CHAPITRE III. ' DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE DU NORD
lits latéraux au pied des terres fermes, ne fut achevé qu'au milieu du siècle dernier. Dans la région des Wateringues, les fossés sont bordés de digues insubmersibles qui formeraient d'importantes positions, si on avait à disputer ce terrain. Tous les champs sont entourés de fossés d'assèchement qui communiquent avec les canaux principaux ou avec ceux de second ordre ou bèques. Toutes les jonctions sont munies d'écluses et il en résulte un réseau très compliqué permettant d'inonder ou de maintenir sec tel terrain que l'on veut. Les Hoêres sont deux dépressions au-dessous du niveau des basses mers situées le long de la côte à l'est de Dunkerque, elles ne furent desséchées qu'au commencement de ce siècle et forment encore une grande plaine aquatique de 6 kilomètres de largeur sur 12 de longueur; on distingue les grands et les petits Moëres, la frontière les traverse ; les roues à palettes et les vis d'Archiniède mues par des moulins à vent ont servi et servent toujours à épuiser l'eau. Le canal émissaire des Moëres débouche à Dunkerque et on le vide à chaque marée basse.
On peut couvrir tout le pays d'eau en ouvrant à marée haute les écluses de retenue de Dunkerque et de Gravelines ; cette inondation par l'eau de mer est un moyen extrême qui rendrait le sol inculte pendant plusieurs années, comme cela eut lieu après 1793 ; si on a du temps à sa disposition, on peut ré\iter et produire une inondation d'eau douce en tenant les écluses fermées et en empêchant ainsi l'écoulement des eaux de pluie et des infiltrations du sol; il faut trois semaines environ pour tendre cette inondation.
Au sud de Cassel, le pays compris entre Hazebrouck, Béthune et laBasséc est encore désigné sous le nom de pays-bas^ c'est un vaste territoire jadis recouvert par une nappe d'eau; on y rencontre un très grand nombre de fondrières et de fossés d'écoulement ; en dehors des routes, les communications ne sont possibles que dans les grandes sécheresses et au fort de l'hiver.
Étet des places dn littoral avant leur transformation. —
Au siècle passé et jusque dans ces dernières années, une armée anglaise débarquée à Ostende ou à Anvers et maîtresse de la mer pouvait essayer de se ser\'ir de la route du littoral pour pénétrer en France et pour arriver devant Dunkerque. Au point où cette route traverse la frontière, elle est resserrée entre la mer d'un côté et les Moëres de l'autre ; l'espace praticable n'est que de 2 kilomètres et une simple redoute l'aurait barré complètement. En arrière de cette position, l'ennemi serait venu se heurter aux fortiflcationsde la place de Dunkerque et à la ligne formée par le canal qui joint Dunkerque à Bergues. Cette ligne a une longueur de 10 kilomètres ; elle se prolonge même au sud par Watten jusqu'à SainUOmer^ ce qui lui donne une étendue de 10 heues ; cette dernière place lui servait d'appui quand elle était fortiiiée, mais elle était mal liée à Watten.
C'est sur les dunes au nord de Dunkerque que fut livrée la bataille de 1658 oïl Turenne battit les Espagnols. Lorsque l'armée royale se présenta pour assiéger la ville, elle trouva l'inondation tendue, les bourgeois ayant ouvert les écluses; l'armée qui avait franchi la Lys à Saint-Venant traversa les marais sur les chaussées submergées et sur des fascines, les fantassins passèrent, les armes hautes, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. La flotte anglaise, notre alliée, bloquait la ville par mer et nous apporta tout ce qui était nécessaire au siège. Don Juan et le prince de Gondé qui commandaient l'armée de secours, crurent enfermer l'armée assiégeante en attaquant la circonvallation entre la mer et les Moëres; ils furent complètement battus et la ville n'espérant plus de secours capitula dix jours après la bataille des Dunes.
Dunkerque est un port marchand, il possède l'une des meilleures rades de la mer du Nord, ce qui lui donne une certaine importance militaire. La ville est entourée d'une vaste enceinte qui date de Vauban et dont plusieurs fronts viennent d'être reportés bien en avant du côté de la mer pour ménager un espace suffisant aux nouveaux bassins et aux nouveaux quartiers; elle est couverte en partie par des inondations.
Dunkerque est relié à Bergues par le fort Louis et le fort François, si^ tués sur la rive nord du canal qui joint ces deux villes, ce sont deux petits ouvrages sans grande valeur, mais munis d'assez nombreux abris, ce qui les fait conserver dans la nouvelle organisation défensive de la position. Les abords de Bergues peuvent être inondés excepté sur le front de l'est où on a accumulé les défenses ; cette place couvre les écluses de la Colme qui permettent de tendre l'inondation entre l'Aa et Dunkerque; de plus elle forme une bonne tête de pont en avant des terrains bas et inondés. A Dunkerque, viennent déboucher les canaux de Fumes, des Moëres, de Bergues, de Bourbouf g et de Mardick ; les écluses du canal des Moëres et du canal de Bergues permettent, en retenant les eaux ou en les ouvrant à haute mer, d'inonder toute la ligne; l'ennemi pourrait, il est vrai, baisser l'inondation en ouvrant l'écluse de Nieuport, mais le terrain n'en resterait pas moins couvert de flaques et impraticable. Les Moëres ainsi inondées divisent l'attaque en deux; c'est grâce à cette circonstance qu'en 1793 la partie de l'armée an-» glaise commandée par le duc d'York, qui assiégeait Dunkerque, ne put prendre aucune part à la bataille d'Hondschoote, en avant de Bergues, et courut le risque de se voir couper toute retraite, fait qui se serait réalisé si Houchard s'était porté immédiatement sur Fumes.
Watten, où l'Aa se partage en trois branches principales : le canal de la Haute-Colmey VAa canalisée et le canal de Calais^ possède des écluses qui permettent de jeter les eaux vers Dunkerque, vers Gravelines ou vers Calais; c'est à ces villes que se trouvent les embouchures de ces trois cours d'eau et les écluses qu'on ferme pour tendre les inondations d'eau douce.