées; enfin ces deux généraux réclamaient la construction de forts à Pont-à-Mousson et à Frouard pour renforcer la ligne de la Moselle et empêcher que Metz ne fût tournée par le sud, si ces travaux avaient été exécutés, les journées des 16 et 18 août 1870 ne pouvaient avoir lieu et notre ligne de retraite sur Verdun restait libre pendant longtemps encore.
En arrière des positions de première ligne organisées comme nous l'avons dit, il faudra en organiser d'autres à l'intérieur du pays, elles seront encore formées de groupes de forts ou de places renforçant toute une région ; leur rôle sera de retarder la poursuite de l'ennemi, en le forçant à se détourner de sa marche directe, et de permettre aux armées battues de se réorganiser à l'abri de leurs défenses ; ces dernières ne devront s'y arrêter que très peu de temps et ne s'y laisseront jamais bloquer. Ces positions de halte pourront être plus ou moins nombreuses, il y en aura au moins une par frontière pouvant être attaquée isolément.
Géographie. — l'* partie. 3
Enfin, dans un pays centralisé comme la France, la capitale dem nécessairement être fort.fiée et, par l'étendue de ses défenses, arrêtera longtemps et immobilisera les forces ennemies pendant que les années se renforceront au moyen des dernières réser\-es du pays. La chute de la capitale peut, malgré les exemples de 1814 et de 1871, ne pas marquer la fin de la guerre, si ces dernières armées sont encore en état de tenir la campagne et si elles trouvent au centre du pays des positions étudiées et organisées d'avance, comme il en existe dans la région montagneuse du centre de la
France -
Tous les ou\Tages nécessaires à la défense d'une région ne pourront pas être construits d'avance en temps de paix, il est beaucoup de points qu*on se contentera de fortifier au moyen d'ou\Tages improvisés au moment du besoin; mais, avec la rapidité imprimée aux opérations des guerres modernes, ce n'est pas alors que l'ennemi a pénétré sur le territoire national qu'on peut songer à étudier les moyens de résistance à créer, il faut que toutes les éludes aient été faites, les projets arrêtés, pour qu'on puisse se mettre à l'œuNTC sans hésitation ni retard.
Dans la défense d'une frontière, on peut distinguer quatre classes de retranchements : — 1* ceux qui occupent les points stratégiques les plus importants ou qui servent de points d'appui et de pivots aux opérations des armées, ils doivent être construits à Tavance, munis de leur armement et de leurs approvisionnements; — 2« les redoutes, batteries et ouvrages renforçant les positions de halte sur les principales lignes de retraite, ils doivent aussi être élevés pendant la paix ; — 3« les ouvrages placés dans les intervalles des précédents et destinés à les renforcer, à les rejoindre et à les compléter, ils seront simplement étudiés et projetés à Tavance pour éviter tout tâtonnement; — 4* les ouvrages de champ de bataille, batteries de position, tranchées-abri dont l'emplacement dépend des événements et ne peut être fixé qu'au cours de la campagne.
C'est donc d'après les positions que pourront occuper les armées et d*après les manœuvres qu'elles pourront faire pour déjouer les projets de l'assaillant qu'on décide les fortifications à élever sur les grandes lignes d'invasion, soit à la frontière même, soit pour la défense intérieure. Si la finontière est déjà garnie de places et si ces places sont le résultat d'un genre de guerre qui n'est plus admissible aujourd'hui, on détermine d'après les mêmes considérations les points qu'il conxîent de fortifier et on juge quelles sont les places qui, devenant inutiles, peuvent être rasées. C'est ce qu'on a fait der^ nièrement potir notre frontière du Nord.
Destraetloa des roates et des voies ferrées. — Pour empêcher l'ennemi de se servir des routes ou des voies ferrées, on potirra être amené