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CHAPITRE IV. — RAGES, REUGIONS. FORMATION DES NATIONS, ETC

el devient la première puissance militaire de l'Europe, pendant que laFrance, mal gouvernée, n'exerce plus d'influence que par ses philosophes. La Russie, dont l'élévation marche parallèlement à celle de la Prusse, devient une puissance européenne par l'acquisition des côtes de la Baltique et de la Mer Noire, conquises sur les Suédois et sur les Turcs. Ceux-ci, battus par le prince Eugène et par les Russes, ne possèdent plus au delà du Danube que la Moldavie, la Valachie et la Bessarabie.

Les guerres de la Révolution et de l'Empire viennent tout remettre en question et bouleverser l'Europe de fond en comble. Le traité de Lunéville (1802) donne à la France ses limites naturelles; en 1812 l'Empire, débordant au delà de ces limites, s'étend des bouches de l'Elbe aux Pyrénées; le Piémont, la Toscane, les Etats-Romains sont devenus des départements français; l'empereur est de plus roi d'Italie, protecteur de la Confédération du Rhin et de la Confédération Suisse.

L'Europe effrayée se ligue contre nous, l'Allemagne comme l'Espagne combat pour son indépendance; les Traités de 4814 et de 4815, constituant un nouvel équilibre européen, isolent et amoindrissent la France, réduite en territoire et en puissance. Voici quelles furent les conséquences de ces traités célèbres pour les principaux Etats de l'Europe : la France reculait de plus d'un siècle alors que tous ses voisins acquéraient de nouveaux territoires et une augmentation de puissance considérable ; l'Angleterre conservait Gibraltar, Malte, Helgoland, le protectorat des Iles Ioniennes et nous prenait une partie de nos colonies; la Prusse, rétablie sur le Rhin pour surveiller la Lorraine, s'agrandissait aux dépens de la Saxe et de la Pologne ; l'Autriche recouvrait le Tyrol, la Dalmatie et s'établissait fortement en Italie par la possession de la Lombardie et de la Vénétie ; des archiducs régnaient àModène et à Florence; la Confédération Germanique ne comptait plus que trente-six États, c'était déjà un pas vers l'unité ; la Sardaigne acquérait Gènes et recouvrait la Savoie ; le royaume des Pays-Bas était organisé contre nous ; le nombre des cantons suisses était porté de 13 à 22, et la neutralité de la Suisse était reconnue par l'Europe, mais nous ne pouvions plus compter sur cette protection comme au temps du pacte d'amitié perpétuelle; l'Espagne n'était plus l'alliée du pacte de famille ; le Danemark perdait la Norwège ; la Russie conservait la Finlande, la Bessarabie, et acquérait presque tout le grand-duché de Varsovie sous le nom dérisoire de royaume de Pologne.

Cet état de choses, créé par les traités de 1815, a été modifié depuis cette époque par les événements suivants :

En 1829, le Traité d'Andrinople fonde le royaume de Grèce, détache presque de la Turquie la Moldavie et la Valachie, enfin donne à la Russie le Pruth pour frontière et les bouches du Danube. En 1830, la Belgique, subissant le contre-coup de la révolution qui a

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chassé les Bourbons de France, se détache violemment de la Hollande et devient un royaume indépendant et neutre.

Le Traité de Paris^ en 1856, à la suite de la guerre de Crimée, n'amène pas de grands changements de territoire, il ne fait qu'enlever à la Russie ses conquêtes de 1829; mais, à partir de ce moment, les traités de 1815 n'existent plus. La France n'est plus isolée, elle reprend le premier rang parmi les puissances de l'Europe et devient pour quelques années l'arbitre du continent. La Russie est épuisée par les eiTorts qu'elle a faits pour soutenir la lutte et subit l'humiliation de voir la mer Noire fermée à ses flottes. L'Autriche, « qui a étonné le monde par son ingratitude » en abandonnant son allié, son sauveur de 1848, perd toute considération et toute influence.

La guerre de 1859 et les nombreuses annexions qui la suivent, créent le royaume d'Italie ; l'unité de la Péninsule devait s'achever par l'annexion de la Vénétie en 1866, et par la prise de possession de Rome en 1870.

En 1866, la Confédération Germanique est dissoute; l'Autriche est mise en dehors de l'Allemagne ; la Prusse, considérablement agrandie, réunit déjà SOUS son égide les petits Etats du Nord. La désastreuse campagne de 1870, qui nous enlève l'Alsace et la Lorraine, fait l'uniti de l'Allemagne ; tous les Etats Allemands forment aujourd'hui un empire fédératif dont le roi de Prusse est le chef.

L'inévitable dissolution de l'empire Ottoman, qui succombe sous le poids de sa mauvaise administration fmanciôre et des succès des Russes, tient encore aujourd'hui l'Europe en éveil; le démembrement, déjà accompli par le traité signé à Sajv-Stefano entre la Russie et la Turquie, a été en grande partie sanctionné et même complété par le Traité de Berlin,

DiTiaions politiqaes actaellea. — Modes de i^ouvemement des divers États* — L'Europe compte 52 États, dont 18 sont indépendants, c'est-à-dire libres de tous liens fédératifs; la Roumanie, la Serbie et le Monténégro qui, déjà avant les derniers événements, ne payaient à la Turquie qu'un tribut très faible, sont aujourd'hui tout à fait libres. Nous ne nous occupons pas des États UUiputiens comme les principautés de Monaco et de Lichtenstein, les républiques d'Andorre ou de Saint-Marin, qui n'ont qu'une très faible étendue de territoire et qui ne peuvent jouer aucun rôle. La Bulgarie n'est pas encore suffisamment organisée pour que nous nous en occupions.

Ces divers États forment des monarchies constitutionnelles, hors une monarchie absolue : la Russie, et deux républiques : la France et la Suisse.

Le tableau ci-contre, où les Etats sont classés d'après l'étendue de leur territoire, indique pour chacun d'eux le mode de gouvernement :

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Tableau I. — Page 58.

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