CHAPITRE PREMIER
FDBXATION DU TERRITOmE. - TRACÉ DES FRONTIÈRES. — GRANDES LIGNES D^INVASION.
s Modifications successives des fronlières de la France. — Tracé de la frontière de la France avant et après la guerre de 1870. — Conséquences de ces dernières modifications. — Lignes dMnyasion les plus probables : 1* en supposant les neatralités respectées ; 2« en les supposant violées.
Nous avons dans les chapitres précédents étudié d'ensemble et à divers points de vue la géographie de l'Europe, il nous faut maintenant aborder rétude de la géographie militaire des divers États et examiner les propriétés que présentent les grands accidents du sol au point de vue de l'ofTensive et de la défensive. Nous nous occuperons d'abord de la France.
Avant d'étudier le tracé actuel de nos frontières, rappelons rapidement la manière dont s'est formé le territoire et voyons quels oiit été les résultats des grands traités qui ont successivement modifié les limites de notre pays.
Modiflcations sucscessiTes des mpontiêres de la France. —
Dès la fin du quinzième siècle, tous les domaines seigneuriaux avaient fait retour à la couronne. Le royaume avait les 7/9 de sa superficie actuelle et plus de 10 millions d'habitants. Ce n'est plus alors les grands vassaux qu'on chasse de leurs terres usurpées; nos rois font la guerre pour atteindre les frontières de l'ancienne Gaule ou pour étendre l'influence de la France au dehors.
Déjà sous Henri II, les trois évêchés, Metz^ Tout et Verdun^ les clefs de la Lorraine, avaient été réunis à la France avec leurs territoires.
èi liiVRE II. — La F&ANGd.
Henri IV, en outre de ses domaines propres : le Biarn^ la Navarre^ VAlbret^ les comtés de Foix^ d'Armagnac, de Bigorre, de Rouergue^ de Périgord^ de Limoges, les duchés de Beaumont-le-Vicomtc et d'Alençon, les comUs de Soissons, de Marie et de la Fère, qu'il réunit au domaine royal en 1607, et du duché de Vendôme qu'il donna à son fils César, conquit sur le duc de Savoie la Bresse, le Bugey, le pays de Gex et le Valrornsy^ en échange du marquisat de Saluces. C'était la première application de la théorie des frontières naturelles, et elle souleva bien des critiques, parce qu'elle nous enlevait presque toute influence en Italie.
Louis Xm hérita du comté d'Auvergne en 1615.
Le traité de Westphalie (1618) valut à la France V Alsace moins Strasbourg, Landau, Philippsbourg et PigneroL En 1659, le traité des Pyrénées nous donnait le Rot^sillon; la Cerdagne; VArtois, moins Aire et Saint-Omer; Gravelines, Bourbourg et Saint-Venant en Flandre; le Quesnoy, Landrecies, Avesnes, Philippeville et Marienbourg en Hainaut; Thionville et Montmédy en Luxembourg; le comté de Clermont, Stenay, Dun, Jametz et Moyenvic en Lorraine. La principauté de Sedan avait été arrachée au duc de Bouillon (1642).
Louis XIV acquit Sarrebourg en Lorraine (1661), racheta Dunkerque au roi d'Angleterre (1662) et Casai au duc de Mantoue; puis il continua l'œuvre d'agrandissement aux dépens de la maison d'Autriche. La Flandre française et quelques villes du Hainaut, douze villes en tout avec leurs territoires (Bergues, Furnes, Dixmude, Armentières, Courtrai, Lille, Douai, Tournay, Audenarde, Biache et Charleroi), furent réunies par le traité d'Aix-la- Chapelle (1668) après la guerre de Flandre. A la paix de Nimégue(1678), qui termina la guerre de Hollande et mit fin à la première coalition, le roi de France rendit à l'Espagne Charleroi, Binche, Ath, Audenarde et Courtrai, mais il acquit Aire et Saint-Omer, les deux dernières villes de l'Artois; le Cambraisis ; Bailleul, Cassel, Ypres, Poperinghe en Flandre ; Bou>chain, Valenciennes, Condé, Maubeuge et Jeumont en Hainaut ; la Franche-Comté; VietuS" Brisach et Fribourg en échange de Philippsbourg.
Dans les années suivantes, les Chambres de Réunion de Metz, de Brisach et de Besançon décrétèrent l'annexion de nombreuses villes sous le prétexte de compléter le règlement des places frontières de Vauban et de Chamblay. La trêve de Ratisbonne (1683) sanctionna un instant ces accaparements et nous laissa Luxembourg; mais de nouvelles fautes soulevèrent l'Europe contre nous en même temps que la révocation de l'Édit de Nantes ruinait notre commerce et notre industrie. La ligue d'Augsbourg se forma et le traité de Ryswick (1697) nous enleva un grand nombre des places qui venaient d'être fortifiées par Vauban : Charleroi, Ath, Courtrai, Mont-Royal, Luxembourg, la tête de pont d'Huningue, Fribourg, Vieux-Brisach, Kehl, Philippsbourg, Casai et Pignerol, c'est-à-dire tout ce que nous avions encore