‹ -Texte. Géographie militaire (volume 2)Chapitre 65 sur 256 · CoDflolter les cartes 0 et · texte numérisé non relu

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CHA?ITRI n. — SYSTÈME DÉFEKSIF DE LA FBAKGE. — FRONTIÈRE Dtl NORD. lO

Mézières, son passage présente de véritables difficultés, il a déjà une largeur de 80 à 140 mètres. Les principaux points de passage en France sont à MézièreSy à Fumay^ à Givet^ et en Belgique à Dînant^ à Namur, à ffuy, à Seraing, à Liège, à Maestricht; il existe 22 ponts dont 5 pour chemins de fer entre la frontière et Maestricht. Liège est le point le plus important de toute la ligne de Sambre-et-Meuse en Belgique ; cette ville est à peine défendue par une mauvaise citadelle sur la rive gauche et par le fort de la Chartreuse sur la rive droite; les Belges la fortifieront peut-être un jour, quand ils auront à craindre les attaques de FAllemagne.

Depuis Neufchâteau, la Meuse est longée par une voie ferrée qui, entre Sedan et Namur, passe tantôt sur une rive, tantôt sur Tautre, et qui dans cet intervalle suit des défilés extrêmement étroits et pittoresques ; entre Namur et Liège elle est tracée sur la rive gauche, tandis qu'entre Liège et Vanloo elle se tient sur la rive droite.

LaHeuse en France ne reçoit que des afDuents sans aucune importance, si ce n'est le Chiers qui a ses sources un peu au-dessus de Longwy, coule parallèlement à la frontière et vient se jeter dans la Meuse entre Mouzon et Sedan. Cette rivière n'est pas navigable, elle coule au milieu de Toolite inférieur, son lit est encaisser, profond, et sur plusieurs points peut être disputé avec avantage. L'une de ses sources descend d'un plateau qui couvre la trouée de Tiercelet. On appelle trouée de Tiercelet une partie de notre frontière où l'ennemi ne rencontrerait aucun obstacle, ni montagne, ni cours d'eau, ni forêt; elle doit son nom au village de Tiercelet.

Parallèlement au Chiers, mais de l'autre côté de la frontière, coule la Semoy, d'abord dans un terrain d'alluvion, puis dans le terrain de transition; à partir du point où elle entre dans ce dernier terrain, son lit est creusé dans le roc vif, et les berges schisteuses qui la bordent en rendent les abords difficiles et quelquefois impossibles. Elle se jette dans la Meuse, en France, à Monthermé, En 1870, cette ligne de la Semoy fut occupée par l'armée belge pour faire respecter la neutralité de son pays; les points de passage peu nombreux avaient été soigneusement barricadés; les avantpostes et la cavalerie légère étaient sur la rive gauche, les soutiens dans les bois de la rive droite, le gros des troupes sur le chemin de fer plus en arrière.

La Sambre, qui se jette dans la Meuse à Namur, prend sa source en France au plateau de la Capelle à quelques kilomètres au sud-ouest de Landrecies, coule d'abord au milieu du calcaire, rencontre ensuite le calcaire compact, les grauwackes calcaires et schisteux, les grès du terrain de transition, puis à partir de Charleroi elle ne quitte plus le terrain houiller. Cette rivière, dont la navigation est assez difficile, est canalisée depuis Latir drecies^ les ponts y sont très nombreux, sa largeur ne dépasse pas 85 mètres.

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Sa rive gauche commande presque constamment sa rive droite; elle est longée par une voie ferrée qui coupe un très grand nombre de fois son cours sinueux.

La Lesse, rive droite, suit une des dépressions les plus marquées de TArdenne ; elle débouche un peu en amont de Dinant.

UOurthe, rive droite, qui prend naissance dans les Ardennes, reçoit, avant de se jeter dans la Meuse à Liège, VAmblève et la Yesdre, dont les cours sont généralement encaissés entre des parois abruptes de schiste ou de calcaire du terrain de transition. Ces deux derniers cours d'eau traversent le Hohe-Veen; on y trouve d'importantes positions qui joueraient un grand rôle dans les opérations entre la Meuse et le Rhin.

Enfm, plus au nord, le dernier affluent de droite de la Meuse est la Roêr qui descend de TEifel et dont le cours est presque tout entier en Prusse; elle est encaissée et rapide, sa rive droite domine le fond de la vallée d'une trentaine de mètres et commande la rive gauche, ce qui fait de ce cours d'eau une excellente ligne de défense pour les Allemands; en 1794, Jourdan ne put la faire tomber qu'en la tournant par le sud.

