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CBAPITBE n. - SYSTÈME OÉFENSIF DE LA FRANGE. - FRONTIÉBE DU NORD. 75
le nom de Hautes-^Fagnes ou Hautes-Fanges^ en allemand Hohe-Yeen. La Meuse traverse les plateaux ardennais au fond d'un profond couloir, entre des escarpements qui atteignent plus de 250 mètres. Le bas Luxembourg vers Arlon et la source de la Semoy a un climat bien plus doux que celui de l'Ardenne, le sous-sol est jurassique, les arbres fruitiers y sont abondants; c'est la petite Provence,
Au delà de TOur et de la Sûre, sur le territoire prussien, le terrain de transition est semé d'îlots de terrain volcanique ; cette partie prend le nom d'Eifel, vaste contrée montagneuse qui, de la rive gauche de la Moselle, s'étend jusqu'au Rhin qu'elle resserre contre le Westerwald et qui, vers le nord, va en s'abaissant jusque vers Dûren et Bonn; le chemin de fer de Cologne à Aix-la-Chapelle en longe les pentes septentrionales. Tout ce plateau est encore plus déchiré, plus raviné que l'Ardenne et les moindres vallées y sont ramifiées en tous sens; un grand nombre de sommets sont d'anciens volcans et sont taillés en forme de coupes ou de cônes renversés. Le climat y est rude; le sol friable y devient peu praticable après les pluies ; le pays est pauvre, on n'y cultive que le seigle, l'avoine, les pommes de terre; les villages sont rares et construits en pisé et en bois. Les plateaux forment de bonnes positions défensives : Tune des meilleures au centre du massif est celle de Blanker^heim^ vers la source de l'Ahr ; elle couvre contre les attaques venant du nord-est la voie ferrée de la Kyll.
Les crêtes qui dominent le plateau de l'Eifel sont dirigées du nord-est au sud-ouest. La partie la plus élevée du massif près des sources de la Nette atteint 725 mètres au Hohe-Eifel ; un peu plus à l'ouest vers les sources de rOur et de la Kyll, entre ces deux rivières, s'élève la crête bien marquée du Schnée-Eifel (600 à 700 mètres). Au nord de l'Eifel, entre le Rhin et l'Erft, s'allonge un long plateau tertiaire peu élevé, tout boisé et à bords escarpés; on l'appelle die Ville, il couvre Cologne du côté sud-ouest.
Le plateau de l'Eifel n'est traversé que par un nombre restreint de routes qui ne datent guère que de ce siècle ; l'une des meilleures suit la ligne de partage des eaux entre la Moselle et l'Ahr et rejoint Coblentz à Malmedy ; dernièrement on y a construit un chemin de fer qui suit la Kyll et qui relie Trêves à Cologne et à Aix-la-Chapelle par Diiren ; il a une grande importance stratégique, parce qu'il relierait les armées opérant sur la Basse- Meuse à celles qui manœuvreraient sur la Sarre ; c'est une des lignes de concentration les plus importantes de l'Allemagne. Elle servirait à cette puissance à transporter ses corps d'armée du Hanovre, de la Westphalie et du Schleswig sur la frontière française ; mais n'ayant qu'une seule voie, elle serait insuffisante pour remplir cet objet, et par suite l'Allemagne serait portée à utiliser les deux lignes belges qui traversent les Ardennes et qui réunissent Liège et Namur à Luxembourg,
Dans la partie nord, entre TOurth, TAmblève et la Roër, le plateau ardennais prend le nom de Hohe -Veen ou Hautes-Fagnes (500 à 700 mètres) ; il est alors formé de profondes couches de tourbes marécageuses alternant avec des espaces nus ou couverts de bruyères. Les crêtes y ont la même direction que dans tout le massif de transition d'Eifel, Hûnsrûck, Taunus, Westerwald. Les forêts de TEifel et celles qui sont au pied des Hautes- Fagnes sont généralement cultivées en futaies, celles des Ardennes en taillis. Ce massif peu praticable du Hohe-Veen est très propre à former Tappui de Taile droite d'une armée qui chercherait à déboucher de la Meuse sur la Roër et le Rhin ; il faudrait alors occuper les importantes positions de FrancorchampSy entre Spa et Malmedy et du plateau de Bûllingen (615") aux sources de l'Amblève et de TOur, à Test de Malmedy et à une croisée de routes.
La partie des Ardennes entre TOurthe inférieure et la Meuse s'appelle le Condroz, c'est une triste région pauvrement cultivée ; les plateaux au sud-est des premiers, entre l'Ourthe supérieure et la Meuse vers Givet, prennent le nom de Famenne, qui leur vient de celui d'une ancienne peuplade du pays.
