DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE DU NORD
t ROle des places fortes. — Frontière de Vauban. -- Organisation défensive actuelle.
I* Secteur, de la mer à la Lys. — Description d'ensemble du pays. — État des places du littoral avant leur transformation. — Nouvelle organisation de la position DuDkerque-Calais. — Base d^opérations sur la mer. — Saint*Omer, canal de Neuf-Fossé, Aire et le fort Saint-François.
2* Secteur, de la Lys à la Scarpe. — Ligne d^inondation entre la Lys et la Scarpe.
- Grande place de Lille.
9* Secteur, de la Scarpe à la Sambre. — Description du pays. — Ligne de la Scarpe.
- Douai et le fort de Scarpe. — Ligne de la Sensée. — L'Escaut. — Gondé. — Valenciennes. — Bouchain. — Cambrai. — La Sambre. — Maubeuge et Landrecies, — Front de la position entre la Sambre et TEscaut. — Le Quesnoy. — ROle des places dans la guerre de la succession d'Espagne. — Leur rôle dans les guerres de la Révolution; campagnes de 1792 et 1798. — Leur rôle en 1814.
4< Secteur, de la Sambre à la Meuse. — Rocroy. — Places de la Meuse. — Givet, Méziëres, Sedan, les Âyvelles.
5* Secteur, entre la Meuse et la frontière d'Allemagne. ^ Le Cbicrs, Montmédy et LoDgwy. — Campagne de Dumouriez en 1792.
Résumé des routes d'invasion et des principales défenses de première ligne sur la frontière belge. — Tunnels et viaducs des voies ferrées. — Offensive sur cette frontière.
Positions de seconde ligne. — Leur rôle. — Ligne de la Somme. — Péronne.— Amiens.
- Vallée de l'Oiae. — Position de Laon-La-Fère.
R6le des places fortes. — Après avoir étudié au point de vue physique la contrée comprise entre Paris et la mer du Nord, nous allons voir quels sont les obstacles artificiels accumulés sur notre frontière de Belgique pour remédier à Tinsuflisance des obstacles naturels. Pour la défendre, on a construit depuis longtemps un très grand nombre de places fortes et on a utilisé les canaux de manière à en former une barrière continue et à créer des inondations; mais aujourd'hui, avec les portées qu'atteint Tartillerie, avec les moyens de guerre actuels, par suite des modifications de frontière et du changement des voies de communication, on a été amené à supprimer plusieurs des anciennes places. Un assez grand nombre a été déclassé en 1867, six autres viennent de Tôtre ou vont Têtre prochainement, mais en
revanche une place va être reclassée et plusieurs seront beaucoup renforcées.
Ces déclassements d'anciennes places fortes ne doivent être faits qu'après mûre réflexion et avec circonspection, car on peut ainsi se priver de défenses ou de points d'appui qu'on regrettera plus tard ; c'est ainsi qu'on est amené aujourd'hui à reclasser le Quesnoy abandonné depuis 1867. Lorsque les nécessités qui ont amené la construction de certaines places, ne sont plus les mêmes aujourd'hui qu'autrefois, ces déclassements ont l'avantage de supprimer des postes inutiles et sans valeur qui ne font qu'absorber des garnisons sacriflées d'avance vu l'état d'abandon où on laisse souvent ces forteresses. Pour justifier le désarmement des places qui ne sont pas absolument nécessaires, Vauban faisait valoir : c l'impuissance, vu la consom-
> mation d'argent, de les fournir avec l'abondance requise de munitions do • guerre et de bouche; la presque impossibilité de trouver des âmes a tois » ces corps, c'est-à-dire des centaines de gouverneurs suffisamment expô- » rimentés dans cette partie de la guerre, la plus difllcile et la plus délicate
> de toutes, et auxquels il faut autant de bonnes qualités qu'à un bon génè-
> rai d'armée ; la vivacité et le raffinement plus grands que jamais de la
> science des attaques; et, pour les places accessibles par eau, la facilité
> des bombardements et la grande quantité de canons qu'on peut y amener; » puis ce fait que les places n'interdisent à l'ennemi que le point qu'elles » occupent, qu'elles sont de lourdes masses qui ne se meuvent jamais, an
> lieu qu'une puissante armée se transporte, en impose et s'impose partent;
> et que si, au contraire, cette armée est réduite à une fâcheuse défensive, » qui l'oblige perpétuellement à se réfugier à l'abri de quelques-unes de ec^ » places, elle aura tous les jours le chagrin de voir l'ennemi gagner sur elle » par les subsistances qu'il tirera de nos pays et les établissements qu'il > » pourra prendre, ce qui serait d'autant plus apparent que ses forces ne
> seront pas affaiblies par la garde de ses postes fortiflés puisqu'il n'en a » que très peu. •
Ce sont ces mêmes raisons qu'on fait valoir aujourd'hui pour supprimer les fortiflcations qui ne sont pas indispensables; mais alors les places doivent être rasées complètement et l'Etat doit prendre à sa charge, si c'est nécessaire, les frais que cette destruction exige. A moins en effet qu'il ne s'agisse d une ville qui prenne une grande extension et qui ait intérêt à utiliser les terrains des anciennes fortiflcations pour s'agrandir, les parapets et les fo<* ses subsistent encore pendant longtemps et une place incomplètement fortifiée rend des senices négatifs, en inspirant souvent une fausse confiance aux généraux qui opèrent à proximité; puis, quand l'ennemi s'en est emparé, il peut la transformer en poste fort important et la défendre avec d'autant plus d'énergie qu'il n'a pas à ménager la population.