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CIÂPITRB III. -- DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE DU NORD

tions, tant la guerre coûte cher et tant les moyens dont elle dispose sont puissants. Le rôle de la fortification, quand on est forcé de se tenir sur la défensive par suite de l'infériorité de ses forces , est de forcer Tennemi à iaire une guerre de positions qui retarde sa marche, qui use ses armées, qui le ruine sans amener de grands résultats et qui donne le temps d'organiser de nouvelles armées. Pour cela il faut des régions fortifiées, occupées par des forces mobiles, et non des places isolées; c'est dans l'organisation de ces régions fortifiées que consiste la principale transformation de la frontière Vauban.

Sur la frontière du nord, la position centrale de défense est tout indiquée par la configuration du terrain ; c'est le dos de pays compris entre la Sambre et l'Escaut que doit occuper l'armée défensive pour barrer à Tassaillant la route la plus directe sur Paris par la vallée de l'Oise et pour menacer ses flancs s'il se porte à droite ou à gauche. Les travaux qu'on entreprend ont surtout pour but de renforcer cette région et de laisser à l'armée défensive toute sa liberté de manœuvres. A l'ouest de cette position se trouvent les barrières de Lille et des places maritimes ; à l'est le fort d'arrêt d'Hirson et les places de la Meuse. Après cet aperçu général sur l'organisation défensive actuelle, nous allons successivement énumérer les diverses places qui défendent la frontière du nord, étudier les modifications qu'elles ont subies et voir le rôle qu'elles ont joué dans les guerres dont ce pays a été le théâtre. Nous diviserons cette étude en cinq parties : l^le secteur entre la mer et la Lys avec les places maritimes formant base d'opérations sur la mer; 2^ le secteur entre la Lys et la ScarpCj avec la grande place de Lille; 3* le secteur entre la Scarpe et la Sambre, c est-à-dire la position centrale de défense de la frontière ;4<' le secteur entre la Sambre et la MeusCy comprenant laThiérache; 5^ le secteur entre la Meuse et la frontière d'Allemagne où la frontière est bien couverte de front par les plateaux arides et les forêts des Ardennes. Il est bon de remarquer que ces divisions, déjà admises depuis longtemps dans l'étude de cette frontière, sont peu nettement marquées sur le terrain ; elles ne servent qu'à mettre de l'ordre dans les idées et à rendre plus claire la description des places. Nous aurons ensuite à nous occuper des jH>sitions de halte de seconde ligne.

1" SECTEUR : de la mer ilk la Ijym*. — Dans le premier secteur entre la mer et la Lys se trouvent ou se trouvaient : 1® 8ur la mer : Dunkerqne, Gravelines et Calais; 2? sur la Lys : AirCj qui va être déclassée moins le fort Saint'François, Saint-Venant déclassé depuis plusieurs années, Menin, que nous a enlevé le traité d'Utrecht; 8» entre la mer et la Lys : TpreSy que nous avons perdu au traité d'Utrecht, Bergues qui est relié par deux petits

l. Consalter les cartes 9, 12 et 13.

forls à Dunkerque, Saint-Omer qui va être déclassé, Ardres et Boulogne qui le sont depuis longtemps. Cette dernière ville n*a plus en effet aujourd'hui que des batteries de côte.

Les principales routes, traversant cette partie de la frontière et pouvant être utilisées par Tennemi, sont : i® celles d*Ostende à Dunkerque, Calais, Boulogne, Abbeville ; 2? celles d'Ypres à Cassel et de là à Abbeville par Saint-Omer et Hesdin ou à Amiens par Saint- Venant ou Saint-Pol. Cassel, nœud de routes important, est remarquable par sa situation au haut d'une colline isolée, dominant la plaine de 150 mètres, et serait facilement rendu inexpugnable par quelques ouvrages de campagne.

Trois voies ferrées percent la frontière : Tune de Menin à Aire le long de la Lys; la seconde dTpres à Hazebrouck; la troisième de Furnes à Dunkerque; cette dernière dessert ensuite Calais, Boulogne, Abbeville, Amiens et Paris ; c'est la grande voie de communication entre Parw et Londres par Boulogne et Folkstone ou par Calais et Douvres. Hazebrouck est le principal nœud des voies ferrées de cette contrée, cinq voies ferrées en rayonnent vers Dunkerque, Calais, Boulogne, Béthune, Lille et Ypres; on en construit une sixième se dirigeant sur Douai.

Description d'ensemble du paya. — Tout le pays en arrière des plages basses de la mer du Nord était autrefois recouvert par les eanx ; le golfe qu'elles formaient pénétrait jusqu'à Bruges, Dixmude, Bergues, Watten et môme, après avoir franchi un étroit chenal, s'étalait en une largo nappe au bord de laquelle se trouvait le port de Saint-Omer. Un bourrelet de dunes apporté par les flots et les vents et percé de distance en distance séparait cet estuaire de la mer; ce dernier fut peu à peu comblé par les alluvions apportées par l'Aa et ses affluents; c'est sur la digue de sable qui séparait ces marais de la mer que des pêcheurs établirent des hameaux qui devinrent les villes de Calais, Gravelines, Dunkerque, Nieuport, Ostende. Les Romains firent à travers les marais des chaussées pour communiquer avec ces nouveaux ports. Plus tard, grâce à d'admirables travaux de dessèchement, cette vaste contrée connue sous le nom générique de Wateringues fut conquise à la culture ; elle est sillonnée d'un très grand nombre de rigoles, appelées watergands, qui servent, après les grandes pluies, à vider l'eau qui recouvre la plaine par les écluses de Calais, de Gravelines et «le Dunkerque. Pendant les sécheresses, on remplit ces watergands en y déversant les eaux de l'Aa pour éviter les miasmes malsains et dangereux qui s'échappent de leurs boues fétides et pour permettre le transport des engrais ou des récoltes sur les petits bateaux qui les parcourent. Le travail de dessèchement commencé au douzième siècle, du temps de Thierry et de Philippe d'Alsace, comtes de Flandre, qui endiguèrent l'Aa et lui creusèrent des

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