La Meuse, qui est canalisée ou munie d'un canal latéral depuis Pagny jusqu'à Mézières, communique avec l'Aisne et l'Oise par le canal des Ardennes, qui aboutit un peu au-dessous de Donchery. Entre Liège et Maestrict existe sur la rive gauche un canal latéral ; le canal de Bois-le-Duc part de Maestricht et rejoint la Meuse à Crôvecœur; ce canal rattache la Meuse à l'Escaut par l'intermédiaire du canal de la Campine, de la Nèlhc et du Rupel. Le Grand canal du Nord, de l'Escaut au Rhin, croise la Meuse à Vanloo, mais il est inachevé.

La Sambre fait communiquer la Meuse avec l'Oise par le canal de la Sambre qui aboutit à Landrecies, avec l'Escaut par le canal de Charleroi, le canal de Bruxelles et le Rupel.

lia Seine, deseriptioa de son bassin. — Son eoars et ses af« iiaents aa-dessoas de Paris* — La Seine et ses principaux affluents, la Marne et l'Owe, convergent vers Paris; ce sont autant de routes tracées de tous temps aux invasions, et c'est par ces trois vallées qu'en 1814 les alliés pénétrèrent jusqu'au centre de la France. Ce riche et vaste bassin, formé par la superposition des diverses cuvettes de terrains secondaires et tertiaires dont les terminaisons forment des lignes de collines concentrique» que nous décrirons plus tard, est admirablement disposé pour l'expansion et la prépondérance au dehors; c'est en rayonnant du centre de ce bassin que le domaine de nos rois s'est successivement agrandi de manière à englober presque toute l'ancienne Gaule. Au point de vue de la défense du pays, cette disposition permet l'emploi de lignes intérieures dont l'empereur

fiBAPITES n. -- STST£Bf£ DÉFENSIF DE LA FRANGE. — FRONTIERE DÛ NORD. 81

sut si bien se servir en 1814 ; les collines concentriques forment autant de positions défensives et les rivières divisent les forces ennemies qui sont exposées à être battues séparément et qui courent le risque de se voir refoulées sur les cours d'eau ; à deux reprises différentes, dans la campagne de 1814, les Finissions et les Russes furent ainsi acculés aux rivières : à la Marne à Château-Thierry, et à TAisne à Soissons; leur perle eut été certaine, si les ponts de ces deux villes eussent été détruits. Actuellement le pays est sillonné de voies de communication, les ponts sur les cours d'eau sont très nombreux et ces diverses rivières ne sont pas des obstacles capables d'arrêter ou de séparer les armées modernes, toujours munies d'équipages de ponts ou d'autres moyens de passage.

La Seine, qui n'a pas plus de 65 mètres de largeur avant d'avoir reçu la Marne, atteint 200 et 300 mètres au-dessous de Paris, 400 à 800 dans le département de l'Eure et huit kilomètres à son embouchure. Elle est navigable à partir de Méry, les navires la remontent jusqu'à Rouen. On doit entreprendre des travaux pour permettre aux navires calant 2"50 à 3 mètres de remonter jusqu'à F^aris.

En aval de Paris, la Seine coule au milieu du terrain tertiaire ; son cours est lent; elle forme de nombreux coudes; sa vallée est resserrée entre les plateaux de la Caux et du Perche; elle ne reçoit que fort peu de cours d'eau, le seul affluent important est l'Oise, qui aboutit aux portes mêmes de lu capitale. Cette rivière prend sa source en Belgique et n'a d'importance qu'à partir de La Fère où elle devient navigable. La rive droite domine la rive gauche, excepté entre Verberie et l'Isle-Adamy où c'est au contraire la rive gauche qui domine la droite. La vallée de l'Oise est le chemin naturel que les Espagnols ou les Impériaux ont cherché à suivre sous François I*', sous Henri IV, sous Louis XIV, pour pénétrer jusqu'à Paris. L'Aisne, qui vient se jeter dans l'Oise au-dessus de Compiègne, suit une direction de l'est à Touesl; cette rivière ouvre un chemin aux invasions venant de l'est, mais elle barre au contraire le passage à celles qui viennent du nord. Bien qu'elle soit doublée d'un canal depuis Vouziers, elle n'a de valeur comme obstacle qu'à partir de Berry-au-BaCj où elle pénètre dans le massif de collines qui terminent le terrain tertiaire entre Reims et La Fère; en 1814 elle eut certainement arrêté la retraite de Blucher sans la capitulation de Soissons. Son importance lui vient de la direction de son cours parallèle à la frontière depuis TArgonne jusqu'à l'Oise, aussi l'histoire nous monlre-t-elle que beaucoup d'opérations militaires se sont dénouées sur l'Aisne. César y appuya son camp, lorsque les Belges vinrent l'attaquer à Craonne, dans la position où s'est encore livrée la bataille de 1814. En 1650, la bataille de Rethel, gagnée par le maréchal Duplessis, obligea les Espagnols à sortir de France. En 1792, Dumouriez, placé derrière l'Aisne et les forêts de l'Ar- Géographie, — U* partie. 6

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gonne, arrêta rînvasion des Prussiens. La rive gauche domine presque partout la rive droite, ce qui favorise la défense.

