CHAPITRE n. — STSTÈME DÏFENSIF DE LA FRANGE. — FRONTIÈRE DU NORD
forliiîés permettant de passer à volonté d'une rive à Tautre et de rester maître des ponts. Elle a joué un grand rôle, ainsi que les villes de la Picardie, dans les guerres contre les Anglais, les Bourguignons, les Impériaux, quand cette province nous servait de frontière.
Dans la dernière guerre, elle a été attaquée du sud au nord par les Allemands et défendue par l'armée française du Nord à peine formée. Le 27 novembre 1870, cette armée commandée par le général Farre livra, pour couvrir Amiens, contre des forces doubles en nombre, la sanglante bataille de Villers-Bretonneux à l'est de cette ville. Battue, elle opéra sa retraite sur Corbie et rentra dans les places fortes pour se réorganiser. A la suite de cette journée, la ville d'Amiens fut prise et la citadelle capitula le 29.
Reformée, l'armée du Nord aux ordres du général Faidherbe marcha de nouveau sur Amiens et vint occuper la rive gauche de l'Hallue, ayant son centre à Pont-Noyelles. Elle repoussa brillamment toutes les attaques des Prussiens et coucha sur le champ de bataille qu'elle avait gardé; mais, ne pouvant forcer la ligne de l'Hallue, elle se retira derrière la Scarpe.
Le 3 janvier 1871, reprenant l'offensive, elle se porta de nouveau sur la ligne de la Somme et livra aux troupes qui couvraient le siège de Péronne, la bataille de Bapaume qui fut une véritable victoire; mais, le mouvement nffensif ayant été arrêté, Péronne capitula. Les Prussiens furent maîtres alors de toute la ligne de la Somme depuis Péronne jusqu'à Amiens; ils la ^Tardèrent avec une simple division appuyée de nombreuses batteries, une autre division prit position sur la rive droite de l'Hallue pour couvrir directement Amiens.
Le général Faidherbe put se convaincre que toute opération au sud de la Somme lui était interdite, c'est alors qu'il se décida à faire une marche de flanc sur Saint^uentin pour se porter par Laon et Reims sur les communications de l'ennemi, pour inquiéter les opérations devant Paris et pour attirera lui une partie des forces de l'armée assiégeante, contribuant ainsi à l'effort suprême que devait tenter le général Trochu à Paris. Cette tentative n'eut aucun succès et aboutit à la défaite de Saint-Quentin. Les conditions eussent été évidemment bien différentes et bien plus favorables pour nous, si Amiens, Péronne, La Fère eussent été bien fortifiées; nous aurions en toujours la possibilité de déboucher au sud de la Somme et nous aurions ainsi conservé l'entière liberté de nos mouvements.
La Somme, qui naît un peu au-dessus de Saint-Quentin, est longée par un canal latéral ou canalisée jusqu'à Saint- Valéry, où elle se jette dans la mer par une baie large de 4 à 6 kilomètres; la marée basse ne laisse dans cette baie que quelques flaques d'eau au milieu de larges bancs do sable. Le <'hemin de fer de Paris à Boulogne suit la Somme depuis Amiens et passe >iir la rive droite à Abbeville, l'embranchement de Noyelles à Saint- Valéry traverse la baie sur un pont de 1,367 mètres de longueur. La Somme com-
munique avec TEscaut par le canal de Saint-Quentin et avec TOise par le canal Crozat,
CHEMINS DE FER
L'ensemble des chemins de fer qui desservent le théâtre d'opérations du nord de la France, se compose d'un grand nombre de lignes ferrées allant de Paris en Belgique, reliées elles-mêmes par trois voies parallèles à la limite des deux pays.
La première de ces voies parallèles à la frontière part de Dunkerque et passe à LilU, Yalenciennes, Hirson, MézièreSy Verdun; elle s'écarte de la frontière à des distances qui varient de 4 à 80 kilomètres.
La seconde part de Calais^ touche à la première à Hazebrouck, puis se dirige plus ou moins directement sur Lens, Somain et Busigny^ elle ne va pas au delà ; elle est à deux voies.
La troisième, sensiblement parallèle à la première, dont elle s'écarte en moyenne de 70 kilomètres, est celle à'Abbeville^ Amiens ^ Tergnier^ Laon, Reims^ Chdlons.
Les principales lignes perpendiculaires à la frontière qui se prêteraient à la concentration de plusieurs de nos corps d'armée sur la frontière du nord en cas de guerre, sont :
1^ Celle du littoral, d'Amiens à Abbevilk, Calais et Dunkerque.
2^ Celle d'Abbeville ou de Longpré à Saint-Pol, Béthune^ Hazebrouck et Ypres.
3* Celle à 2 voies de Rcmen ou de Paris à Amiens, ArraSy Lille et Gand.
4® Celle de Paris^ Beauvais^ Saint-Just, Péronne, Cambrai^ Somain, Mtnin.
5® Celle à 2 voies de Paris, Tergnier, Busigny^ Somain, Valenciennes^ Mans.
6<» Celle à 2 voies de Paris, Tergnier, i Bruxelles, Anvers.
Bussigny, Maubeuge \ Erquelines, Namur, Liège, Cologne.
7* Celle de Paris, Soissons, Laon^ son, Anor
8® Celle à 2 voies de Paris, Epemay, Reims, Mizières, Givet^ Namur.
On complète aujourd'hui ce réseau déjà si serré par la création de nouvelles voies ferrées qui mettent en relation directe toutes les villes du département du Nord; il serait fastidieux de les énumérer toutes. On voit en tous cas que les lignes de concentration sont nombreuses et bien sufllsantes.
Nous verrons en étudiant la défense de la frontière quelles sont les places qui tiennent les nœuds de ces diverses lignes et quels sont les principaux travaux d'art dont la destruction pourrait empêcher l'ennemi de les utiliser pour pénétrer dans le bassin de la Seine.