CHAPITRE III. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE DU NORD
Nous avons déjà vu plus haut, livre I*', chapitre II, page 30, d'après quels principes devaient être choisis les emplacements des places fortes et quel rôle on devait leur attribuer; nous allons examiner maintenant comment ces principes ont été appliqués à la défense de notre frontière du nord. Celte frontière étant ouverte, on a dû y conserver un très grand nombre d'ouvrages pour y renforcer les positions de défense qui souvent ne correspondent pas à des obstacles de terrain bien sérieux.
Frontière de Vanliaii *• — C'est Vauban qui organisa la défense de notre territoire entre la mer et la Meuse; la barrière de places et d'inondations qu'il créa avait pour but d'assurer les nouvelles conquêtes de Louis XIV, elle était formidable à cette époque quand elle était complétée par les places que nous perdîmes vers la fin du règne du grand roi et après le premier empire. Cette mise en état de défense était désignée sous le nom de règlement des places frontières. Comme nous le verrons, cette frontière de fer^ ainsi que l'appelait Carnet, et qu'on eut pu à plus juste titre appeler une frontière de boue, a sauvé deux fois la France.
Voici quel était le plan très simple de Vauban :
La frontière, qui s'étendait alors à peu près en ligne droite de la mer à la Meuse, était ouverte et n'était divisée par aucun obstacle naturel capable de limiter les opérations d'une armée, car la Sambre, l'Escaut et la Lys ne peuvent aucunement remplir cet objet; mais, plus à l'est, les immenses forêts des Ardenncs et le pays pauvre et difficile qui s'étend entre la Meuse et la Moselle limite de ce côté le théâtre d'opérations du nord. Vauban chercha à établir au centre une position très forte d'où l'armée put résister de front à l'ennemi, menacer les flancs de ce dernier, s'il cherchait à passer soit à droite soit à gauche, et d'oii elle put aussi déboucher si elle voulait prendre l'offensive. Pour créer cet obstacle, il profita des inondations qu'on pouvait tendre sur le cours de la Haine et de l'Escaut, et des trois places de Mons^ de Condé et de Tournay. En avant il créa la place d'Ath, au point où la Dender commence à être navigable, de manière à ménager à la défense un vaste espace de terrain et à permettre l'offensive soit vers l'Escaut, soit entre la Dender et la Sambre. En arrière se trouvaient les places de Douai et d'Arras sur la Scarpe, celles de Valenciennes^ de Bouchain et de Cambrai sur l'Escaut, celles de Maubeuge et de Landrecies sur la Sambre et celle du Quesnoy pour barrer la plaine entre ces deux derniers cours d'eau.
A droite de cette position centrale ainsi garnie de nombreuses places
barrant le chemin le plus direct sur Paris, les hauteurs de la rive gauche
de la Meuse et le cours de cette rivière pouvaient être avantageusement
disputés tout d'abord parles garnisons des places fortes placées en arrière :