La Seine reçoit encore, au-dessous du confluent de l'Oise, des cours d'eau sans grande importance, qui arrosent la Normandie.

A droite : 1® l'Epie, qui arrose le Vexin et aboutit près de Vernon; 2^ rAndelle, qui descend du pays de Bray et a son confluent un peu ea amont de Pont-de-l' Arche.

A gauche : 1^ l'Eure, qui a sa source dans les collines du Perche, qui arrose le pays Chartrain, c'est-à-dire la Beauce, et qui, après avoir coulé parallèlement à la Seine, s'y réunit en amont de Pont-de-l' Arche; c'est sur les bords de TEure, au nord de Dreux, que fut livrée la bataille (Tlvry^ qui ouvrit à Henri IV le chemin de Paris ; â® la Rille, qui descend égalemeol des collines du Perche et qui aboutit à l'embouchure même du fleuve, entre Quillebœuf et Honfleur.

li'Escaat, ses afllaeiits, canaux de son bassin. — Le bassin de V Escaut forme une vaste plaine très fertile, hien cultivée, mais très monotone, qui appartient presque entièrement au royaume de Belgique et qui a été longtemps le théâtre de nos luttes avec toutes les armées de l'Europe. Le pays compris entre la Meuse et l'Escaut est sillonné en tous sens de belles routes et de nombreuses voies ferrées, il offre donc toutes les ressources désirables pour faire vivre et marcher les armées, aussi s'y est-on souvent battu et a-t-il vu couler beaucoup de sang. Il n'est un peu accidenté qu'au sud vers Tournay, Mons et Namur; dans celte partie les cultures font souvent place à des bouquets de bois ; entre la Senne et la Dyle se trouve la forêt de Soignes, en avant de laquelle la position de Waterloo a été rendue célèbre par le désastre de notre armée en 1815. Presque tout le bassin de l'Escaut est formé par le terrain tertiaire, et le sol argileux, sec en été, devient boueux et impraticable dès que la pluie l'a détrempé.

L'Escaut et ses divers affluents de gauche, la Scarpe, la Lys, percent notre frontière et divisent la défense, mais ils n'ont pas grande valeur comme obstacle. Inversement ils ouvrent des routes naturelles et faciles de France en Belgique, mais cela n'a pas d'importance au miUeu d'une plaine aussi unie que la Flandre.

L'Escaut prend sa source en France un peu au nord de Saint-Quentin, traverse de vastes plaines sans aucun accident de terrain ; vers Tournay seulement la rivière coule entre des collines calcaires, mais elle retrouve bientôt son lit de limon à berges à peine marquées ; depuis Termonde elle est contenue par des digues qui préservent le pays des inondations. Elle se jette dans la mer du Nord par deux bouches de 4 à 7 kilomètres de large , qui entourent les îles du Sud et Nord Bcvcland et Vîlc Walchcrcn; l'une de ces

CHAPltRE n. ^ SYSTÈME D&FENSIF DE LA FRANGE. — FRONTIÈRE DU NORD. Sà

branches, celle de l'ouest appelée Hand, est seule navigable. L'Escaut, suivi dès sa source par le canal de Saint-Quentin, est canalisé depuis Cambrai jusqu'à sa sortie de France où il devient navigable, sa largeur à son entrée en Belgique est de 20 mètres, elle atteint 60 mètres à Gand, 100 à Termonde, 600 à Anvers, 1,200 à sa sortie de Belgique. Sa profondeur est de 10 mètres daas les passes d'Anvers à marée basse ; les marées élèvent les eaux en ce point de 3 à 4 mètres et même de 5 à 6 aux syzygies; les vents du nordouest, soufflant dans ce pays découvert, peuvent augmenter cette hauteur de i mètre, quand ils concourent avec la marée.

n y a en France et en Belgique un très grand nombre de ponts sur l'Escaut, le dernier se trouve à Termonde.