La partie occidentale des Ardennes comprise entre la Meuse et la Sambre, présente le même caractère que les Ardennes orientales, mais elle est moins ravinée et moins boisée. L'Oise y prend sa source dans les forêts de la Thiéroche. La Thiérache qui s'étend au sud de Chimay, de Guise à Rocroi, est un pays coupé de bouquets de bois et de petits cours d'eau ; on y trouve un grand nombre de positions qui rendraient la résistance facile. La partie nord du pays entre Sambre et Meuse est la Harlagne. Namur autrefois fortifiée était la clef de toute cette contrée, il ne reste des anciennes fortifications que la citadelle située sur un rocher élevé dans l'angle formé par les deux rivières.
Hirson et Anor situés en France sur la frontière sont des points importants à cause des voies ferrées qui s'y croisent. Deux positions de champ de bataille très fortes et reconnues depuis longtemps sont celles d'Anor et d'Ohain au sud de la forêt de Trélon.
Collines de la rive franche de la Sambre. — Sur la rive gauche de la Sambre, la ligne de séparation des eaux de l'Escaut et de la Meuse est formée par un terrain légèrement accidenté ; c'est une crête militaire très importante, parce qu'elle domine toute la riche plaine de la Belgique, aussi y rencontre-t-on groupés un très grand nombre de champs de bataille : Malplaquet, Senefy Jemmapes^ Ligny^ Fleurus^ Ramillies^ Neerwinden. Cette crête a été plusieurs fois le point de départ de nos opérations dans le bassin de l'Escaut ; elle présente les mêmes avantages pour l'ennemi qui veut pénétrer en France; en les suivant de Mons à Saint-Quentin et à Tergnier, il
CBAPITRE n. - STSTÈMS DÉFEKSIF DE LA FRANCE. — FRONTIÈRE DU NORD. H
s*as6ure la possession de la grande ligne à deux voies Cologne-Paris, il domine les routes de la vallée de l'Oise et il sépare nos années du nord de celles de l'est.
Ces collines traversent le riche bassin houiller du Hainaut entre Mons et Charleroi. A partir de Namur, elles s'élargissent en un vaste plateau et forment la région de riches cultures qu'on appelle la Hesbaye ; puis ensuite elles se perdent dans les marais de la Campine. Au nord des terrains houiliers du Hainaut, le pays est presque complètement plat; la plaine de terrain tertiaire de l'Escaut n'est accidentée que par de faibles collines.
Le dépôt houiller de Sambre-et-Meuse s'est développé au pied du versant septentrional du massif ardennais; il s'étend depuis Douai jusqu'à Aix-la- Chapelle; sa partie la plus riche est dans le Borinage au sud de Mons et dans le Hainaut vers Charleroi, on y trouve la houille à fleur de terre, tandis qu'en France il faut pour l'atteindre descendre de 40 mètres à Condé, de 80 mètres à Valenciennes.
Collines de FArtoisy de la Picardie et da pays de Caax ^. —
Un peu au nord de Saint-Quentin, deux lignes de hauteur peu marquées se dirigent l'une vers le nord-ouest, l'autre vers le sud-ouest; elles enveloppent le bassin de la Somme et des fleuves côtiers au nord de cette rivière. Ce sont les collines de l'Artois et de la Picardie. Tout le pays à l'ouest de TOise, jadis recouvert par les alluvions anciennes du terrain tertiaire supérieur, a été fortement dénudé par les eaux, tantôt jusqu'au terrain tertiaire moyen, tantôt jusqu'au terrain crétacé; les deux seules rides un peu accentuées qu'on y rencontre sont celle du Boulonnais, où reparaissent les terrains jurassiques qui entourent le bassin de Paris, et celle du Pays de Bray, où émerge le terrain de grès vert; les collines de l'Artois et de la Picardie né sont que des plateaux ondulés qui ont de 50 à 200 mètres d'élévation et qui dominent de belles plaines bien cultivées ; on n'y rencontre d'autres accidents que les berges des cours d'eau ; il y existe des marécages et des tourbières.
Au nord-ouest des collines de l'Artois, les ondulations se prolongent jusqu'au cap Gris-Nez, où elles se terminent sur la mer à l'extrémité du massif crétacé et jurassique du Boulonnais par des falaises blanches de 100 mètres d'élévation; de l'autre côté du détroit, on retrouve les mêmes falaises et les mêmes terrains crétacés dans le Weald anglais. Ces collines ne forment pas un obstacle sérieux; pourtant, jusqu'à ces dernières années, elles avaient empêché l'ouverture de voies ferrées réunissant directement la Flandre et l'Artois.