Les principaux affluents de l'Escaut sont les suivants :

La Sensée, rive gauche, s'y jette à Bouchain;

La Haine, rive droite, aboutit à Condé et est canalisée depuis Morts;

La Scarpe, rive gauche, est canalisée depuis Arras;

La Lys, rive gauche, canalisée, ainsi que son affluent la Deule, sur tout 6on parcours en France, puis -navigable plus bas, a une largeur variant de 15 à 25 mètres et une profondeur de 1 à 2 mètres, réduite à 0'°,80 aux nombreux hauts fonds qu'on y rencontre ;

La Dender, rive droite, navigable depuis Ath^ est large de 10 à 20 mètres el profonde de 1",60 à 2 mètres;

Le Rttpel, rive droite, formé par la réunion de la Dyle et de la Nèthe^ est na>igable sur tout son cours, qui n'est que de 10 kilomètres. La Grande^ Seth$ se réunit à la Petite-Nèthe 14 kilomètres avant d'atteindre le Rupel. La Dyte, ainsi que ses affluents la Senne et la Demer, est sujette à des débordements fréquents.

L'Escaut et ses affluents communiquent avec les bassins de la Meuse, de la Somme, de la Seine par plusieurs canaux; nous avons déjà indiqué les deux canaux qui font communiquer le bas Escaut avec la Meuse; il n'existe pas encore en France de communication directe par eau entre l'Escaut et la Sambre, bien que la création d'un pareil canal ait été étudiée depuis longtemps. Le canal de Saint-Quentin et le canal Crozat font communiquer i*Escaut avec la Somme et avec l'Oise. De plus, un grand nombre d'autres canaux sillonnent la plaine des Flandres, mettent les principales villes en relation directe et font communiquer entre eux ou avec la mer les divers affluents de l'Escaut.

De Gand, au confluent de la Lys, partent plusieurs canaux dont les uns rejoignent l'Escaut et dont les autres aboutissent à la mer à Temeuse, à 1 Écluse, à Heyst ou à Ostende par Bruges.

Un canal réunit Louvain à Halines; un autre Antoing sur l'Escaut, audessus de Tournay , à Pommerœul, sur le canal de Mens à Condé ; le canal

de TEspierre rattache la basse Deule à TEscaut en passant par Roubaix; enfin un canal réunit directement TEscaut à Courtray sur la Lys.

En France, toutes les grandes villes du département du Nord sont réunies par une ligne de canaux parallèle à la frontière et partant de BouchaiQ pour aboutir à la mer. Ce sont :

Le canal de la Sensée, de Bouchain à Douai;

Le canal de la Haute-Deule, de Douai à Lille ;

Le canal de la Bassée, de la Deule à Béthune ;

Le canal d'Aire, de Béthune à Aire sur la Lys;

Le canal de Neuf-Fossé, d'Aire à Saint-Omer ;

L'Aa, qui est canalisé jusqu'à Gravelines.

Sur ce dernier canal s'embranchent : à gauche le canal de Calais et le canal non navigable de Mark qui aboutissent à Calais, à droite le canal de la Colme qui passe à Bergues, et le canal de Bourbourg qui aboutit à Dunkerque ; ces deux canaux communiquent entre eux par le canal de Bergues qui va de Bergues à Dunkerque. Deux canaux partant de ces deux dernières villes se réunissent à Fumes, qui est rejointe à Nieuport et à Ostende par un canal parallèle à la côte, mais il n'existe pas encore de communication par eau entre le bassin de l'Yser et la Lys.

Les canaux, de Bouchain à la mer, forment une ligne continue parallèle à la frontière; ils ne sont pas un obstacle par eux-mêmes, mais ils permettent de tendre des inondations qui pourraient augmenter la valeur des nombreuses places fortes du nord et même rendre tout à fait inarbordables la partie au nord de Watten et certains autres points où le sol est marécageux. Pourtant il faut constater que ces inondations, organisées au dixseptième siècle, n'ont pas été tendues depuis longtemps et que, le terrain ayant été beaucoup modifié par la culture, on ne sait comment elles fonctionneraient, au cas où on voudrait les utiliser. Une expérience serait trop coûteuse et ruinerait le pays pendant plusieurs années. De plus, dans la partie sud, il y a beaucoup de fosses à charbon qui n'existaient pas jadis et où les eaux pourraient bien se perdre.

Bassins côtiers de la Canche, de l'Autliiey de la Somme. —

De l'autre côté des collines de l'Artois, deux fleuves côtiers, la Canche et VAuthie^ derrière lesquels se réfugièrent nos armées pendant la guerre de la succession d'EIspagne, alors que nos places du nord étaient tombéesi entre les mains de l'ennemi, n'ont aucune importance, pas plus que les anciennes places de Montreuil, d'Hesdin, de Doullens, situées sur leurs cours et déclassées aujourd'hui.

La Somme, au contraire, coulant au milieu d'une vallée basse, couverte de marécages et bordée de tourbières sur une grande étendue, peut former une assez bonne ligne de défense, mais il faudrait y posséder des points

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